‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 53 sur 110 · SULLY- PRUDHOMME · texte numérisé non relu

SULLY- PRUDHOMME

Muse, s'écrie alors le poète,

« Muse, entends s'élever

Bu fond des choses l'hymne où ces voix se confondent. Écoute la Nature

La Nature nous dit : « Je suis la raison même. Et je ferme l'oreille aux souhaits insensés ; L'univers, sachez-le, (^u'on l'exècre ou qu'on l'aime, Cache un accord profond des destins balancés.

Il poursuit une fin que son passé renferme, Qui recule toujours sans lui jamais faillir; N'ayant pas d'origine et n'aijant pas de terme, Il n'a pas été jeune et ne peut pas vieillir.

// s'accomplit tout seul, artiste, œuvre et modèle ; Ni petit ni mauvais, il n'est ni grand ni bon, Car sa taille n'a pas de mesure hors d'elle. Et la nécessité ne comporte aucun don. »

.Nous n'appuierons point sur le caractère irréligieux de ce poème ; les quelques vers que nous venons de citer le dévoilent suffisamment. M. Sully-Prudhomme, en faisant de l'instinct la base de toutes les résolutions humain s et en s'écartant d'une façon aussi complète de ia doctrine consolante du libre arbitre, a touché de bien près à la théorie insensée du fatalisme ; mais il était conduit à. ce principe par l'inspiration même de l'œuvre : les Destins sont l'histoire de la création sans créateur.

La Révolte des fleurs (tS74) est une composition gracieuse, où le poète s'attache à laire ressortir l'utilité des fleurs et la douce influence que leur spectacle exerce sur l'âme et sur les sens. Les fleurs, « ennuyées » de l'ingratitude des hommes, se font un jour le serment de se dépouiller à jamais de leur parure, d'abandonner leurs parfums, ei de ne conserver que le v nécessaire », les élaoaines et le pistil. La révolte durait depuis cinq ans. Un poète la fait cesser. La rose s'attendrit à ses chants, et refleurit.

« A l'instant toutes ses compagnes.

Fleurs des plaines, fleurs des montagnes, Fleurs des étangs et flimrs des bois, Émalllant soudain les campagnes, S'épanouissent à la fois 1 »

Le peuple des fleurs était ressuscité ; et son retour à la vie ramenait parmi les hommes la joie, le culte de l'idéal et l'amour. M. Sully- Prudhomme a eu le talent de traiter ce sujet si délicat avec un charme sans fadeur.

L'année suivante parurent \QiVaines Tendresses, Ce recueil se î éîume en une longue aspiration vers l'infini et vers les amours sans bornes.

Mais pourquoi ces tendances idéales sont-elles si souvent assoncibries par le doute et le découragement? Heureusement d'aimables poésies, dont l'inspiration est douce et familière, viennent reposer l'ûme de ces peintures altrislantes.

Toutes les pièces sont écrites avec un soin remarquable et un sentiment exquis de la cadence ; elles sont partagées en stances courtes que termine presque toujours la chute prompte, frappante, d'un petit vers de deux ou de trois pieds, de quatre au plus; quelques-unes ont dfs effets inattendus d'harmonie et présentent les idées les plus suaves cl les plus gracieuses.

Rien de plus délicat que la Prière, chef-d'œuvre en quatre strophes ;

Ah 1 si vous saviez comme on pleure

De vivre seul et sans foyers,

Quelquefois devant ma demeure Vous passeriez.

Si vous saviez ce que fait naître Dans l'âme triste un pur regard, Vous regarderiez ma fenêtre Comme au hasard.

Si vous saviez quel baume apporte Au cœur la présence d'un cœur, Vous vous assoiriez à ma porte Comme une sœur.

Si vous saviez que je vous aime, Surtout si vous saviez comment, Vous entreriez peut-être même Tout simplement.

Le sonnet Une invitation à la valse est d'un ton charmant ; quelques vers sont d'une délicieuse finesse. L'allure gracieuse et badine de sa petite pièce Enfantillage est aussi fort agréable ; il faudrait encore citer la Volupté, et surtout l'Obstacle, cet obstacle purement moral qui se dresse devant les nobles âmes dont l'union serait criminelle :

« C'est riionneur, aucun stratagème, Nul âpre effort n'en est vainqueur, Car tout ce qu'il oppose au cœur Il le puise dans le cœur même. »

Le recueil des Fflmes Tendresses formerait une oeuvre excellente, s'il n'y a\ ait pas entre ses différentes parties des inégalités fâcheuses. Les raffinements de la pensée, dans certaineo poésies, sont poussés à un

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