‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 73 sur 110 · NADAUD · texte numérisé non relu

NADAUD

Qu'elle est Gère de ses attraits, De ces faux dieux que j'adorais,

De son teint pâle !

Le ciel se mire en ses yeux bleus ; Sa voix comme un chant amoureux S'exhale 1

Mon âme a repris sa fierté.

Et je lui jette en liberlé

Mon anathème.

0 mes lèvres, que vous mentiez !

Tous les jours vous lui répétiez :

Je t'aime !

0 la capricieuse enfant,

Qui n'aime pas, et qui défend

D'aimer les autres I Heureux les cœurs sans amitié Qui n'ont jamais pris en pitié Les nôtres !

Fuyons, fuyons ; voici l'instant Où, tous les soirs, elle m'attend,

Froide et louchante.

Et moi, je fuis loin de ces lieux; Sans une larme dans les yeux Je chante L...

Mais qu'ai-je vu ? le vert gazon,

L'allée obscure, la maison

Ah! plus de doute.

Maudit cheval et cavalier, Qui ne sauraient pas oublier Leur route !

Fuyons, fuyons; presse le pas

Mais non ; ne l'aperçois-tu pas

A sa fenêtre?

Il faut lui dire adieu ; demain,

Nous nous remettrons en chemin

Peut-être?

[Chansons de salon.)

Les chansons de Gustave Nadaud gardent presque toujours un ton de vive gaieté; quelques-unes môme sont un peu Ubres dans leur folle

insouciance, dans leur joyeuse sincérilé, el ce spirituel avertissement du pocle n'excuse pas entièrement le déshabillé de sa Muse :

« Ma Muse a des façons galantes Qui des prudes feraient l'effroi; Pardonnez -moi, femmes clémentes, Pauvres maris, pardonnez-moi.

Et si quelquefois la coquette Un peu plus bas qu'il n'est permis Laisse tomber sa collerette...

Prenez-vous-en à mes amis '. »

On y rencontre, toutefois, un certain nombre d'inspirations fraîches, gracieuses, comme les Pêcheuses du Loiret et le IS'id abandonné, attendries, émouvantes, comme le Message cl l' Improvisateur de Sorrente^.

' Chansons légères. Avant-propos.

- Lire l'excellente étude de M. Charles Alexandre sur Gustave Nadaud, dans Crépet.

LONLAY (Eugène de)

— Né en 1815 —

Le marquis Eugène de Lonlay, né à Argentan (Orne), est surtout connu pour un grand nombre de chansons et de romances qui, grâce aux airs composés par des musiciens habiles, ont joui d'une certaine A'ogue. 11 s'est essayé dans tous les genres de poésies fugitives : Biwefie.SjManfZoKnes, C/ianfs de jeunesse, Hymnes et Chants religieux, sans parler de pièces beaucoup moins édifiantes, que le pape n'aurait pas honorées d'un bref laudalif, ainsi qu'il l'avait fait pour les chants religieux.

Ses productions, comme chansonnier, consistent en deux petits volumes, publiés, Tun, en 1858, sous le titre de Chansons pcqnildires, et l'autre, sous celui de Chansons amoureuses, en 1803. Son premier volume renferme près de cent soixante chansons, avec des titres très variés et très piquants. L'amour y domine; mais rien de saillant dans les idées : ce sont des banalités assez bien habillées, des vers corrects, des vers comme il faut, sentant le marquis, et bien à tort nommés populaires. L'auteur n'a rien de Déranger, encore moins de Désaugiers, et absolument rien du Caveau. Qu'on en juge! Une chanson est intitulée : Vive la femme! et au lieu de toutes les choses gaies et spirituelles qu'un tel sujet aurait pu inspirer, on lit :

« Qui peut nier son pouvoir sur la terre Et son attrait pour notre tendre cœur?

Elle paraît... Son regard nous éclaire Et de notre âme à l'instant est vainqueur.

L'homme sans elle éprouve un vide extrême, La solitude entoure tous ses pas.

