LA ROMANCE
On a, dans noire siècle, écrit une innombrable quantité de romances, mais bien peu qui soient dignes à la fois d'être chantées et d'ôlre lues. Les compositeurs Plantade, Romagne, Clapisson, Bérat, Loïsa Puget sont devenus célèbres ; les librettistes qui les ont fait connaître sont demeurés inconnus. La musique plus que la poésie fait le succès des romances; de belles mélodies font souvent valoir des paroles insignifiantes; et, privées de cet harmonieux secours, les ballades désespérées, les complaintes amoureuses ne gardent plus pour elles que la perfection de la monotonie. La romance, par le ton même de ses inspirations, est fatalement entraînée vers cet écueil : la fadeur, la langoureuse sentimentalité. Les éternelles souffrances de l'amour, les tristesses de l'abandon, les confidences plaintives de l'isolement : ce sont toujours les mômes redites. C'est ainsi qu'un petit nombre de réminiscences heureuses des troubadours : Pauvre Lise, lesBords lie la Lidre, Partant pour la Syrie, ont été répétées sur tous les tons et chantées sur tous les airs.
A côté de ces mille banalités, il faut signaler quelques pièces ingénieuses et délicates, ou lyriques et passionnées. Les Souvenirs de Chateaubriand :
« Combien j'ai douce souvenance Du beau pays do mon enfance ; »
les stances légères de Nodier; les Hirondelles de Déranger; Rose et le Pajnllon, et l'admirable poésie : Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pkine *, de Victor Hugo ; le court Refrain de Sainte-Beuve : Désert du cœur ; le Roppelle-toi d'Alfred de Musset ; l'attendrissante offrande d'Hégésippe Moreau h la Fermière; VHirondelleet le Pnso?iwer d'Hector de Saint-Maure; diverses romances d'opéras; les accents chaleureux de M'"^ Desbordes-Valmore; les tendres inspirations de M^^de Girardin, peuvent être regardés comme les modèles du genre. Nou^s citerons de l'auteur de Najyoline : Il 771 aimait tant.
Il m'aimait tant.
Non, je ne l'aimais pas; mais de bonheur émue, INla sœur, je me sentais rougir en l'écoutant; Je fuyais son regard, je tremblais à sa vue : Il m'aimait tant!
* Dans les Chants du Crépuscule.