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Aux petits des oiseaux toi qui donnes pâture, Nourris toutes les faims ; h. tout dans la nature Que ton liiver soit doux ; et, son règne fini, Le poète et l'oiseau chanteront : Sois béni 1 »
Le poète fait ici sa propre peinture. Il ne voit pas les choses comme elles sont, mais comme sa disposition intérieure, joyeuse ou irritée, les lui montre. Un baiser et du pain, un peu de bonheur, et la société ne lui apparaîtra plus sous un aspect aussi farouche. Mais si ce bonheur lui venait, son âme saurait-elle le reconnaître et l'accueillir ? Presque toutes les poésies d'Hégésippe Moreau dénotent UQe tristesse intime dont la source paraît ôtre au fond mûme de son cœur plus encore que dans ses déceptions et ses malheurs. Les vers suivanis indiquent un penchant insurmontable à la misanthropie et au découragement en même temps qu'une sensibilité excessive capable de transformer un coup d'épingle en torture :
« Berçant de lêves d'or ma jeunesse orplieline, Il me semblait ouïr une voix sibylline Qui murmurait aussi : « L'avenir est h toi, « La poésie est reine; enfant, tu seras roi I » Vains présages, iiélas ! Ma muse voyageuse A tenté, sur leur foi, cette mer orageuse, Où, comme Adamastor debout sur un écueil. Le spectre de Gilbert plane sur un cercueil. J'ai visité Paris; Paris, sol plus aride Au malheur suppliant que les rocs de Tauride, Où l'air manque aux aiglons méditant leur essor, Où les jeunes talents, cahotés par le sort, Trébuchant à la (in, de secousse en secousse. Contre la fosse ouverte où disparut Escousse, N'ont plus, en s'abordant, qu'un salut à s'offrir, Le salut monacal : « Frères, il faut mourir ' ! »
Ce désespéré, cethomme aigri parlasouffrance, ce chantre de la haine, tendre et gracieux à ses heures, nous a laissé des poèmes pleins d'une émotion douce et communicative, d'une délicatesse presque féminine où l'on sent, suivant l'expression d'un critique, comme une larme trembler au fond d'un sourire. Parfois môme un éclair de gaieté traverse ces strophes plaintives, ainsi que l'arc-en-ciel, un jour d'orage, coupe en deux le ciel noir. Mais la brume couvre vite ce rayon passager et ordinairement le rire ébauclié s'achève en sanglot.
Qui ne connaît la Fermière, pre-que aussi populaire qu'une chanson de Déranger ? Kous ne reproduirons pas ici ce délicieux poème, que nous avons déjà donné ailleurs *. Il en est un autre qui joint à
1 Diogène.
2 Morceaux chois's, 1" cours.
Io8 LES POETES DU DIX-.NEUVIÈME SIÈCLE.
toute la fraîcheur de l'idylle un senliment de rûverie inefTablement triste : la Vouhie; la Voulzie, c'e&tà-dire ce petit ruisseau clair dans lequel le poète revoit, comme un mirage, son passé, les naïves confiances de l'enfant, les ambitions du jeune homme déçues par la vie, et l'ombre des visages aimés qui lui sourient mélancoliquement à travers la mort.
La Voulzie.
S'il est un nom bien doux fait pour la poésie,
Oh ! dites, n'est-ce pas le nom de la Voulzie?
La Voulzie, est-ce un fleuve aux grandes îles? Non ;
Mais, avec un murmure aussi doux que son nom,
Un tout petit ruisseau coulant, visible à peine :
Un géant altéré le boirait d'une haleine;
Le nain vert Obéron, jouant au bord des flots.
Sauterait par-dessus sans mouiller ses grelots.
Mais j'aime la Voulzie et ses bois noirs de mûres ;
Et dans son lit de fleurs, ses bonds et ses murmures.
Enfant, j'ai bien souvent, au milieu des buisson?.
Dans le langage humain traduit ses vagues sons;
Pauvre écolier rêveur et qu'on disait sauvage,
Quand j'émiettais mon pain aux oiseaux du rivage,
L'onde semblait médire : Espère 1 aux mauvais jours
Dieu te rendra ce pain. — Dieu me le doit toujours!
C'était mon Égérie, et l'oracle prospère
A toutes mes douleurs jetait ce mot : « Espère !
Espère et chante, enfant dont le berceau trembla.
Plus de frayeurs, Camille et ta mère sont là.
Moi, j'aurai pour tes chants de longs échos. » — Chimère !
Le fossoyeur m'a pris et Camille et ma mère.
J'avais bien des amis ici-bas quand j'y vins,
Bluet éclos parmi les roses de Provins.
Du sommeil de la mort, du sommeil que j'envie,
Presque tous maintenant dorment, et dans la vie,
Le chemin, dont l'épine insulte à mes lambeaux.
Comme une voie antique est bordée de tombeaux.
Dans le pays des sourds j'ai promené ma lyre ;
J'ai chanté sans échos, et, pris d'un noir délire,
J'ai biisé mon luth, puis, de l'ivoire sacré
J'ai jeté les débris au vent... Et j'ai pleuré !
Pourtant, je te pardonne, ô ma Voulzie, et même,
Triste, j'ai tant besoin d'un confident qui m'aime,