‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 87 sur 110 · LE PARNASSE CONTEMPORAIN · texte numérisé non relu

LE PARNASSE CONTEMPORAIN

Musset se mourait. Lamartine écrivait des romans. Hugo était en exil. La poésie n'avait plus de chef, plus d'interprète en France. Les Parnassiens apparurent. Ces poètes nouveaux se groupèrent, s'instituèrent et firent école. Dès le début, ils adoptèrent un style, un genre particulier : ils décrivirent. Oublieux de l'esprit de leur siècle ou du goût de leur pays, les uns, remontant vers le passé, se firent les imitateurs des poètes du moyen âge; les autres, roclicrchnnt surtout la .^singularité, demandèrent aux muses exotiques des inspirations nouvelles. La poésie ne fut plus l'expression d'un sentiment intime ; les enthousiasme.-* individuels s'évanouirent, et le Parnasse vécut d'échos. Le culte de la pensée s'amoindrit, disparut et fit place à l'amour exclusif de la forme. On imagina des rythmes fantastiques; on cisela des phrases sans idées ; on bâtit des chefs-d'œuvre sur de.-^ pointes d'aiguilles; on tailla des statues dans le vide. L'intérêt de la composition allait tenir lieu de l'intérêt du sujet. On n'allait plus juger du talent que par l'heureux entrecroisement, l'abondance et la sonorité des rimes. Les délicatesses rythmiques, les descriptions vagues, les romances langoureuses remplacèrent dès lors dans la poésie l'action, le mouvement et la vie.

Quelques pages plus élevées firent contraste.

Le Paimasse contemporain est resté ce qu'il était à son apparition. Des écrivains distingués prêtent comme alors leur collaboration à ce recueil, et les accents de Leconte de Lisle, de Victor de Laprade, de Sully-Prudhomme, de François Coppée, d'André Theuriet, lui donnent encore quelques apparences de force, d'éclat et de puissance. Mais le ton général reste le môme. Les Parnassiens sacrifient toujours le fond à la forme, Tidée à l'ornementation, et le bon sens à la rime. Nous ne suivrons pas ce recueil en ses diverses publications. Pour n'avoir pas à répéter des renseignements déjà connus sur un groupe littéraire dont la forme a peu changé, nous nous contenterons de parcourir rapidement le dernier volume, publié en 1876. Quelques mots sur chacun des poètes qui l'ont écrit donneront une idée suffisante de la valeur et de l'importance de l'école parnassienne. On s'apercevra aisément qu'il y a là plusieurs écrivains, comme M"^"^ AckermanH, Joseph Autran, iM^^^ Louise Colet, Sully-Prudhomme, qui n'appartiennent à ce groupe ni par la forme ni par le ton de leur poésie.

L. AcKEKMAN.\ (Madame) ouvre le recueil d'une façon heureuse. Sa courte poésie : Un*? /'e??)?«c, qu'elle avait composée à vingt-deux ans, est écrite envers bien frappés, sereins et précis.

^ Le Parnasse contemporain . Alphonse Lemerre,

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