‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 76 sur 110 · LA ROMANCE · texte numérisé non relu

LA ROMANCE

Je me parais pour lui, car je savais lui plaire. Pour lui j'ai mis ces fleurs et ce voile flottant. Je ne parlais qu'à lui, je craignais sa colère : Il m'aimait tant !

Mais un soir il me dit : « Dans la sombre vallée, (t Viendrez-vous avec moi? » Je le promis... ; pourtant, En vain il m'attendit ; je n'y suis pas allée. Il m'aimait tant!

Alors, il a quitté ma joyeuse demeure ; Malheureux 1 il a dû me maudire en partant ; Je ne le verrai plus! je suis triste, je pleure : Il m'aimait tant I

LE SOxXNET

On ferait une bibliothèque de ce qui a été écrit, tant en prose qu'en vers, à différentes époques, sur le sonnet ^

Ce petit poème dut son succès et sa popularité, son importance historique et littéraire, à la perfection de sa forme.

Des données précises sur son élymologie et sa véritable origine manquent encore. Nous ne discuterons point les diverses conjectures hasardées à cet égard; mais, laissant de côté les objections de Raynouard ^ et de Fauriel ^, nous reproduirons l'opinion la plus ancienne, celle de CoUetet *, maintenant reçue par un grand nombre d'érudits. Le sonnet florissait à la cour des premiers rois de France : les poètes qui le cultivaient l'apprirent aux troubadours de leur pays, auxquels lec; Italiens l'empruntèrent. Du Dellay le rapporta en France.

L'histoire du sonnet présente deux périodes d'éclat : au seizième et au dix-neuvième siècle.

Il était la passion, la fureur de tout ce qui rimait à la cour de Henri II". C'est au seizième siècle que furent imaginées ses complications les plus baroques, et qu'un artiste, entre autres, voulut écrire un sonnet à la fois acrostiche, mésostiche, losange et croix de Saint - André «. Sonnets casse-tôte dont on devait se moquer fort au siècle suivant, où Saint-Amand disait, faisant probablement allusion à ce phénix de la poésie difficile :

« J'ai vu qu'un sonnet acrostiche, Anagramme par l'hémistiche^ Aussi bien que par les deux bouts, Passait pour miracle chez nous t. »

Parmi les sonnets les plus célèbres on connaît : celui d'Honorat Langier, sieur de Porchères, Sur les yeux de sa maîtresse, « poésie dont la réputation s'étendit tellement en France qu'elle en fit naître une infinité d'autres à son imitation )> ; le sonnet d'01i\ier de Magny, Dialogue entre Vautheur mort d'amour et Caro le nautonnier infernal, lequel

* Charles Asselineau, Histoire du sonnet pour servir à l'Idsl'Are de la poésie fra- çai>e. Alençon, 1855.

* Iraduclion de Redi, aunotidions ou dithyram' e de « Bacchus en Toscane ». 3 Histoire de la poésie provençale.

* Traité du Sonnet.

* Voir notre volume des Poètes du seizième siècle, p. X et suiv. 6 CoUetet, Vie de S.hdandre.

"^ Le Puète crotté.

lut très prisé et « passa pour un ouvrage si charmant et si beau qu'iln'y eut presque point de curieux qui n'en chargeât ses tablettes ou sa mémoire » ; le sonnet de Desportes, Diane et Hippolyfe, pour lequel Henri IV donna 30,000 livres à l'auteur; celui d'Achellini sur la prise de La Rochelle, que Richelieu paya 3,000 livres; le sonnet admirable de Desbarreaux sur la Pénitence ; ceux de Voiture et de Malleville, imités du fameux sonetto d'Aniiibal Caro Sur le iéceil de sa maîtresse; l'amusante parodie de Paul Scarron, le Pourpoint troué par le coude; et surtout les sonnets de Voiture et de Benserade, qui divisèrent la cour et la ville, formèrent deux partis, les L'ranins et les Jobelins, occasionnèrent de véritables émeutes, et firent écrire sonnets, gloses ^ et dissertations.

Le sonnet, qu'avait effleuré Corneille, diminua rapidement d'importance vers la fin du dix-septième siècle et disparut au dix-huitième. Le dix-neuvième siècle devait amener sa renaissance.

L'école romantique réhabilita cette forme tant aimée au seizième siècle, et, donnant l'exemple, Sainte-Beuve l'exalta dans ces vers :

Ne ris point du sonnet, à critique moqueur. Par amour autrefois en fit le grand Shakespeare; C'est sur ce luth heureux que Pétrarque soupire, El que le Tasse aux fers soulage un peu son cœur!

Garaoëns de son exil abrège la longueur ;

Car il chante en sonnets l'amour et son empire.

Dante aime cette fleur de myrte et la respire,

Et la mêle au cyprès qui ceint son front vainqueur.

