GERARD DE NERVAL
Gérard de Nerval a continué dans ses productions poétiques le ton et la manière de Casimir Delavigne. L'auteur des Messéniennes était pour lui le dernier représentant de l'inspiration et du goût français en vers. Gérard appelait Lamartine un lakiste et Victor Hugo un Espagnol. Ce jugement explique toute sa poétique. En voulant surtout éviter les mouvements excessifs de la passion, il sut, dans ses diverses œuvres, Aurélia ou le Rêve et la vie, la Bohême galante, dédiée à Arsène Houssaye, et les Filles de feu, rester toujours simple, sobre et précis ; mais il n'eut jamais ni chaleur ni puissance. On sent dans quelques- ■nes de ses pièces l'hésitation d'un poète qui doute de lui-même et n'ose livrer tout son sentiment dans une expansion franche et hardie. Cette crainte pudique de l'exagération donna du moins à sa poésie la mollesse gracieuse qui en est le caractère distinctif.
Gérard de Nerval a pris pour modèle dans ses pièces légères les Odelettes de Ronsard, composées de rythmes délicats que le vieux poète français avait lui-même imités d'Anacréon, de Bion et d'Horace. Les pièces qui forment la Bohême galante sont charmantes de douceur et de naturel, mais parfois trop négligées, comme la Cousine.
Gérard a souvent exprimé, dans ses Odelettes rythmiques et lyriques, des pensées suaves et délicates. Ainsi dans cette petite pièce pleine de légèreté et de grâce :
Les Cydalises.
Où sont nos amoureuses ?
Elles sont au tombeau :
Elles sont plus heureuses Dans un séjour plus beau.
Elles sont près des anges, Dans le fond du ciel bleu, Et chantent les louanges De la Mère de Dieu!
0 blanche fiancée I .
0 jeune vierge en fleur I Amante délaissée. Que flétrit la douleur!