DU CLÉSIEUX
Sainte-Beuve écrivait à l'auteur d'Exil et Patrie ;j
« Poète par le cœur, pour l'art, vous l'ignorez. L'art existe pourtant; il a ses soins sacrés ; Il réclame toute œuvre, il la presse et châtie, Comme fait un clirétien son âme repentie... Heureux dont le langage impétueux et doux. En servant la pensée, est plutôt au-dessous ; Qui, laissant déborder l'urne de poésie, N'en répand qu'une part, et sans l'avoir choisie, Et dont la sainte lyre, incomplète parfois, Marque une âme attentive à de plus graves lois ; Son défaut m'est aimable et de près m'édifie. Et je sépare mal vos vers de votre vie. Vie austèrement belle, et beaux vers négligents. »
Sans prétention littéraire d'aucune sorte, M. du Clésieux n'a voulu que répandre au dehors le trop-plein de son âme. Ses œuvres, môme dans l'édition fort amiMiorée et complétée qui se publie en ce moment, renferment un assez grand nombre d'aspérités, de longueurs, d'inégalités ; on y remarque un oubli fréquent de l'analogie dans l'évolution des images ; les rimes sont souvent pauvres. Mais si l'énergie de la pensée doit être préférée à l'élégance de la forme; si la noblesse du sentiment est supérieure à l'harmonie du rythme; si la force de l'idée surpasse l'éclat des images, nous n'hésiterons point à donner une place à part dans la litiérature de notre siècle au poète, homme de bien et de dévouement, qui put résumer toutes ses inspirations dans cet élan sublime :
, « N'avoir qu'un seul amour : l'humanité souffrante ; Qu'un seul drapeau: la croix, vaincue ou conquérante; Qu'un seul nom: le vôtre, Seigneur ^1 »
1 Exil et Patrie, Victoire.
VIOLEAU (Hippolyte)
Né en 1818.
Un autre Breton, Hippolyte Violeau, écrivain doux et simple, plus jaloux «des bénédictions du ciel que des louanges humaines*», a répandu dans son Livre des mfres chréliennes et de la jeunesse quelques pensées tendres et consolantes. Humble et délicat poète dont Louis Yeuillot a dit :
« Ainsi l'oiseau perdu dans le profond espace
Jette sa note pure à la brise qui passe,
Et ne demande pas si seulement ses airs
Ont d'un charme de plus embelli les déserts;
Ainsi, sous ton figuier, près de la mer bretimne,
Sans que l'or te séduise ou que l'oubli t'étonne.
Tu donnes ta chanson, cand de Violeau,
Et, de tes humbles jours esquissant le tableau,
Tu peins sans y songer cette haute victoire
D'an cœur trop près de Dieu pour songer à la gloire -. »
Ses vers sont l'écho des plus saintes affections de l'âme et du cœur. La charité, le dévouement maleniel, l'amour des humbles, telles ont été les inspirations préférées de celle muse pudique. Il a chanté sans fatigue
« Les tendres sentiments de la chaste nature, Le respect aux vieillards, le bonheur filial. L'amour de la famille et le pays natal 3. »
L'éducation, la régénéralion de l'homme par la femme mère et chrétienne : voilà la pensée première du Livre des mères. Le développement sublime de la foi par la tendresse est le désir constant du poète. Il ne faut chercher dans ce recueil aucune des hautes aspirations idéalistes, aucun des élans superbes de la poésie lyrique; ce sont toujours des tableaux simples, modestes, mais touchants : ainsi la Fenêtre de l'aieul. les Vleillurds de Piouzal, Première Feuille, la Veuve du pilote, la Pèlerine de Rumengol, le Phalène, le Châtelain de Roosmeur, le Nid sur la fenêtre. Un môme sentiment, la bon lé, est sans cesse exalté dans C3S vers *. C'est bien là une poésie toute d'espérance et de consolation.
1 Le Livre des mères, préface.
s Louis Yeuillot, Satires, Art poétique.
' Le LivV'' des mères, p. 125.
♦ Lire particulièrement les Vieillards de Piouzal.