Spencer s'en revenant de l'île des féeries Exhale en longs sonnets ses tristesses chéries ; Millon chantant les siens ranimait son regard.

Moi, je veux rajeunir le doux sonnet en France. Du Bellay le premier l'apporta ^ de Florence, Et l'on en sait plus d'un de notre vieux Ronsard.

On applaudit vivement celte composition assez médiocre. La résurrection du sonnet fut prompte. Il n'est pas d'exercice poétique que notre siècle ait plus pratiqué et où il ait mieux réussi ; il n'en est point non plus dont il ait autant exagéré l'usage.

Bientôt, parmi les délicats, ce poème servit, comme au seizième siècle, à interpréter tous les caprices, toutes les fantaisies ; et Joachim du Bellay, publiant cinquante sonnets à la louange d'Olive sa

1 Voir Sairazin, Gloie à M. Esprit sur le sonnet de M. de Brjiserade. - Du Bellay iCapporta pas, mai-; rapporta le sonnet en France.

maîtresse, fut dépassé par un romantique, Philoxène Boyer, ciselant sur ce rythme un recueil entier de pièces amoureuses, et le luisant ensuite imprimer à un seul exemplaire sur papier rose *.

Le goût du sonnet, véritable épidémie, gagna de proche en proche. On se rappela le vers de Boileau ; une môme pensée d'émulation excita dans le domaine de l'art les forts et les humbles, les penseurs et les impuissants ; chacun voulut trouver ce « sonnet sans défaut », cet oiseau rare, ce sonnet phénix, dont nous n'avons pas encore d'exemple ; chacun voulut, renfermant son inspiration dans un cadre inflexible et circonscrit, créer un chef-d'œuvre, un médaillon unique,

« Sublime seulement par sa perfection *. »

Puis on se lassa de ces patientes ciselures, de ces longs travaux d'émailleur ; ce rythme ne fut plus qu'un exercice, une habitude, une forme toute faite applicable aux sentiments les plus mesquins, aux descriptions les plus banales, et les sonnets furent lancés par volumes à la publicité. On eut des sonnets mystiques, des sonnets capricieux, des S07inets hiératiques, des sonnets héroïques, des sonnets parisiens, des sonnets russes, des sonnets humouristiques, des sonnets fantastiques, des sonnets de tous genres. « La bande des sonneurs dti sonnets, a dit un critique, est si nombreuse et si loquace qu'on ne sait auquel entendre '. » 11 y eut entre les poètes rivalité pour le nombre comme pour la valeur des sonnets. Boulay-Paty en écrivit quatre cent quinze ; Joseph Aulran trois cent deux; Edmond Arnould deux cent quatrevingt- quatre ; Fr. de Grammont deux cent soixante- treize ; Jules Lacroix cent quatre ; Arsène Houssaye cent un ; Joséphin Soulary cent soixantedouze. On vit des publications importantes, de volumineuses anthologies exclusivement formées de ces poèmes : Les sonnets et eaux-fortes'', œuvre à laquelle prirent part quarante-deux sonnetlistes appartenant presque tous à l'école parnassienne ; le journal le Sonnettiste, dirigé par M. Paul Vibert : et surtout l'A '?nanflc/i du Sonnet, représenté par plus de deux cents collaborateurs, parmi lesquels se distinguent : François Coppée, Sully-Prudhomme, Théodore de Banville, Anatole France, Paul Demeny, Armand Sylvestre, Arsène Houssaye, Aniony Valabrègue, José-Maria de Heredia, Raoul de Bonnières, Francis Piltié, Frédéric Plessis, Emmanuel des Essarts, Joséphin Soulary, Auguste Barbier, Louisa Siefert, Aicard.

Presque tous les poètes du siècle ont sacrifié à ce genre à la mode; seuls parmi les plus élevés, Lamartine et Victor Hugo l'ont négligé ou dédaigné.

1 A. de Pontmartin, Unicers illudré, 23 nov. 1867.

* Araédée Pommier, Mon utopie.

3 Georges Lafenestre, la Poésie française en 1872-1873.

♦ Publiés chez Alplionse Lemerre (1858), à 350 exemplaires.

On regarde généralement comme les meilleurs sonnettistes ' : Joséphin Soulary, Edmond Arnould, Boulay-Paty, José Maria de Hcredia» Jules Lacroix.

Joséphin Soulary (né en 1813) tient le premier rang. Artiste scrupuleux et plein de volonté, s'attachant opiniâtrement à perfectionner ses moindres productions, cherchant avec persévérance dans la concision de l'idée jointe à la sobriété de l'expression le ternie de la puissance poétique, cet écrivain laborieux a mérité d'être nommé le Benvenuto Cellini du sonnet. Il en- a écrit un qui résume parfaitement son but et ses théories :

Je n'entrerai pas là, dit la folle en riant, Je vais faire éclater cette robe trop juste ! Puis elle enlle son sein, tend sa hanche robuste, Et prête à contre-sens un bras luxuriant.

