CHOEUR
Voici le mai, le mois de mai I Par la grâce des fleurs nouvelles Que tout cœur dolent soit charmé ; A la chanson des hirondelles, Que tout cœur aimant soit aimé 1 Voici le mai, le mois de mai !
En vieillissant un peu l'orthographe et les tournures de phrases, on ferait aisément passer B/'w/ie^fe pour une pièce exhumée des œuvres de Ronsard ou de Remy Belleau.
Brunette.
Voici qu'avril est de retour, Mais le soleil n'est plus le même, Ni le printemps, depuis le jour Où j'ai perdu celle que j'aime.
Je m'en suis allé par les bois :
La forêt verte était si pleine, Si pleine des fleurs d'autrefois, Que j'ai senti grandir ma peine .
J'ai dit aux beaux muguets tremblants : « N'avez-vous point vu ma mignonne ? » J'ai dit aux ramiers roucoulants :
« N'avez-vous rencontré personne? «
49 i LES POÈTES DU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE.
Mais les ramiers sont restés sourds, Et sourde aussi la fleur nouvelle, Et depuis je cherche toujours Le chemin qu'a pris l'infidèle.
L'amour, l'amour qu'on aime tant Est comme une montagne haute :
On la monte tout en chantant, On pleure en descendant la côte.
Nous voudrions citer tout le petit recueil des Chanaons rustiques où, entre le Trimazo et Brunette, s'épanouit la douce légende du Capitaine et de Sainte Azénor, que le poète fait chanter par Thérèse dans son drame de Jean-Marie.
Mais il nous faut vite arriver à la dernière partie de l'œuvre.
Le poème intitulé les Paysans de VArgonne, bien fait, bien pensé, bien écrit, manque de souffle. Les morceaux qui ont pour titre collectif Aux avant-posteSy à part une ou deux exceptions, sont faibles et froids. Ce sont des notes tour à tour vaillantes et spirituelles, prises au jour le jour par un homme de cœur et un bon français sans doute, mais un bien mauvais soldat!
Il y avait peut-être un certain héroïsme à saisir le côté plaisant de cette existence militaire où tous étaient jetés brusquement sans ordre et sans choix ; et pourtant on ne se sent pas porté à rire en Usant l'histoire humoristique du factionnaire qui tire sur un reflet d'étoile au lieu de tirer sur l'ennemi. Que pouvait devenir la France avec de tels défenseurs !
Les compositions où le poète redevient grave signalent chez lui un grand progrès dans les sentiments élevés. Quandnous parlions d'heureuses exceptions à la faiblesse relative de cette dernière partie du volume, nous faisions allusion aux deux pièces qui ont pour titre Parce, Domine, el Prière dans les bois. Dans le Parce, Domine,M.. Theuriet nous montre les mobiles de Brest et d'IUe-et- Vilaine venant prier en commun à l'Angelus :
« L'église du village est éclairée à peine,
Les mobiles de Brest et ceux d'Ille-et-Vilaine
Viennent à TAngelus y prier en commun;
Car ils seront ce soir de grand'garde, et pas un
Ne veut aller là-bas sans un bout de prière.
L'aumônier, né comme eux dans les champs de bruyère,
Leur dit qu^il faut offrir un coeur pur au Dieu fort,
Et marcher en chrétien au-devant de la mort.
Et pour donner encore aux paroles du prêtre
Plus de solennité, le canon de Bicêtre
Fait trembler par instants les vitraux de la nef...
Tous entonnent alors, du soldat jusqu'au chef,
THELRIET. 495
Le Parce, Domine, ce grand cri que l'Église
Jette en pleurant vers Dieu dans les heures de crise.
« Épargnez-nous, Seigneur! » chantent ces paysans
Que l'aube reverra peut-être agonisants ;
Et tandis que leurs voix montent dans l'air humide,
Il me semble, au delà des cintres de l'abside,
Entendre les rumeurs d'une foule à genoux :
Femmes en deuil, enfants sans pères, vieux époux
Dont les fils sont perdus sous la pluie ou la neige.
