‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 57 sur 110 · PAILLERON (EDOUARD · texte numérisé non relu

PAILLERON (EDOUARD

M. Ed. Pailleron a publié, sous le titre d'Amours et Eaines, quelques poésies d'une aimable originalité. Une gaieté vive et spirituelle y domine et fait promptement oublier un certain nombre de vers maussades, comme Tristesse et Mélancolie. C'est en vain que l'auteur a voulu mêler également dans ce recueil les sentiments de joie et de souffrance, les sourires et les larmes. Sa poésie éclatante et légère a rarement la note mélancolique ; elle évite avec soin les désespoirs de longue haleine; mais, parfois, une émotion douce et rêveuse lui donne un caractère plus tendre et plus expansif, que révèlent, par exemple, la Eêtrée, Dans un jardin, pièces ravissantes pour la cadence harmo nieuse du rythme et la fraîcheur délicate des pensées. M. Pailleron a montré aussi une profonde sensibilité dans la Tombe, sombre tableau dontl'inspiration est éclairée par une pensée de foi et d'espérance. Mais ces impressions de deuil ne sont pas fréquentes dans son ouvrage. Sa poésie reprend bientôt une allure leste et pimpante, souvent môme elle devient joyeuse jusqu'à l'enthousiasme : ainsi l'ode Au rire, dont l'entrain irrésistible éclate comme une fanfare de gaieté :

Au rire.

Au rire pareil à l'aurore, Au rire éclatant et divin, Au rire fils aîné du vin Et frère du baiser sonore ; Au parfum de la joie en fleurs, A l'écho de l'âme en délire, A l'envers radieux des pleurs.

Au rire !

Qui fait flamber les yeux ardents,

Qui bat la gorge haletante,

Ce fard des dents, des belles dents

Dont l'émail tente, Plus rebondissant et plus pur Que le chanl de l'oiseau dans l'arbre, Ou que des grenats tombant sur Du marbre ; Voir notre t. I, p. 470.

Page 1