J'aime ces doux combats, et je suis patient : Dans l'étroit vêtement qu'à son beau corps j'ajuste, Là serrant un atour et là le déliant, J'ai fait passer enfin tête, épaules et buste !

Avec art maintenant dessinons sous ces plis La forme bondissante et les contours polis ; Voyez ! la robe flotte et la beauté s'accuse.

Est-elle bien ou mal en ces simples dehors?

Rien de moins dans le cœur, rien de plus sur le corps !

Ainsi j'aime la femme, — ainsi j'aime la Muse !

Comprimer sa pensée pour la faire éclater ensuite avec plus de vigueur : tel est l'effort constant du poète.

Les Sonnets humouristiques de Joséphin Soulary sont ainsi divisés : Pastels et 'Mignardises; — Paysages; — Éphémères ; — les Métaux; — En train express; — l'Hydre aux se^it télés; — les Papillons noirs. Les pièces dont ces différentes parties sont composées révèlent un goût vif de réalisme joint à lélégance minutieuse de l'exécution.

Les Sonnets humouristiques ont une originalité très marquée. Mais ce qui frappe davantage dans ce recueil, c'est la manière tragique, inattendue, dont le poète mêle à la joie calme et raffinée l'âpre et virile mélancoHe, dont il unit sans les confondre les teintes sombres et les couleurs brillantes, laissant voir souvent au milieu d'un tableau doux et riant une émotion soudaine et pénétrante.

Le sonnet suivant est considéré comme le meilleur de son recueil.

1 Au seizième siècle, les auteurs do sonnets s'appelaient des a Sonnetteurs. » (Colletet, Hisf. des poètes f'rariçois, 3. Marot.)

Les Deux Cortèges.

Deux cortèges se sont rencontrés à l'église. L'un est morne, — il conduit la bière d'un enfant. Une femme le suit, — presque folle, — étouffant Dans sa poitrine en feu le sanglot qui la brise.

L'aulre, c'est un baptême : — au bras qui le défend. Un nourrisson bégaye une note indécise ; Sa mère, lui tcndmt son doux sein qu'il épuise, L'embrasse tout entier d'un regard triomphant !

On baptise, on absout, — et le temple se vide. Les deux femmes, alors, se croisant sous l'abside, Échangent un coup d'œil aussitôt détourné !

Et, merveilleux retour qu'inspire la prière ! La jeune mère pleure en regardant la bière ; La femme qui pleurait sourit au nouveau-né.

Malgré quelque recherche dans l'expression, on cite aussi comme une composition très gracieuse ce rôve d'un bonheur circcnscrit, résumé d'une manière heureuse dans le dernier vers :

Si j'avais un arpent de sol, mont, val, ou plaine, Avec un filet d'eau, torrent, source ou ruisseau. J'y planterais un arbre, olivier, saule ou chêne, J'y bâtirais un toit, chaume, tuile ou roseau.

Sur mon arbre, un doux nid, gramcn, duvet ou laine, Retiendrait un chanteur, pinson, merle ou moineau. Sous mon toit un doux ht, hamac, natte, ou berceau, Retiendrait une enfant, blonde, brune, ou châtaine.

J^' ne veux qu'un arpent ; pour le mesurer mieux. Je dirais à l'enfant la plus belle à mes yeux : (( Tiens-toi debout devant le soleil qui se lève ;

Aussi loin que ton ombre ira sur le gazon,

Aussi loin je m'en vais tracer mon horizon :

Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un rêve ! »

Quelques pièces, d'un ton légèrement recherché, imitent la poésie

mignarde el licencieuse de la fin du seizième siècle. Tel le sonnet qui commence par ces vers :

« L'aube est volcan; midi, fournaise; août fait éclore Comme un embrasement le baiser de l'été; Il ruisselle des cieux, écrasante clarté; L'horizon le déchaîne, orageux météore. »

M. Soulary possède un talent ferme et sagace; mais, en faisant rentrer toutes ses pensées dans le môme cadre, en reproduisant toutes ses inspirations sous la môme forme, il ne pouvait éviter l'abus, l'exagération, la monotonie. Les sonnets les plus remarquables se perdent souvent au milieu de productions fades et médiocres.

Edmond Arnould (1811-1861), ancien professeur de littérature étrangère à la Faculté de Paris, laissa un recueil intitulé : Sonnets et Poèmes, dont on lui fit une réputation posthume. « Personne, a dit un écrivain distingué, ne pensait que M. Arnould fût un vrai poète. Il Tétait pourtant, malgré sa réserve, malgré sa timidité. Il mettait à conquérir sa propre estime plus de soins et plus de peines qu'il n'en eût mis à conquérir les suffrages du public. 11 s'interdisait le bruit; il avait de quoi mériter la gloire. Son travail était obscur et secret; ses œuvres et ses joies poétiques étaient plus secrètes encore ; la mort seule a révélé son mérite môme à ses amis'. »

L'Académie française a couronné le livre de ce poète sympathique et délicat.

