‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 80 sur 110 · CHATILLON · texte numérisé non relu

CHATILLON

Tout se fricasse, tout bruit...

Et Ton chante là, jour et nuit;

C'est toujours fête !

Quand, sous ,ce toit hospitalier, On demande à notre hôtelier

Si tout s'apprête...

Il vous répond avec raison :

On n'a jamais, dans ma maison,

Fait une plainte!

On est servi comme il convient, Et rien n'est meilleur, on sait bien.

Qu'à la Grand'Pinte ! »

Parmi les pièces d'un genre plus gracieux et plus élevé, on nomme la Ronde de Voiseau, un modèle de gazouillage, et la Ronde des jeunes filles, un modèle de folie virginale i.

La forme laisse souvent à désirer dans les poésies de M. de Châtillon; les négligences de rimes sont nombreuses; la coupe des vers est parfois d'une étrange irrégularité; le goût même s'y trouve sacrifié ; mais quelques pièces, exemptes de ces défauts, respirent une grande fraîcheur, un enthousiasme vif et sincère, une joie douce, pleine de franchise et de saveur.

t Barbey d'Aurevilly, Les Œuvres et les Hommes,^' partie, p. 32S.

AUTRAN (Joseph)

Autran est essentiellement un poète descriptif ; nous aurions pu néanmoins le nommer parmi les poètes lyriques et même parmi les poètes épiques, comme nous l'avons nommé parmi les dramatiques'.

Joseph Autran est né à Marseille, le 20 juin 1813. Son père, négociant, avait fait dans sa jeunesse plus d'un voyage au long cours. Sa mère était d'origine grecque. Toute sa carrière se ressentit de cette double origine. Il débuta dans la littérature en IS32, par une ode à Lamartine qui venait s'embarquer à Marseille pour son voyage en Oinent. Le poète déjà si célèbre vit le poète novice, se prit d'amitié pour lui, et décida son père à lui laisser toute liberté de cultiver le goût qu'il manifestait si prématurément pour les lettres. Ainsi commencèrent entre le disciple et le maître des relations qui devaient se prolonger sans interruption jusqu'à la mort de l'auteur des Méditations.

Autran restera surtout célèbre comme poète de la mer. Or l'idée de faire un volume de poésies exclusivement maritimes avait germé dès cette époque dans le cerveau du jeune Marseillais. Lamartine approuva vivement le projet qui lui fut communiqué dans une promenade en mer.

Un premier essai parut en 1833 sous le titre de la Mer, qui devait faire place plus tard au titre plus modeste de : Poèmes de la mer.

A cinq ans de là, Joseph Autran se trouvant dans un salon de Marseille fit la connaissance du colonel d'Illens, qui commandait la garnison de Milianah pendant le siège héroïque que la place eut à soutenir contre les troupes indigènes conduites par Abd-el-Kader. Le vaillant colonel lui confia le journal qu'il avait tenu au jour le jour. C'est sur ce manuscrit, tout noirci par la poudre, que fut composé le poème de Milianah. C'était la première fois qu'un poète s'avisait de chanter de simples soldats; et cette tendance à exalter les vertus obscures, les dévouements ignorés, se retrouvera dans toutes les œuvres de celui qui devait s'écrier un jour : « Je ne voudrais que deux mots sur ma tombe : Exaltavit humiles. »

Vers la môme époque il accueillait par une superbe improvisation le 17^ léger et le jeune colonel d'Aumale de retour d'Afrique après la brillante affaire de la Smala. Alors Joseph Autran ne fut plus appelé à Marseille que le << jeune poète de l'armée d'Afrique ».

Dans ces mêmes années, tout bouillant de sentiments héroïques, il écrivit la Fille d'Eschyle, cette œuvre dramatique si remarquable, dont nous avons parlé ailleurs.

1 Voir tome I, p. 3iC.

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