‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 59 sur 110 · PAILLERON · texte numérisé non relu

PAILLERON

0 poésie ailée et qui nous vient du ciel, Langage de l'azur, du vent et de l'espace, Chant de tout ce qui va, voix de tout ce qui passe, Doux parler qui se fait comme se fait le miel !... »

La forme, dans Amours et Haines, est généralement très soignée, M. Edouard Pailleron, — dont l'imagination est faite surtout pour se déployer au théâtre, — a le vers prompt et facile, allant droit au but L'ironie fine, spirituelle, qui est le caractère dominant de cette poésie, prend quelquefois une allure plus vive, plus piquante ; dans quelques pièces, comme dans les Broies, l'auteur s'abandonne aux mouvements de la satire; mais ses indignations sont franches, sans fiel et sans âcreté.

Le chantre des Amours et Haines, qui exprime heureusement l'idéal, possède aussi le sens de la réalité et sait éviter l'emphase comme la banalité.

MANUEL (Eugène)

— Né en 1825 —

M. Eugène Manuel publia, en 1866, les Pages intimes. L'Académie française les couronna dès leur apparition.

Les premiers vers, adressés au lecteur, annoncent tout d'abord le ton et l'esprit du recueil :

« A travers bois ma source fuit :

Elle est humble et fait peu de bruit ; Mais elle est pure, on y peut boire. »

M. Manuel a traduit avec une gracieuse sincérité l'amour de la nature, le sentiment de la famille; et des vers simples, touchants, des vers qu'on n'oublie pas \ se rencontrent en grand nombre dans ces pièces charmantes : le Rosier, Naïveté, Déménagement, Tableau, le Berceau, la Sœur grise, la Roche qui tombe, A ma mère, la Veille du médecin.

Les mômes qualités de franchise et de clarté, jointes à un sentiment de mélancolie plus prononcé, se retrouvent dans un second recueil, les Poèmes populaires. Persuadé que la poésie toute d'idéalisme et de rêverie pure ne suffit plus à notre époque, M. Manuel a fait des sollicitudes contemporaines la source de ses inspirations. lia voulu montrer que la poésie peut devenir un art utile, qu'elle doit de plus en plus, dans ses peintures, être de son temps, s'associer à la recherche ardente des problèmes de la vie moderne, et ne pas craindre de se hasarder plus avant et plus bas dans l'expression des idées, des passions et des souffrances qui agitent notre société. Le succès de l'ouvrage donna raison à ces principes. Vers cette époque, François Coppée venait de chercher aussi dans les réalités de la vie populaire le sujet de ses récits et descriptions poétiques. L'Académie française accorda le même jour ses palmes à M. Eugène Manuel et à l'auteur des Humbles.

L'exactitude du détail descriptif, la sincérité des sentiments, la netteté du langage et l'allure facile, rapide de la versification sont surtout remarquables dans les Poèmes populaires. Les pièces les plus dignes d'éloges sont : l'École, le Nid, le Vieux Paroissien, les Petits Cercueils, la Mère et l'Enfant, l'Enfant au jardin, et surtout le Premier Sourire.

La manière dont l'auteur de ce recueil a su saisir, dans les destinées des humbles et des petits, la poésie cachée, suffit à prouver

* Villemain.

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