Les inspirations d'Edmond ArnoulJ ont été puisées toutes à de^' émotions nobles et saines, « qui portent l'àme plus haut et durent plus longtemps ».

L'auteur des Sonnets et Poèmes a célébré la nature forte et vivante, mais en gardant toujours à l'homme la première place, en reconnaissant toujours la supériorité de la pensée individuelle sur la vie universelle, sentiment admirablement exprimé dans ce sonnet :

La Terre.

En vain nous vieillissons, la terre est toujours belle. En hiver sous la neige, au printemps sous les fleurs, Sous sa robe d'automne aux changeantes couleirs. Sous sa couronne d'or que l'été renouvelle.

Fière des sucs puissants qui gonflent sa mamelle, Elle semble nous dire, insensible à nos pleurs, Que rien ne dure en nous, excepté nos douleurs, Que nous allons mourir et qu'elle est immortelle.

1 Saint-Marc Girardin, préface des Sonnets et Poèmes d'Mm. A.vn-)n\d. lïachette.

Dans le nombre des jours, un jour pourtant viendra, Jour fatal où la vie en ses flancs s'éteindra, Où rien ne sera plus de ses œuvres fécondes,

Si ce u'est cet essaim par la mort dispersé,

Ces atomes chétifs, ces riens, plutôt ces mondes

Qui ne pouvaient périr puisqu'ils avaient pensé !

Le recueil d'Edmond Arnould est éminemment spiritualisle ; quelques sonnets ont une haute valeur lyrique et renferment de très beaux vers exallant les hautes pensées de foi, de patriotisme et de liberté; mais l'expression est souvent restée en deçà de l'idée et du sentiment.

Évariste Boulay-Paty (18041864), le plus fécond des sonnetlistes, débutait en 1825 par un léger recueil inlitulé les Grecs, dithyrambes offerts aux mânes de Byron, faisait paraître en 18.J0 quelques odes nationales, et donnait en 1834 un ouvrage débordant d'exaltation romantique : ElieMariaker, iiisloire de sa jeunesse et de son cœur, livre immoral en bien des pages et qu'il devait désavouer quelques semaines avant sa mort. En 18 j1 , dans la préface de ses propres sonnets donnés sous ce titre : Sonnets de la vie hicmaine, on lisait : << Bientôt vint Elle Mariaker, plus complet qu'aucun autre d'alors, et dont on apprécia le sentiment vrai et la forme studieuse. » Or, Élie Mariaker était le pseudonyme de Boulay-Pa!y '. Ce trait joint à l'impression générale des So)inets révèle le caractère du poète : beaucoup de sincérité et de faux goût. Le dernier et le plus vaste recueil de Boulay-Paty offre cinq divisions : Amour, Art, Famille, Nature, Philosophie. Il est exclusivement formé de sonnets. « M. Boulay-Paty, écrivait en 1852 M. Cuvillier-Fleury, c'est le sonnet fait homme. Il s'y est dévoué corps et âme. Il en a fait, on pourrait le croire à l'immensité de son labeur, son unique préoccupation, sa passion exclusive, le but et le couronnement de sa vie. »

Les Son7it:ts de la vie humaine, présentés au concours des prix Monlyon en 1852, furent appréciés par Villemain comme un recueil de poésies trop peu varié de forme, mais d'une inspiration élevée, souvent inégal, mais où l'auteur a mis une précieuse empreinte de sentiment moral et d'amour de l'art, d'émotion naturelle et d'expression savante. Le livre de Boulay-Paty fut jugé digne d'une récompensé académique *.

Les sonnets qu'il renferme, presque toujours sortis d'un patient effort, sont cherchés plutôt que venus, comme il l'avoue lui-môme dans ces vers :

1 Louis de Veyrières, Monographie du Soniiet. Sonnettisles anciens et modernes.

* Voir Biré, les Poètes lauréats.

« J'ai veillé bien souvent dans la nuit avancée, Poursuivant, grave et seul, la lâclie commencée, Ciselant mes sonnets... »

Il a du moins un certain mérite, mérite à considérer dan» un genre spécial, exclusif comme celui qu'il a cultivé: « Il n'est point ennuyeux, parce qu'il est très spontané, très peu banal, point du tout copiste *. » Il a, dans diverses pièces, reproduit avec bonheur l'amour et le platonisme de Pétrarque. Ses compositions laissent généralement voir un sentiment vif du rythme, de l'image et du coloris.

