MORE AU
Me parle avec douceur et me trompe, qu'avant De clore au jour mes j'eux battus d'un si long vent, Je veux faire à tes bords un sainl pèlerinage, Revoir tous les buissons si chers à mon jeune âge, Dormir encore au bruit de tes roseaux chanteurs Et causer d'avenir avec tes floLs menteurs.
Nous avons essayé de montrer sous toutes ses faces Hégésippe Moreau, ce poète nerveux et malade, tendre, charitable et passionné, si souvent différent de lui-même. Les nombreuses citations que nous avons faites suffisent pour donner une idée de la force entraînante et de l'élévation de son talent.
Il était vraiment un des rares élus que Dieu marque au front du signe de la poésie.
Hélas I ils s'en vont, ils sont partis, la plupart des poêles de notre siècle qui mettaient leur ûme et leur cœur dans les créations de leur art, considéraient la forme seulement comme le vêtement de la pensée, et savaient rester purs et corrects sans sacrifier les idées aux mots et la poésie au vers.
NODIER (Charles)
D'une imagination très-vive et très-naobile, iNodicr^ qui dans la prose avait traité avec un égal succùs les genres les plus diflërents, a multiplié aussi en vers les preuves de son talent facile.
« Volez de fleur en fleur, comme dans un verger
L'abeille qui butine et jamais ne se pose;
Ce n'est qu'en amitié qu'il ne faut point changer'. »
La poésie fut la plus cliùre de ses occupations. Jeune, il essaya ses forces dans l'ode et le dithyrambe. « En avançant dans la vie, il modula sur un ton plus humble des ins.piralions plus charmantes*» et montra dans ses fables, contes, romances, élégies, beaucoup d'esprit, de grâce et de sentiment. Ses élégies surtout sont ravissantes. Disons en passant que ce genre aimable de composition est resté bien négligé depuis André Chénier, et qu'à part un certain nombre de pièces sur l'enfance d'une assez médiocre valeur, Nodier, Lefèvre, madame Tastu, Béranger, Gullinguer, Emile Deschamps, Reboul sont les seuls poètes qui l'aient encore touché avec quelque grûce et quelque délicatesse'.
La poésie de Charles Nodier, émue ou enjouée, laisse toujours une douce impi-ession dans l'âme, et l'intérêt le plus tendre s'attac^ie à ces révélations d'un esprit charmant. Elle témoigne en outre d'une grande habileté rythmique et d'une vive souplesse d'imagination» Nous en donnerons pour exemple les stances A Musset.
A Alfred de Musset.
J'ai lu ta vive Odyssée
Cadencée ; J'ai lu tes sonnets aussi,
Dieu merci!
1 Sotinet à Emile Deschampu.
2 Philoxèiie Boyer.
3 Voir Sainte-Beuve, fïe, poésie et pensées de Joseph Delorme, 1861, p. 170»