‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 48 sur 110 · MURGER · texte numérisé non relu

MURGER

jusqu'au jour où sa maîtresse a remplacé par la moire et le cachemire la robe d'indienne ou de modeste organdi. — Mais cette histoire est bien fade et bien commune. — Le poète se prend à rire. Mensongère indifférence ! gaieté factice l

« ... Cette gaîté-là n'est qu'une raillerie : Ma plume en écrivant a tremblé dans ma main, Et quand je souriais, comme une chaude pluie, Mes larmes effaçaient les mots sur le vélin. »

Les Fantaisies, les Ballades, les Chants rustiques d'Henry Murger respirent encore quelque joie juvénile; les Nuits cVhiver, sa dernière œuvre, ces poésies qu'il corrigeait d'une main mourante, sont tout imprégnées de tristesses vaguement définies, de larmes refoulées, d'aspirations inquiètes au repos, à la mort. Deux pièces d'un pressentiment funèbre terminent le volume. L'une est un appel presque caressant à la mort; l'autre, une sorte de testametit moitié sérieux, moitié ironique, où, doutant qu'il puisse s'asseoir « parmi le groupe élu des gens qui verront l'Africaine », Murgor fait ses dispositions, règle son convoi et dresse le plan de son tombeau *.

Quelques-unes de ces poésies sont touchantes ; il en est même dont le sentiment d'ironie désespérée laisse dans l'âme une impression lugubre. Mais il ne faut chercher ni l'idée morale ni le sentiment du devoir dans ce livre où l'auteur célèbre à chaque instant les amours sans lendemain, et, au nom de la liberté de la jeunesse, justifie tous les délires de la léte et des sens, toutes les passions, tous les plaisirs, môme les plus vulgaires et les plus méprisables.

Nulle part le talent poétique de Murger ne révèle une profonde originalité. Quelques pièces sont des calques très affaiblis d'Alfred de Musset. Le style a trop souvent l'allure vagabonde et familière de la bohème. Les périodes embarrassées, les images confuses et sans analogie sont très fréquentes. Cependant le trait est vif et net dans différentes pièces particulièrement soignées. De délicieux passages sont clairsemés dans les Petits Poèmes, et surtout dans les Chansons rustiques^ « vrais airs de pipeau faits pour être répétés par les échos de la vallée et les violons des ménétriers ^ ». Ces vers heureusement nés ont de la vigueur, de l'entrain et de la gaieté. Enfin, quelques poésies fantaisistes, éparses dans le volume, ont de la grâce, de la finesse et de la légèreté.

' Théophile Gautier, Notice sur Murger.

* Paul de Saint-Victor, Notice sur Mwger.

DORNIER (Henri de)

— Né en 1825 —

L'auteur de la Fille de Roland, M. Henri de Bornier, a composé quelques pièces et poèmes lyriques: Premières Feuilles, léger recueil qu'il publia à l'Age de vingt ans; la Sœur de charité (1839), mentionnée par l'Académie française; la France dans l'extrême Orient^ l'Isthme de Suez, couronnés au concours des années 1863 et 1864; et le Cerf, reproduit par l'Annuaire de la Société philoteclinique de 1804.

Cet esprit vif et délicat a réuni dai)s les Premières Feuilles un petit nombre de pièces intimes, sans prétention, a versiculos » , où sont retracés des souvenirs de famille et de collège, des pensées d'amour filial et d'amour poétique. On y rencontre quelques détails gracieux, pleins de fraîcheur et de jeunesse. Voici une courte pièce adressée à l'un de ses amis.

A Désiré Cadilhac

(Auteur des Echos du cœur)

Poète, frère, ami, la lutte commencée Nous invite tous deux, unissons nos efforts : Sous le même drapeau, pour la même pensée. Côte à côte marchons afm d'être plus forts.

Volons, rivaux amis, à la même victoire; Que j'entende ta voix dans la lice où je cours. Et moi, j'aurai pour toi, fier aussi de ta gloire, Des couronnes souvent, de l'amitié toujours.

Le Cerf est une poésie sereine et précise, pleine de pensées fortes et chrétiennes.

Le Cerf.

Saint Épiphane a fait, dans son Physiologue, Un récit qui sans doute eût étonné Buffon ; Je veux vous le conter, c'est presque un apologue : Le récit est naïf, mais le sens est profond.

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