José-Maria de Heuedia (i803-i<S39) est un des poètes qui ont manié le sonnet avec le plus de facilité et de succès. Les Sonnets héroïques renferment d'excellentes descriptions. Quelques-uns môme, comme Pan ei Jouvencp, sont des tableaux achevés. Ces inspirations mythologiques sont rendues en vers d'une limpide et ferme sérénité.

M. Jules Lacroix est un sonnelliste dont la composition suivante fera sufflsamment connaître la haute valeur.

Le Vendredi-Saint.

Malheureux ! en ce jour de larmes et d'effroi, Où la mort sur un Dieu remporta la victoire; Dans nos temples voilés d'un crêpe expiatoire, Quand les gémissements roulent comme un beffroi ;

Au milieu de l'orgie où lu sièges en roi,

On te gorge de vins, et l'on te feiait boire

Le sang même du Christ dans l'or pur du ciboire,

Comme si l'Homme-Dieu n'était pas mort pour toi l

El tout fier de railler les choses qu'on révère, Quand la foule à genoux garde un jeûne sévère. Tu manges et tu bois tandis qu'on pleure au ciel ;

Et lu fais ruisseler l'ivresse dans ton verre Le jour où, s'abreuvant à l'éponge de fiel, Jésus crucifié mourut sur le Calvaire I

Cette poésie d'un sentiment si élevé est d'une admirable richesse de rimes. Quelques sonnets de M. Jules Lacroix sur la guerre ont une grande valeur.

Les auteurs dont nous venons de parler sont des poètes voués exclusivement au culte du sonnet. Plusieurs autres écrivains, célèbres

1 Cuvillier-Flcury, Études historiq. et Htt., 18 janvier 1852.

à des titres différents, ont traité ce genre d'une manière trop importante pour être passés sous silence.

Les premiers, Sai.ntk-Beuvk * et Emile Deschamps manièrent le sonnet avec assez de succès pour avoir bientôt de nombreux imitateurs.

Antony Deschamps montra, comme son frère, un vif attachement à cette forme poétique, soit dans ses propres inspirations d'une mélancolie grave et sévère, soit dans sa traduction de Pétrarque, imprégnée de la grâce sérieuse et de l'austère délicatesse de l'original*.

Auguste Baubier a réuni trente sonnets sous le titre de Rimes héroïques. Sa plus remarquable composition en ce genre est Michel- Ange 3, dont les vers ont une ampleur sculpturale.

Alfred de Musset aimait Pétrarque et le sonnet. Ses compositions en ce genre, quelquefois mal rimées, souvent irrégulières, restent toujours, malgré le négligé de la forme, délicates, faciles et spirituelles. Les plus connues sont : A Madame G..., A Victor Hugo, Au lecteur ^ Son meilleur sonnet, intitulé : A Alfred Tattet, et commençant par ce vers :

« Qu'il est doux d'être au monde, et quel bien que la vie*! »

est d'une harmonie et d'un sentiment exquis. Il faut lire au-si celui qui commence par ce vers :

«Non, quand bien même une amère souffrance, »

dont Paul de Musset a dit : « Je ne crois pas que le respect de l'innocence ait jamais inspiré de senîiment plus pur ni de poésie plus parfaite *. »

Louis Veuillot est auteur d'un grand nombre de sonnets, répandus dans Çà et là, les Odeurs de Paris et les Couleuvres. Ce dernier recueil renferme quatre-vingt-huit pièces de celte forme, dont la plupart ne sauraient obtenir nos éloges, mais dont quelques-unes sont pétillantes d'esprit, de malice et de verve satirique.

Gérard de Nerval, pendant ses heures de maladie, d'excitation fébrile, écrivit des sonnets mystiques d'une certaine obscurité.de pensées, mais d'une extraordinaire richesse de forme. « Leur obscurité, a dit Théophile Gautier, sillumine de soudains éclats, comme une idole constellée d'escarboucles et de rubis, dans l'ombre d'une crypte '. »

Joseph AuTRAN a formé un volumineux recueil de Sonnets capricieux. Quelques pages sont pleines de clarté et de fraîcheur, d'esprit et de légèreté. Malheureusement, cet écrivain délicat n'a pas su se borner

1 Pensées d'aoûl. îiotes et Sonnets.

2 F.-L. de Grammont, Traduction de Pétrarque, ^véî. Ciiarpentier.

3 Satires et poèmes, p. IGT.

* Alfred de Musset, le Fils du Titien.

» Poésie i nouvelles.

6 Biographie d'Alfred de Musst, p. 288. Charpentier.

■^ Ath-'.nœum français, 'il oct. 1855.

dans l'emploi de son rythme favori, et, l'ayant fait servir à tous les sujets, a trop souvent revêtu d'une forme irréprochable des inspirations banales et prosaïques.

