POÈTES DU XIX* SIÈCLE- II
siondes PeJîs^cs d'aowf, le liltéraleur, jugeant le poète, nous donne cette charmante page :
Ce petit poème est assez compliqué, et, dans la première publication que j'en ai faite au Magasin piltores>^ue, il a été peu compris. Il me semble pourtant que j'y ai réalisé peut-être ce que j'ai voulu. Or, voici en partie ce que j'ai voulu. Dans son admirable et charmant Joclyn^ M. de Lamartine, avec sa sublimité facile, a d'un pas envahi tout ce petit domaine de poésie dite intime, privée, domestique, familière, où nous avions essayé d'apporter quelque originalité et quelque nouveauté. Il a fait comme un possesseur puissant qui, apercevant hors du parc quelques petites chaumières, quelques cottages qu'il avait jusque-là négligés, étend la main et transporte l'enceinte du parc au delà, enserrant du coup tous ces petits coins curieux, qui à l'instant s'agrandissent et se fécondent par lui. Or, il m'a semblé qu'il était bon peut-être de replacer la poésie domestique, et familière, et réelle, sur son terrain nu, de la transporter plus loin, plus haut, même sur les collines pierreuses, et hors d'atteinte de tous les magnifiques ombrages. Mmùfur Jean n'est que cela. Magister et non prêtre, janséniste et non catholique d'une interprétation nouvelle, puisse-t-il, dans sa maigreur un peu ascétique, ne pas paraître trop indicne de venir bien respectueusement à la suite du célèbre vicaire de notre cher e* divin poëte ! •
Sainte-Beuve, quoi qu'il en dise, n'a donc pas réussi dans ce troisième recueil ; il n'a pas créé son mezzo termine : le poëte a cessé de grandir. Le lettré absorbe désormais tout en lui.
Dans les Pensées d'août rafïectation étouffe le naturel, l'obscurité rend la pensée énigmatique. Le siyle fourmille d'impropriétés dans les termes, d'incohérences dans les images et de déplorables oublis des lois de la syntaxe. A part quelques pièces d'un sentiment vrai, profond, humain, et d'une exécution supérieure, les Notes et Sonnets, qui continuent les Pensées d'cf^ùt, sont médiocres.
M. Barbey d'Aurevilly attribue celte décadence de la poésie de Sainte- Beuve à quelque funeste influence des littératures étrangères. « Les Pensées d'août, dit-il, attestent plus vivement que jamais cette influence mortelle à toute vie propre et à toute personnalité. »
Souvent l'auteur des Pensées d'août n'est qu'un faible imitateur de Goldsmilh, de Gray et de Crabbe; ainsi dans VÉpitre à Utric :
a Oh! quand, après le charme et les belles années.
L'amitié, déjà vieille en nos âmes tournées.
S'ulcère et veut mourir, oh! c'est un mal affreux !
Le passé tout entier boii un fiel douloureux.
L'ami qui de nous-même, hélas ! faisait partie,
Qu'en nous tenait vivant le nœud de synipatliie,
Cet ami qu'on portait, frappé d'un coup mortel
(J'en parle ayant souffert quelque cliose de tel),
Est comme un enfant mort dans nos flancs avant l'heure, ;
Qui remonte et s'égare, et corrompt sa demeure ;