Laboureurs qu'on rançonne et bourgeois qu'on assiège,
Toute la Frai C3 enfin, lasse, blessée au cœur,
Et criant dans la nuit : » Épargnez-nous, Seigneur ! »
Une pensée chrétienne vient ainsi de temps en temps éclairer l'œuvre du poète. Le volume se termine par la Prière dans les bois, datée de mai 1871, que nous voudrions voir apprendre^à tous les Français, et dont nous regrettons de ne pouvoir citer que la fin ;
0 La foi des anciens Jours, sons nos rires amers. Se fond comme une perle au mordant des acides. Et nous demeurons seuls, parmi nos champs d>Jsert?, Sans amours et sans dieux, le cœur et les mains viJes.
Nous avons tout raillé : 1q juste et l'idéal,
La vieillesse qui pleure et l'enfunce qui joue.
Nos idoles à peine avaient un piédestal,
Que nous les renversions nous-mêmes dans la boue.
Un soir, comme Samson aux pieds de Dalila,
Nous nous sommes gaîtnent endormis sur nos tâches;
Et quand on a crié : « Les Philistins sont là I »
Nos bras étaient sans force et nos cœurs étaient lâches...
J'ai prosterné mon front dans l'herbe du ravin, Et j'ai dit : « Toi qui fais vibrer dans la ramure Je ne sais quoi de tendre et presque de divin, Toi par qui la fleur s'ouvre et la brise murmure,
« Puissance qu'un grand voile enveloppe à jamais. Source mystérieuse où l'univers vient boire, Souffle éternel qui va des vallons aux sommets Et des cieux à la mer, Dieu caché, fais-nous croire !
a Donne-nous, pour tenter notre suprême effort, Un peu de la candeur de cette vieille veuve Qui chemine là-bas, sous son faix de bois mort Et que son chapelet console dans l'épreuve.
« Nous avons perdu tout du soir au lendemain : Nos provinces, notre or et le sang de nos hommes. Rends-nous la foi, mets-nous cette lampe à la main, Pour sortir du marais ténébreux où nous sommes.
« Comme ces chevaliers qui cherchaient le Saint-Gràl Hors des sentiers battus que le vulgaire assiège, Pousse-nous vers la cime ardue où l'Idéal Épanouit sa fleur d'azur parmi la neige...
a 0 fier enthousiasme, essor des nobles cœurs, Léger comme au matin l'alouette sonore, Nous remporteras-tu jamais sur les hauteurs? Ta clianson du réveil, l'entendrons-nous encore? »
Tandis que je rêvais sous les arbres touffus,
Le couchant s'éteignait, l'ombre tombait plus ample,
Les hêtres y noyaient la pâleur de leurs fûts.
Et la grande forêt paraissait comme un temple.
Tout dormait : le grillon dans l'herbe, et le linot Sous la feuille... Un soupir traversa le silence: Un étrange soupir, triste comme un sanglot Et doux comme un espoir, jaillit de l'ombre immense.
Je quittai la forêt pris d'un pieux frisson,
Et, de même qu'on voit surgir de blanches voiles
Sur la lointaine mer, je vis h l'horizon
Monter dans le ciel pur les premières étoiles. »
Depuis, bien des nuages, hélas ! ont voilé ces étoiles. Espérons avec le poète, quand môme, espérons partout et toujours.
M. André Theuriet, jeune encore, n'a cessé de grandir et de s'élever de toutes les manières : style, idées, sentiments, aspirations, tout s'est perfectionné. 11 n'a pas dit son dernier mot, et il conquerra dans la poésie contemporaine la place due à son talent pur, grave et fort. Ses œuvres survivront à bien d'autres autour desquelles il s'est fait plus de bruit, s'il s'efforce d'apporter un peu plus de vigueur dans l'expression de ses pensées et de précision dans les termes : car il est de ceux qui, secouant tous les jougs et ne s'asservissant à aucune routine, travaillent à redonner à la France une poésie naturelle, vraie, vivante, et qui ne vieillira pas comme celle des écoles de convention.
MILLIEN (Achille)
— Né en 1838 —
Les Premières Poésies de M. Achille Millien (1839-1863 1 se composent ainsi: La Moisson, Chants agrestes, les Poèmes delà nuit, Humour i&tiques, Paulo majora. Ses Nouvelles Poésies (1864-1873) sont divisées en six parties : Musettes et Clairons, Légendes d'aujourd'hui, Lieder et Sonnets, Voix des ruines. Légendes évangéliques, Paysages d'hiver *. Presque toutes les pièces de ces deux recueils ont eu la même source d'inspiration ; l'amour des champs et des mœurs rustiques.