Arsène Hocssaye, dans .les Cent un sonnets, a dépeint délicatement quelques scènes rustiques, amoureuses et fantaisistes. Je sens fuir le rivage, entre autres, est une pièce ravissante. Mais l'ensemble du livre pèche par l'absence de sentiment moral, par l'excessive singularité du rythme et par la surabondance fastidieuse des rimes. Mademoiselle Saule-Pleureur est un exemple curieux de ces recherches de mauvais goût.

M. de Grammo5t, un artiste en rythme, le créateur de la Sextine française^, a composé presque entièrement de sonnets son livre des Chants dupasse *, où Jes mâles vertus des temps anciens, la foi, le dévouement et l'amour de la patrie, sont célébrés avec beaucoup de force et d'élévation. Ce recueil révèle une grande érudition poétique, un talent ferme et grave, un amour constant du style correct et pur. On voudrait seulement y rencontrer plus de variété dans le ton et moins de recherche d'austérité.

Charles Bacdelaire a placé dans les Fleurs du Mal un grand nombre de sonnets dont quelques-uns, au point de vue de la forme, sont des plus remarquables que l'on ait écrits.

M. Albert Mekat mérite aussi d'être mentionné pour la valeur de ses efforts, pour son tmour sincère de la poésie. Ce jeune écrivain offre le cas, peut-être unique à notre époque, d'un culte exclusif voué à la poésie, sans le plus léger sacrifice fait à la prose. Le sonnet occupe la plus importante place jiarmi ses rythmes de prédilection. Dans ses divers recueils, dont l'un, publié en 1864, les Chimères, fut couronné par l'Académie, quelques pièces, sonnets d'amour, marines ou paysages, ont une allure tantôt ^ive et dégagée, tantôt sobre et sérieuse. Malheureusementl'abondance des sujets, que l'auteur ne choisit pas toujours avec un goût très scrupuleux, la multiplicité des volumes, font perdre aux lettrés le souvenir des meilleures pièces et ne laissent à la fia de la lecture qu'un sentiment de lassitude et d'ennui.

Scli.y-Prcdhomme, François Coppée, Théodore de Banville ont composé diverses poésies dignes d'être citées comme des modèles du sonnet régulier.

Les Danaîdes de Sully-Prcdhoume sont un vrai bijou.

1 Sur la composition de ce rythme, « aux innombrables et terribles difficultés », lire Théodore de Banville, Petit Traité de versification, p. 2^4 et suiv.

- Un volume in-l6, aujourd'hui très rare, publié en 1854, à 150 exemplaires, par D. Piraud, avec cette épigraphe représentant les principes de l'auteur :

Semper et ubique 6delis.

Potius mori quam fœdari.

Etiamsi omaes, ego non.

Vidlles devises d'une langue morte.

Poètes dc xii' siècle. — II. 27

Les Danaïdes.

Toutes, portant l'amphore, une main sur la hanche, Théano, Callidie, Amymone, Agave, Esclaves d'un labeur sans cesse inachevé, Courent du puits à l'urne où l'eau vaine s'épanche.

Hélas 1 le grès rugueux meurtrit l'épaule blanche, Et le bras faible est las du fardeau soulevé : « Monsire, que nous avons nuit et jour abreuvé, 0 gouffre, que nous veut ta soif que rien n'étanche ? »

Elles tombent, le vide épouvante leurs cœurs. Mais la plus jeune alors, moins triste que ses sœurs. Chante et leur rend la force et la persévérance.

Tels sont l'œuvre et le sort de nos illusions ;

Elles tombent toujours, et la jeune espérance

Leur dit toujours : u Mes sœurs, si nous recommencions* ! »

Dans le genre objectif et descriptif, le Lis de François Coppée est une œuvre de premier ordre.

Le Lis.

Hors du coflVet de laque aux clous d'argent, parmi Les fleurs du tapis jaune aux nuances calmées. Le riche et lourd collier qu'agrafent deux camées Ruisselle et se répand sur la table à demi.

Un oblique rayon l'atteint. L'or a frémi. L'étincelle s'attache aux perles parsemées. Et midi darde moins de flèches enflammées Sur le dos somptueux d'un reptile endormi.

Cette splendeur rayonne et fait pâlir des bagues Éparses où l'onyx a mis ses reflets vagues Et le froid diamant sa claire goutte d'eau ;

Et comme dédaigneux du contraste et du groupe, Plus loin, et sous la pourpre ombreuse du rideau, Noble et pur, un grand lis se meurt dans une coupe ^. a

» Les Épreuves. Voir aussi : le Parnasse contemporain. ' Le Reliquaire.

Les Princesses, de Théodore de Banville, recueil formé de vingt et un sonoets, sont très remarquables pour l'observation stricte des règles et la richesse soutenue des rimes. Nous signalerons particulièrement Thalestris, Aidiope, Andromède, Hérodiade, dont les vers, outre le mérite de la forme, ont une fière et noble sérénité.

