‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 44 sur 110 · M'"^ LOUISE COLET · texte numérisé non relu

M'"^ LOUISE COLET

Les tableaux avaient sans doute le don d'exciter la verve poétique de M™^ Colet. Un portrait de Charlotte Corday lui inspira un poème sur l'héroïque girondine, et, quelque temps après, ce fut le portrait. de M"^^ Roland qu'elle traça dans ses vers.

En 1843, elle concourut de nouveau pour le prix de l'Institut. La pièce de vers qui lui valut une seconde couronne avait pour titre : le Monument de Molière. M'" Colet, malade au moment du concours, ne songeait pas à y prendre part, lorsqu'une conversation de Déranger sur l'illustre comique enflamma l'enthousiasme du poète qui, malgré ses souffrances, éciivit de beaux vers sur ce sujet.

Vers cette époque elle consacra à la mémoire de son mari prématurément enlevé un morceau où les sentiments semblent vrais et l'émotion réelle :

( Je marchais, souriante, à ton bras inclinée,

Le long des peupliers qu'éclairait le couchant ;

Sur la lande, un vieux pâtre entonnait un vieux chant,

A l'horizon flottait la Méditerranée.

Tous les chastes trésors en secret amassés Dans une âme de vierge entre toutes choisie. Furent pour toi : candeur, fierté, foi, poésie, Parfums mystérieux qu'en ton sein j'ai versés. »

La douleur du veuvage si éloquemment exprimée par M™^ Colet ne l'erapôcha pas de poursuivre sa route de travail et de succès. En 1852, elle remporta son troisième triomphe académique avec la Colonie de Mettray. Ce poème, déj i présenté l'année précédente, avait été éloigné du concours pour cause de socialisme. C'est après avoir été corrigé qu'il obtint le prix. Enfin, elle se vit une quatrième fois couronnée en 1854. Ces succès réitérés firent crier à la faveur et à l'injustice; Alphonse Karr engagea une vive polémique avec Madame Colet, au sujet de ses poèmes, qui, malgré quelques expressions impropres et inexactes, justifient suffisamment le suffrage qu'ils ont obtenu de l'Académie.

L'Acropole d'Athènes, le sujet du dernier concours et le chef-d'œuvre de M™^ Colet, se recommande par une touche virile, par un profond sentiment poétique, par un véritable parfum d'antiquité. On ne retrouve là rien de ces mièvreries, de ces longueurs, de ces tirades anodines, de ce délayage sentimental auxquels la plupart des femmes poètes de notre siècle nous ont habitués. iNous en citerons cette char mante description :

« Sur la frise où le jour palpite, Semblent hennir les coursiers blancs.

Un char vainqueur se précipite, Suivi de chars étincelants :

22t LES rOÈTES DU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE.

Des vierges aux longues tuniques

Portent les jimpliores de miel

Et les pains que leurs doigts pudiques

Viennent de pétrir pour l'autel.

On dirait leurs robes mouvantes,

Leurs clie\ eux frémissent à l'air.

Ces foi-mes sont-elles vivantes ?

Est-ce le marbre ? est-co la cbair ?

C'est plus que la vie éphémère.

C'est le souffln de Phidias,

Qui donne un corps aux dieux d'Homère

Et qui vient d'animor pallas. »

Certes, la couronne académique était méritée, et M™'- Colet put répondre à ses détracteurs :

« Nous avons concouru quatre fois pour le prix de poésie, et quatre fols nous l'avons remporté. Comme cela n'était jamais arrivé â aucune femme, le public s'est étonné, et qnel(]ues-uns ont crié à la faveur. Nous avons repoussé du sourire, et aujourd'hui nous repoussons de la parole cette opinion. Chaque fois que nous avons obtenu le prix, la protection a toujours été accordée à l'œuvre et jamais à la personne, »

Le Musée de Versailles, le Monument de Molière, la Colonie de Metlray, l'Acropole d'Athènes ont éié réunis et publiés sous ce titre : Quatre poèmes couronnés par l'Académie française.

Dans un autre recueil, intitulé : Ce qui est dans le cœur des femmes, M°^^ Colet dévoile, souvent avec finesse, les pensées les plus mystérieuses, les plus ialinies du cœur féminin.

Dans un sonnet adressé à sa fille, elle peint d'une façon charmante la coquetterie de la femme immolée à l'amour maternel.

M Tu t'élèves, et je m'efface ; Tu brilles, et je m'obscurcis ; Tu fleuris, ma jeunesse passe, L'Amour nous regarde indécis.

Prends pour toi le charme et la grâce, Laisse-moi langueurs et soucis ; Sois heureuse, enfant, prends ma pince : Mes regrets seront adoucis.

Prends tout ce qui fait qu'on nous aime : Ton destin, c'est mon destin même.

Vivre en toi, c'est vivre toujours.

Succède à ta mère ravie ;

Pour les ajouter à ta vie,

O mon sang, prends mes derniers jours I »

M'"*^ Colet mit tout son cœur et tout sou art à peindre la femme

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