‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 58 sur 110 · POÈIES DU XIX* SIÈCLE. — II · texte numérisé non relu

POÈIES DU XIX* SIÈCLE. — II

Rapide et clair comme le feu, Retentissant et plein de charmes, Au rire qui fait croire à Dieu, Dont nous feraient douter les larmes; Au reflet céleste et sanglant Qui dore au front palais et bouge, Au large rire élincelant Et rouge I

Au rire vainqueur des vainqueurs !

Au rire !

Ris sans trêve à l'amour sans fin ; Après la vie encor la vie !

Ris au désir, divine faim

Inassouvie ; Ris à l'espoir, heureux enfant, Ris au bonheur, lointain sourire, Et ris au rire triomphant, Au rire 1

Cet amour du rire apparaît encore avec la môme énergie dans Pangloss :

« 0 rire inextinguible, aimé des dieux d'Homère, O rire immense et fou! formidable grelot! »

On le voit, le poète préfère aux plaintes de la douleur les chants libres de la vie joyeuse. Mais cette verve est parfois d'une hardiesse blâmable, comme dans ce récit fiévreux d'un songe, intitulé : le Vertige. Une gaieté plus aimable et plus franche anime quelques autres compositions : la Gelée surtout, cette invitation à la marche par un beau jour d'hiver, est d'une vivacité, d'une énergie entraînante.

Ses Amours et Haines renferment aussi un certain nombre de poésies heureuses : le Rhône, où la course rapide du fleuve est décrite en vers impétueux et sonores ; la Source, dont quelques images sont très gracieuses ; la Chanson de la nourrice, berceuse charmante, pleine de délicatesse et de simplicité ; enfin l'Immortelle, où le poète, en terminant son livre, adresse un chant d'amour à la poésie:

« Non, tu ne mourras pas, langue à jamais sacrée.

Harmonieux écho de l'âme et de la terre, L'univers t'appartient par le rythme et le son, La fleur par son parfum, l'oiseau par sa chanson, L'homme par la souffrance, et Dieu par le mystère.

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