Nous avons indiqué, — autant que l'étendue de notre cadre pouvait le permettre, — le caractère et les compositions principales des meilleurs sonnettistes contemporains. Il nous reste à parler de quelques sonnets solitaires qui ont, à différentes dates, couru les anthologies et joui d'une grande renommée. Nous signalerons en même temps un petit nombre de poésies détachées, qui nous ont paru recommandables entre tant de productions banales, puériles et ridicules, auxquelles on a donné l'apparence extérieure du sonnet.

En 1833, en plein romantisme, un jeune poète, Félix Arvers, publiait un recueil de poésies, Mes heures perdues, où se trouvaient plus de promesses que de talent véritable. Le même auteur abordait plus tard le théâtre et donnait : la Mort de François P', Plus de peur que de mal, l'École du bon sens et la Course au clocher. Drame, vaudeville, comédie, furent promptement oubliés. Un sonnet sauva le nom de Félix Arvers. Quelques fins lettrés avaient gardé le souvenir de cette pièce de Mes heures perdues, imitée de l'italien, selon l'auteur, mais dont M"'^ Victor Hugo avait été, dit-on, à son insu, l'inspiratrice *. M. Albéric Second la cita un jour, et plusieurs journaux la reproduisirent.

Mon âme a son secret, ma vie a son nriystère : L!n amour éternel en un moment conçu ; Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire, Et celle qui l'a fait n'en a jamais 7nen su.

Hélas 1 j'aurai passé près d'e//e inaperçu, '

Toujours à ses côtés et pourtant solitaire ;

Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,

]N 'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l'ait faùe douce et tendre. Elle suit son chemin distraite et sans entendre Ce murmure d'amour élevé sur ses pas.

A l'austère devoir pieusement fidèle,

Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle :

« Quelle est donc cette femme? » et ne comprendra pas.

«Dites-moi, demandait Janin, s'il n'est pas dommage que ces choseslà se perdent et disparaissent ainsi qu'un article de journal ^ ? »

* Louis de Veyrières, Monographie du sonnet. » Histoire de la littéralure dramatique, t. IIL

420 LES POÈTES DU DIX-iNEUVIÈME SIÈCLE.

Malgré de nombreuses répétitions de mots, on peut regarder le sonnet d'Arvers comme un petit chef-d'œuvre de sentiment tendre et délicat. L. DE Rksségoier a composé un sonnet monosyllabique qui fit encore plus de bruit :

Épitaphe d'une jeune fille.

Fort Belle, Elle Dort.

Sort Frêle !

Quelle Mort :

Rose Close, La

Brise

Prise.

Après ces sonnets, il faut mentionner: A une dame en renvoyant les œuvres de Voitw^e, d'Ulric Guttinguer * ; La Marguerite, de M™« de Girardin ; Je ne suis pas de ceux-ci, de Sainte-Beuve ; les Grains de grenade, d'Auguste de Belloy; enfin, A ma fille, de M'"» Louise Colet. Nous citerons cette dernière poésie, modèle du genre sentimental.

Tu t'élèves et je m'efface, Tu brilles et je m'obscurcis ; Tu fleuris, ma jeunesse passe :

L'amour nous regarde indécis.

Prends pour toi le charme et la grâce. Laisse-moi langueurs et soucis ; Sois heureuse, enfant, prends ma place : Mes regrets seront adoucis.

Prends tout ce qui fait qu'on nous aime ; Ton destin, c'est mon destin même, Vivre en toi, c'est vivre toujours !

» Voir Théodore de Banville, Œuvres de Voiture, notice.

Succède à ta mère ravie ; Pour les ajouter à ta vie, 0 mon sang, prends mes derniers jours !

Nous terminerons notre examen en signalant quelques sonnets, remarquables à divers titres, d'écrivains moins connus : la Garde du drapeau, interprétation poétique d'un tableau de Prolais, où l'auteur, M. Adrien Dézamy *, exploite avec talent cette idée : photographier l'art en vers; une pièce des Caresses par Jean Richepin, adressée à Maurice Boucher, et dont le début rappelle Rêves ambitieux, de Joséphin Soulary; le récit comique de Gabriel Yicaire ; Il avait la face pâlotte^; et Poète et passant, dialogue d'une extrême énergie, inspiration saisissante de Gabriel Marc ^.

Le sonnet a eu, dans ce siècle, ses apologistes et ses adversaires.

Charles Asselineau, un érudit en cette question, a écrit : «Le sonnet est un symptôme en histoire littéraire. On ne le trouve cultivé et florissant qu'aux époques de forte poésie *. »

Un autre critique, envisageant le môme symptôme d'une façon toute différente, et regardant ce poème de très haut, en a fait l'amusette des sociétés jouant aux petits jeux de la littérature ^.