Mieux que la plupart de ses émules, M. Millien a su comprendre l'attrait mélancolique de la solitude, le charme des prairies embaumées et la douceur des brises printanières ; car, dans ces tableaux et dans ces haleines de la nature, son âme a retrouvé sans cesse l'œuvre el le souffle de Dieu. Qu'il célèbre les plaines riantes du Nivernais ou qu'il chante les sombres sites du Morvan, le poète apporte dans toutes ses compositions la môme admiration religieuse. Ses paysages parlent au cœur en môme temps qu'ils s'offrent au regard. L'homme s'en détache toujours en souverain au lieu de s'y confondre, et le plus pur idéalisme éclaire celte poésie dans tous ses détails.
Malheureusement la forme n'est pas toujours à la hauteur de h pensée. Les images les plus gracieuses sont souvent mal rendues; le ton poétique ne se soutient pas. Les vers manquent de chaleur, et malgré la grande simplicité des tableaux, l'extrême franchise des détails, bien des paysages semblent fades et monotones : la force graduée de l'expression leur fait défaut, et le dernier trait a rarement le mérite de l'imprévu.
M. Achille Millien n'en a pas moins un assez riche fonds d'originalité. Ses œuvressontincgales; mais elles renferment d'excellentes peintures, tout imprégnées d'un sentiment vif de la nature et des révélations poétiques que la vie des champs renferme. Persuadé que la fleur de poésie croît sur le plus humble terrain, il a souvent fait naître, d'une scène vulgaire et froide en apparence, une émotion touchante. Citons, dans les Chants agrestes, la pièce intitulée : En hiver.
Dans une forêt dépouillée par le froid et le vent, une vieille femme ramasse des brindilles sur le sol couvert de givre.
« Pauvre vieille ! au fond de ce bois Où ta main glane des broussailles.
Tu vins déjà seule autrefois, La veille de tes fiançailles ! »
1 Voir la splendide édition de 1875^ en 2 volumes in-4, chez Lemerre. Poètes du xix' siècle. — II. 32
C'était alors un temps d'amour et de bonheur. Elle était belle, riche de jeunesse : soncœur débordait de joyeuses espérances.... Et maintenant !
« Tu te souviens, seule aujourd'hui.
Le front ridé, l'àme brisée^
De ce matin évanoui
Où tu marchais dans la rosée.
Tu t'en souviens ! tu peux revoir Les grands chênes qui, sur ta tête, Se penchaient pour te recevoir Avec leur parure de fête.
Les sentiers connus, les voilà !
Comme autrefois murmure l'onde :
Mais un long siècle a passé là; Pour toi, c'est presque un autre monde.
Maintenant le fiancé dort Sous l'ombre de l'if mortuaire; Ton cœur que la vieillesse mord Est enveloppé d'un suaire !
Le givre pleut sur toi; l'hiver Dans le bois fait grinrer la bise, Et le ciel autrefois si clair A révolu sa robe grise.
La nature a mis au tombeau La beauté dont elle étuit fière, Et toi, tu portes le fardeau De tes vieux ans au cimetière ! »
Indiquons encore le Soir de février, où le poète, harmonisant et animant son paysage avec un rare talent, môle en doux concerts, aux abords d'un village, le gazouillement des oiseaux à la voix des jeunes filles.
Toutes les peintures des Chants agrestes, des Légendes d'aujourd'hui, des Lied r^ possèdent au môme degré d'exactitude la couleur locale.
a 0 mon beau Nivernais, pays des vallons verts ! »
M. Millien parle des paysans de sa province, comme Brizeux a parlé des paysans de la Cornouaille, avec intérêt et vérité. C'est ainsi qu'il a, dans ses idylles, évité le plus grand écueil de ce genre de poésie : la banalité.
Nous donnerons la Rentrée des foins comme exemple d'une description animée, vivante.
MILLIEN. 499
Lia Rentrée des foins.