Pour être bon, d'abord il faut qu'on aime. Dieu nous créa dans ce but ici-bas i. »

Le Chant des zouaves n'est pas plus chaleureux que Vive la femme ! et nous douions qu'il eût été capable d'enthousiasmer des soldats. Voici le plus ardent de ces couplets :

« Si vous voulez gagner la croix, C'est l'heure, vous pouvez m'en croire; Sur l'étranger mis aux abois Nous remporterons la victoire

1 Chansons populaires, p. 36 i.

PoîiTES DU XIX' SIÈCLE. II. '26

Et la Renommée aux cent voix Léguera nos noms à l'iiistoire.

Soldats, on ne meurt qu'une fois ' 1 »

Cependant, à travers ce volume, presque entièrement glacial, nous avons rencontré une fleur délicieusement parfumée, une fraîche romance égarée parmi ces prétendues Cha7isons populaires :

La Reine des prairies.

Je suis la Reine des prairies :

Je n'ai point d'or ni de palais; Mais Dieu sur ces rives fleuries A mis mon trône et je m'y plais.

Par une belle matinée

De printemps, de soleil, d'amour,

Fille du peuple je suis née

Dans ce joyeux et frais séjour.

Dès que boutonne l'églantine,

J'babite au pied de la colline.

Près des ruisseaux, parmi les fleurs.

Je suis la Reine des prairies, etc.

A chaque pas une merveille S'ofl're à mes yeux, que Dieu bénit ; Autour de moi je vois l'abeille Faire son miel, l'oiseau son nid ; Sous ce paisible et frais ombrage.

J'ai pour tapis de verts gazons; On se découvre à mon passage, On applaudit à mes chansons.

Je suis la Reine des prairies, etc.

Mais pourquoi faire dire à la violette qu'on se découvre à son passage et qu'on applaudit à ses chansons?

Les Chanso7is amoureuses justifient mieux leur titre ; il y a, en effet, beaucoup d'amour en jeu. Mais quel amour ? le pire de tous : l'amour grossièrement sensuel. Souvent, dans ces chansons licencieuses, c'est la femme qui tient le langage le plus choquant. L'éloge de l'adultère y est présenté sur tous les'tons, et toutes les grossièretés du libertinage éhonté s'y étalent.

• Cfta/isons à mettre en mcsique, Lever.

LO.NLAY. 403

Les expressions, les images un peu relevées sont rares dans ces deux volumes. On y chercherait vainement les pensées ingénieuses, les traits, les surprises, l'esprit enfin, et tout ce qui rend ce genre agréable ou plaisant. En- somme, M. de Lonlay n'a rien du chansonnier et ses recueils ne contiennent aucune vraie chanson.

Casimir DELAVIGNE

Les œuvres de Casimir Delavigne se terminent par un certain nombre de pièces détachées et de petits poèmes, publiés sous le titre de Damiers chants. Ce sont le plus souvent d'aimables barcaruUes ou des ballades légères rappelant un site, un détail de mœurs, une scène de l'Italie. De courts passages d'un récit touchant, intitulé Pieiro, donneront, malgré quelques fadeurs, une idée de ces gracieuses conceptions :

« Le flot grossit, le ciel est noir.

Pletro* pourquoi partir ce soir?

Lui dit sa mère.

L'an dernier, j'eus beau l'avertir, Ton frère aussi voulut partir, Ton pauvre frère!

Pletro, montant

Sur la nacelle

Qui fuit loin d'elle.

Dit en partant:

« Nanna m'appelle;

Elle est si belle 1

Je l'aime tant ! »

Ni les craintes de sa mère, ni les cris plaintifs de la mouette annonçant l'orage, ni les efforts de la tempête, ni les funèbres avertissements du sort, ne l'arrêtent.

« P.etro, sautant Sur le rivage, Piit du présage Et va chantant:

« Nanna m'appelle :

Elle est si belle!

Je l'aime tant 1 »

Il courait vers elle à Miia ; Un cortège en deuil l'arrêia

Sous la tourelle.

« Pour qui donc priez-vous, pécheurs? » Un dVux, en essuyant ses pleurs,

Dit : « C'est pour elle !«

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