‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 42 sur 110 · VIOLE AU · texte numérisé non relu

VIOLE AU

« Ceci, dit Ilippolyte Violeau dans sa préface, est moins une œuvre d'art qu'une œuvre de Toi. » Si la pensée, en effet, ne cesse jamais d'Otre n >blc et pure, la forme, le soin de la ver>ification laissent beaucoup à désirer. Les l'imes sont pauvres, quelquefois même insuffisantes. Le terme propre échappe souvent au poète. On voudrait, en différentes pièces, trouver des expressions plus justes et plus pénétrantes. Ce qui rachète ces défauts, c'est le mérite de ne jamais tomber dans le lieu commun et !a banalité, en ne traitant que des sujets familiers.

Le Livre des mères est l'ouvrage le plus important d'Hippolyte Violeau. Son premier recueil, les Loisirs, publié en 1841, révèle la même sensibilité, mais témoigne encore d'une grande inexpérience poétique. On peut y lire, cependant, quelques pièces émouvantes. Nous en citerons une, dont le sujet se retrouve dans la Maison d'A. de Ségur.

Le Berceau et la Tombe.

Le berceau de l'enfanl a le rideau de gaze. Le doux balancement du genou maternel, Et les songes légers, et la première extase Qui rayonne aux fronts purs comme un astre étern?!.

La tombe a le gazon qui la couvre et la presse; VA\e a le saule vert qui penche ses rameaux, Elle a le rosier blanc qu'une abeille caresse. Et la prière tendre et le chant des oiseaux.

Tous les deux font rêver même l'indiflérence ; Aux travaux du penseur ils ont partout des droite. Tous deux sont pleins d'amour, de paix et d'espérance : Sur l'un veille une mère, et sur l'autre une croix.

Ils parlent tous les deux d'une aurore vermeille, L'un à l'enfant naissant, et l'autre à l'homme mort ; Le berceau donne un monde à l'enfant qui s'éveille, La tombe donne un ciel au juste qui s'endort.

Hippolyte Violeau s'est préoccupé surtout, dans ses autres productions, d'apporter « de faibles secours à l'ordre social menacé». Mais, en haussant le ton, il n'a pas gagné en mérite poétique.

POMMIER (Amédée)

L'auteur de l'Enfer et des Colifichets, Amédée Pommier, a réuni dans son recueil d'Océanides et Fantaii^ies quelques poésies descriptives ou lyriques d'une assez grande valeur. Conformément à la première partie de son litre, ce livre contient un certain nombre de tableaux inspirés par l'Océan : la Mer, le Povt, le Chant du départ, la Revue de Neptune, les trois Perles. Le reste du volume est trùs-variéde ton et de sujets. La pièce dédiée à Poujoulat est particulièrement remarquable. C'est en vers sincères et profonds que cette composition tout intime révèle les ambitions littéraires, les goûts favoris, les illusions et les déboires du poète. La Lutte et les Hommes vaincus offrent une peinture aimable du bonheur domestique, et renferment un aveu très-délicat de la supériorité du cœur chez la femme :

« Pour elles les longs deuils, le souvenir durable, Et jusqu'au dernier jour la blessure incurable

Qu'aucun bonheur ne peut fermer !

Si de briller dans l'art Thomme a plus grande chance, S'il est roi par la force et par l'intelligence,

La femme seule sait aimer. »

La dernière pièce du recueil est très-frappante. Le poète y fait une navrante et terrible confession. S'adressant à son frère, il revient sur son passé, sur son enfance heureuse dontil donne mille détails, sur sa jeunesse s'écoulant à Lyon, sur Paris enfin, où sa famille vient se fixer. — Alors commencele récit d'une exislence toute de soufTrances et de misères; son père, las de souffrir, se donna la mort :

« La douleur vint miner ses membres amaigris, Puis un jour, de souffrir son âme étant trop lasse, Il mit tranquillement du poison dans sa tasse, Déjeuna comme un autre, et, sans faire d'éclat. But de sang-froid la mort avec son chocolat !