Des prés que la faux tondit jusqu'à terre
Les bœufs attelés sortent à pas lents,
Et les chariots, grinçant sur la pierre,
Roulent les foins secs en amas branlants.
De la fauchaison voilà donc le terme ;
Bientôt l'on mettra la faucille aux blés,
Et tous les faneurs, ce soir, à la ferme
Pour le grand repas seront attablés.
Déjà le couchant rougit le nuage,
Sortons promptement du sentier ombreux...
Mais un ancien veut que, suivant l'usage,
Tousjusqu'au fenil escortent les bœufs :
« Réjouissons-nous de ce temps propice !
Et qu'un bon chanteur au faîle du foin,
Pour nous faire honneur, lestement se hisse
Et commence un air qui résonne au loin.
Toi, de rameaux verts recouvre la tête
Des bœufs accouplés qui vont ruminant.
Où sont les rubans gardés pour la fêle ?
Qu'on me les apporte ici, maintenant.
Très bien. Les voici, prends-les, Madeleine,
Mêle les couleurs et pare à ton goût
Fins corsets, chapeaux et bonnets de laine,
Les jeunes, les vieux, et les vieux surtout !...
Et toil souffle, ami, dans ta cornemuse,
Souffle à pleins poumons, au devant des bœufs ;
Ce soir c'est liesse, on rit, on s'amuse,
Et, comme à la noce, on va deux à deux ! »
Les voilà partis, le chariot crie.
Ils chantent en chœur un vieil air d'amour;
Et dans le buisson qui clôt la prairie
Les merles railleurs sifflent tour à touri
Le sonnet A la veillée offre un délicieux tableau d'intérieur. Nous pouvons signaler aussi comme une composition originale, dans les Nouvelles poésies, la pièce intitulée le Moulin, où les deux premiers vers de chaque strophe reflètent un tableau gracieux et gai, tandis que les deux autres expriment une sombre et sanglante image des désastres de la guerre.
« Quel tableau pour une idylle !
Le moulin près du verger
L'an dernier ce vert asile Vit mille hommes s'égorger.
A son lavoir la meunière Sourit gaiement au passant.
Tout un jour, cette rivière Roula moins d'eau que de sang î
Sur la margelle dans l'ombre S'enroulent viorne et jasmin.
On jeta dans ce puits sombre Tant de morts qu'il en fut plein.
Tes grands deuils ne durent guère, Nature, plus d'un printemps... !
Mais c'est vous, ô pauvres mères, Qui pleurerez bien longtemps . »
M. Achille Millien est tombé dans un défaut commun à beaucoup de poètes descriptifs : l'exactitude trop minutieuse des détails, le soin trop recherché, trop artistique de la ressemblance. Pour cette raison, la grâce naïve et la simplicité rustique manquent à quelquesunes de ses compositions, par exemple à la Légende des marais, où l'on trouve ces vers trop élégants :
« L'iris auprès du bord croissait dans les ciguës;
Les joncs environnaient de leurs feuilles aiguës
La renoncule en deuil de ses corolles d'or;
La morène arrondie avoisinait encor
La grêle marsilée auprès du populage.
Et la massette chère aux enfants du village
Dressait son épi brun, moelleux comme un duvet ;
Du milieu des malsains potamots s'élevait
La tige du plantin. Les flèciies d'eau tremblantes,
Sveltes, se dégageaient de ce fouillis de plantes i. »
Quelques poésies fantaisistes et différentes compositions sur les malheurs de la France sont mêlées à ces peintures champêtres. La Comète est la pièce la plus remarquable des Humour istiques. Il y a beaucoup de force et de grandeur en cette œuvre étrange où le poète, s' élançant dans les plaines de l'infini, n'arrête l'essor de son imagination qu'au moment où il va toucher du front le trône môme de Dieu. Les poésies sur la guerre ont un accent de patriotisme profondément ému. Quelques-unes de ces pièces joignent au charme delà description la chaleur du lyrisme. Tel est, par exemple, le Convoi des ôiessés ^, tableau très heureusement présenté, et qui, malgré ses négligences et ses répétitions, offre des contrastes saisissants.
1 Premières poésies : la Moisso>i.
* La Retraite.