Sainte-Beuve a comparé le sonnet à une goutte d'essence enfermée dans une larme de cristal; Joséphin Soulary, le sonnettiste par excellence, a dit : « S'il n'est pas la forme des puissants du rythme, il est au moins le rythme des soucieux de la forme '. »

M. Barbey d'Aurevilly s'est écrié : « Rien n'est grand, rien n'est élevé que l'espace ; le génie dans les petites choses n'est plus le génie '. «

En jugeant le sonnet plutôt dans ses effets que dans sa nature, en l'examinant plutôt dans ses résultats acquis que dans son essence lyrique, les différents auteurs qui se sont prononcés sur ce poème ont rarement évité les appréciations exagérées. Les uns, frappés seulement de l'usage abusif que tant de rimeurs en ont fait, ont perdu de vue les avantages de sa structure ingénieuse et déUcate. Les autres, pleins d'enthousiasme pour sa forme incomparable, ont légitimé l'appropriation d'un même rythme à tous les caprices, à toutes les fantaisies. Les uns ont méprisé son cadre restreint et soutenu qu'il étouffe

1 Sonnets du Salon. Goupil, éditeur. Comparer ce recueil à celui d'Amédée Pommier , Sonnets du Salon, 1851.

2 Parnasse contemporain, 1876.

3 Sonnets parisiens. Lemerre.

* Gliarles Asselineau, Monographie du sonnet.

* Barbey d'Aurevilly, les CEuvres et tes Hommes,

* Louis de Veyrières, Monographie du sonnet.

' Barbey d'Aurevilly, ouv. cit. Joséphin Soulary.

la pensée. Les autres, s'appuyant de l'exemple de du Bellay *, d'Edmond Arnould*, et de Sully-Pz-udhomme^, ont démontré qu'il est applicable aux sujets les plus étendus. D'un côté le sonnet est interdit à outrance, de l'autre recommandé jusqu'à l'excès.

M. Georges Lafenestre, se tenant dans une juste mesure, a finement indiqué la destination véritable et la valeur de ce poème : « Soit pauvreté, dit-il, soit impuissance, quantité de rimeurs l'ont adopté, par la seule raison que le cadre est tout fait, de petite dimension, qu'avec un peu d'exercice on le remplit toujours vaille que vaille, et qu'on n'a point ainsi la peine de chercher, pour chacune de ses fantaisies, la forme logique qui s'y devrait adapter. Le sonnet est un trop beau cadre pour qu'on l'applique indifféremment à ces mille sortes de poésies courantes et faciles, qu'on appelait au dix-huitième siècle Poésies fugitives. Ce goût de l'uniforme appliqué à toutes les inspirations révèle plus de pauvreté dans l'invention que de tenue dans l'esprit; l'intelligence du poète qui a le malheur de se condamner à cet emprisonnement quotidien finit presque toujours par s'étioler et se rapetisser, au point de ne pouvoir plus respirer à l'air libre le jour où elle veut rompre avec ses habitudes casanières. Oter au sonnet le mouvement, l'élan, le cri, c'est méconnaître absolument sa nature, c'est le mutiler, c'est le tuer *.»

Nous ajouterons quelques réflexions.

On a beaucoup exagéré les difficultés de ce poème, ces entraves qui rendaient sceptiques Boileau et l'évèque de Vence ^ mais qui ne sont rien auprès des complications de la ballade et de la double ballade. Le sonnet n'en reste pas moins supérieur à tous les poèmes à forme fixe, car il représente mieux qu'aucun autre, dans la disposition de ses strophes et la combinaison de ses vers, l'unité de pensée et le mouvement lyrique. Un sonnet parfait est une création. Le sonnet doit être le moule d'une idée complète et forte. Suivre cette idée fermement conçue, la développer dans les treize premiers vers, et la faire éclater souveraine, irrésistible, inattendue au quatorzième, telle doit être la marche de l'inspiration dans ce poème. Le sonnet ne souffre point de médiocrité, sa construction réclame un savoir-faire exquis. Ces exigences d'une œuvre où toutes les défectuosilés de langage et de rythme sont inacceptables expliquent le petit nombre de pièces véritablement remarquables éparses dans les innombrables recueils de sonnets publiés au dix-neuvième siècle.

1 Songe ou vision sur Rome, poème en sonnets.

2 Edm. Arnould a formé des poèmes de vingt-quatre et de vingt-cinq sonnets.

3 La Justice. Voir notre article sur ce poète, p. 304.

* Georges Lafenestre, la Poésie française en 1872-1873. 5 Godeau prétendait que le sonnet n'est pas de ce monde. Il était athée en sonnet. Charles Asselineau, Monographie du sonnet.

Page 1