Mais la fortune encor n'était pas apaisée, La malédiction n'était pas épuisée.... »

Sa mère, fatiguée à son tour de tant de luttes inutiles, les termina par le suicide, par un coup de pistolet. Cette double catastrophe, racontée par un fils, est saisissante au dernier degré.

Les Océanides, à côté de ces fortes inspirations, lenferment quelques pièces d'un style maniéré, où les plus mauvais néologisnaes abondent, où la soif d'innover a fait rencontrer ensemble des mots inouïs, invraisemblables, comme-: « le flot rumoreux, exœstuant, fervide, les fleurs immarcescibles, lu 'procclkuse mer, les rocs fluctissonnants » ; où enfin le besoin puéril d'originalité a conduit souvent le poùte au mauvais goût et à l'obscurité.

Quelques vers pour elle,

« Ce poème en deuil^ ces vers qui sont des larmes, »

que le poète écrivit

« avec des yeux cuisants,

En quinze jours, d'un trait, à soixante-douze ans, »

la dernière production d'Amédée Pommier, son œuvre la plus intime et la plus vraie, n'a dié. dédiée qu'à ses amis, à ceux qui ont connu la morte si regrettée, l'épouse dont il chante les vertus, à quelques âmes choisies surtout parmi celles qui ont souffert, enfin à quelques lettrés délicats dignes de recevoir ces douloureuses confidences. Là sont célébrés avec amour, avec sincérité, les vertus du foyer, la constance et le désintéressement des sentiments du cœur. Au début sont placés ces vers touchants ;

« Pour tout poète en proie à l'amoureuse ivresse. C'est un droit, un devoir de clianter sa maîtresse. Moi, je veux qu'en un cliant, non moins rempli d'amour, La femme légitime ait un trône à son tour. »

S'abandonnant à la douceur des anciens souvenirs, il décrit longuement les vertus, l'immense savoir et l'immense modestie, les goûts, la beauté de celle qu'il aime; il raconte sa carrière depuis le jour d'une douce et radieuse rencontre jusqu'aux heures de vieillesse maladive et languissante; il suit son existence jusqu'à l'heure de la séparation, et termine cet hommage à sa mémoire par un tableau de l'amour conjugal où les sentiments du poète éclatent dans leur plus grande pureté, dans leur plus vive abnégation ;

a Beau mérite, vraiment, d'être fou d'une femme

Qui vient de vous donner sa personne et son âme,

Qui comble de bonheur votre cœur enchanté

Et vous laisse cueillir la fleur de sa beauté 1

Non, non, c'est quand la femme est souffrante, assombrie,

Quand les ans ont passé sur sa face flétrie,

Que ses clieveux sont gris, que ses yeux sont creusés,

Ses beaux jours disparus, ses organes usés;

C'est alors qne l'amour doit montrer sa puissance.

Celui qui n'étreint pas dans sa reconnaissance,

Qui ne dévore pas de baisers éperdus

Des bras inanimés sur un lit étendus,

La poitrine sacrée où la sève est tarie,

Un col déjà rigide, une joue amaigrie,

Des sourcils grisonnants que l'angoisse a froncés,

Des yeux clos pour jamais, dans l'orbite enfoncés,

Des traits décolorés, des lèvres violettes.

L'os saillant sous la peau des livides pommettes,

Le front que de son soc le Temps a labouré ;

Qui ne sent pas son cœur poignardé, torturé,

Alors qu'il voit perler sur des tempes jaunies

Ces fines gouttes d'eau, sueurs des agonies ;

Qui n'adore pas blancs les cheveux qu'il vit blonds,

Qui n'a pas des sanglots désespérés et longs

Pour une pâle morte, une chère dépouille,

Qu'il voudrait retenir, que de ses pleurs il mouille :

Celui-là, cœur de marbre, insensible et fermé.

N'est pas digne qu'on l'aime et n'a jamais aimé. »

Aprr-s avoir laissé ce testament poétique, Amédée Pommier pouvait mourir, certain de se survivre dans la mémoire des nobles Ames.

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