MILLIEN. 301
M. Millien, en différentes pièces, a essayé la poésie pédestre et badine, la note gaie et familière : ce genre ne convient pas à son talent. Il a pu présenter quelques portraits assez plaisants de campagnards, mais l'expression comique lui fait totalement défaut. Jean le Fier, José, Germain le Batailleur ne, font pas rire. En recherchant, dans les Grotesques, le ton de la plaisanterie, il a souvent touché de près à la trivialité. Peut-être eût-il dû se renfermer dans la description sérieuse, où est sa vraie supériorité, celle qui lui valut les suffrages de l'Académie française.
Son dernier recueil, Poèmes et sonnets (1879) ', prêle à la mêmeicrilique. Là aussi, dans quelques pièces, l'auteur fait abus de la noie fami- 1 ière, et, par amour de la simplicité champêtre, ne tient pas assez compte de la dignité poétique. Mais si la for melaisse à désirer, si l'expression est souvent impropre, aventurée, l'inspiration est toujours irréprochable. Simples histoires de la vie rurale ou sombres épisodes de la guerre allemande, tous ces poèmes parlent au cœur de charité, de justice, de patriotisme. Les Voisins, VExécution, le Voyage, les Orphelins, sont d'une pensée haute et généreuse; r Apaisement, à part quelques élrangetés de détails, offre un tableau touchant. Ce contraste habilement présenté, d'une nature calme, sereine, pleine de chansons et de parfums, et d'un cavalier volant à travers champs, le cœur chargé de haine, accélérant d'abord avec rage la course de son cheval, puis la retenant par degrés, l'arrêtant tout à fait au spectacle de la création épanouie; cet apaisement progressif d'une âme tout à l'heure soulevée par un désir féroce de vengeance, et maintenant tout jmprégnée d'amour et de bonté, celte charmante scène est une des meilleures inspirations de M. Millien. Les Sonnets, généralement écrits avec facilité, sont d'une lecture agréable, mais restent inférieurs aux Poèmes pour la conception.
La noblesse de sentiments est le caractère dislinctif des œuvres poétiques de M. Millien.
* Chez Lemerre.
AICARD (Jean)
— Né en 1848 —
M. Jean Aicard, le délicat auteur de la Chanson de Venfant, a révélé de remarquables qualités descriptives dans les Poèmes de Provence *, couronnés par l'Académie française en 1874.
Ce l'ecueil est formé de sujets très variés entre eux, mais puisés tous à la même source d'inspiration, l'amour du poète pour son pays. Fils du Midi, M. Aicard a célébré son ciel pur, ses fleurs, ses blés, ses cigales, ses beautés et ses particularités. Mais, pour qu'on ne l'accuse point de n'ôlre que Provençal, il a dédié son œuvre à la France. Il ne TBut pas que l'on dise de lui :
u II a chanté La Provence, un recoin du pays enchanté, Exaltant, ce n'est pas ce que l'heure demande, La petite patrie aux dépens de la grande *. »
n aime la France, mais ses yeux sont toujours tournés vers le pays natal. Il ressent à Paris tous les regrets de l'exil. Ces pensées tristes de l'éloignement, exprimées en des pièces touchantes : Lettre à ma sœur, le Mal du pays, V Absence, font revivre en son âme de nombreux souvenirs. Il retrace avec amour les paysages et les coutumes méridionales ; il décrit ces villes de soleil : Arles, Avignon, Marseille, Nice et Toulon; il dépeint les fêtes naïves de village, les travaux des paysans et leurs badinages, le soir, sur le seuil de leurs maisons ' ; les troupeaux au pâturage, les particularités gracieuses des vendanges provençales * ; la manière dont on cueille les olives * ou dont on fait sécher les figues ^ Entre temps il dessine une courte idylle, esquisse une gracieuse scène des champs, telle que sa charmante pièce intitulée le Puits. C'est a la fin d'une de ces chaudes journées de Provence où « l'été hurle de soif », où « la terre ardente éclate » ; on voit :
« Leste, en jupon rayé, la jeune paj'sanne Qui vient emplir sa cruche ou faire boire l'àne.
1 Chez Charpentier.
* L'Absence.
8 Les Seuils.
* La Moustuoire.
» La Cueillette des olives.
* Les Canisses.