‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 38 sur 110 · REBOUL · texte numérisé non relu

REBOUL

élevées. Deux sentiments, le patriotisme et la mélancolie, ont seuls donné à ses vers la force ou l'émotion. Ses impressions de tristesse se sont traduites en des élégies véritablement touchantes : l'Enfant noyé, Première Douleur, la Confidence. Son amour du pays lui a dicté de nombreuses pièces pleines de vigueur et d'intérêt. Il a célébré souvent sa ville natale,

« Ce morceau détaché des bords de l'Italie, Où le ciel, se peignant d'un éternel azur. Est presque monotone à force d'être pur. »

Les A7'énes de Nîmes ont tous les caractères de la haute poésie. Les ruines grandioses du vaste amphithéâtre romain sont décrites avec une hardiesse, une énergie d'expression frappantes. Reboul a dépeint très-heureusement aussi, en conservant toujours la plus stricte exactitude*, la plaine de Nîmes, le pont du Gard, la mer au Grau-du-Roi, les environs d'Aiguës mortes, les figures bronzées des gitanos et les mille aspects de cette nature méridionale si pittoresque et si intéressante. Le poète provençal a môme composé des chansons dans la langue des félibres que ses amis Roumanille, Mistral, Aubanel et Roumieux ont fort goûtées.

Quelques poésies se distinguent par le bonheur de l'imprévu et par la force du trait final. Reboul a parfois, dans un vers, renfermé tout un monde de pensées. Nous citerons la fin de son Inondation du Rhône :

a Comme pétriûé par un immense effroi.

Je contemplais, muet, cette scène cruelle.

Or, tenant un enfant sans crainte à sa mamelle.

Une femme s'était assise auprès de moi.

Tout à coup, se levant, le visage livide. Serrant plus fortement son enfant dans ses bras. Loin du fleuve sinistre elle fuit à grands pas. ., Cette femme avait vu passer un berceau vide. »

Deux ou trois fois il a traité avec succès la description familière, par exemple dans le Moulin de Genèse, ou manié avec esprit le vers ironique, comme dans cette raillerie sur son mandat de député :

« Quand pourrai-je, au Mazet, rêvant à quelque ouvrage,

D'un cigare au soleil livrer le blanc nuage.

J'en rends grâce à tous ceux qui m'ont donné leurs voix,

Mais je n'étais pas né pour fabriquer des lois.

Arraché comme une algue au fond de mon asile,

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