GLATIGNY
Malgré quelques mérites incontestables déforme, cet éloge ne convient pas au poète qui traîna dans la fange des mauvais lieux les illusions saintes de la jeunesse.
Albert Glatigny a composé un assez grand nombre de satires, de parodies, d'épigrammes politiques, dont quelques-unes appartiennent à la poésie par la belle humeur K
n est aussi l'auteur d'une petite comédie à deux personnages, le Bois, délicieuse pastorale qui, placée dans le même volume que les Vignes folles et les Flèches d'or, repose agréablement des impressions malsaines qui se dégagent trop souvent de ces recueils ^.
' PaulStapfer, feuilleton du Temps, 13 avril 1873. * Chez Lemerre.
CAZALIS (Henri)
I— Né en 1840 —
M. Cazalis est un savant, un médecin, un philosophe à la recherche de solutions nouvelles pour les grands problèmes qui tourmentent l'humanité. Après avoir essayé de la prose dans son livre du Néant, Pensées douloureuses ou bouffonnes (1872), il a voulu faire servir la poésie à l'exposition de ses théories. Il a publié, dans cette vue toute spéciale, le recueil intitulé rillusion (187o).
Également éloigné de l'optimisme et du pessimisme, de l'espérance et du découragement; regardant la vie comme une illusion, l'àme comme un phénomène qui s'évanouit dans le milieu où il s'est produit, remplaçant la morale religieuse par la dignité humaine, M. Cazalis adopte franchement le nihilisme, qui est le fond de la doctrine bouddhique et qui pour lui doit être le dernier mot du panthéisme. Il chante dans ses vers l'universel, l'infini, l'éternel néant.
Mélange de sentiments contradictoires, de pensées sombres écloses sous le ciel du Nord et d'ivresses mystiques goûtées dans la patrie des Hafiz et des Dschelaleddin, cette poésie, où sont confondus sans cesse l'esprit et la matière, la lumière et les ténèbres, offre l'image de la vie humaine s'écoulant sans but, acceptant au hasard la douleur ou la joie, et se résignant ou se réjouissant dans son immobilité passive.
Ce Uvre a un certain attrait d'étrangeté, mais la pensée capitale s'en dégage péniblement. La pièce intitulée le Sage est une de celles où la théorie du poète se manifeste dans les vers les plus expressifs.
A ces poésies soi-disant philosophiques M. Cazalis a joint quelques pièces fugitives d'un mérite très inégal. On constate d'étranges intermittences d'inspiration dans ce recueil où s'allient la banalité à la grâce, la fadeur à l'énergie. — Deux sentiments en débordent d'abord : l'amour et la tristesse. Ce sont d'un côté les voluptueuses rêveries, les baisers enivrants, les >• langueurs nocturnes » ; de l'autre, les mélancolies sans bornes, les sombres images et les peintures funèbres. Les tableaux de la mort ont eu pour le poète un charme tout particulier ; signalons : les Figurines macabres, le Couvercle du mort, l'Enterrement d'une marionnette. Cette dernière pièce a des détails d'un réalisme excessif.
La partie du livre intitulée En Orient est assez remarquable. La Danse indienne, la Charmeuse de serpents, le Sourire, sont de lumineux souvenirs de ce pays aimé des poètes. Dalila, la Vie divine sont aussi