‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 97 sur 110 · GÉRARD DE NERVAL · texte numérisé non relu

GÉRARD DE NERVAL

L'éternité profonde

Souriait dans vos yeux

Flambeaux éteints du monde, Rallumez-vous aux cieux.

Les inspirations poétiques de Ge'rard de Nerval sont généralement irréprochables; mais la forme est très souvent défectueuse. Un grand nombre de vers trahissent l'effort ; les rimes ne se sont pas toujours pFésentées spontanément à l'esprit du poète, on rencontre dans leur accouplement maintes recherches pénibles, ou des oppositions de mots dont le bon goût et les règles proscrivent également l'usage :

« Quoi toujours ? Entre moi sans cesse et le bonlieur! Oh ! c'est que l'aigle seul, malheur à nous, malheur i !... »

Ces négligences sont singulières ; mais Gérard de Nerval n'a-ï-il pas écrit que la rimr^ est un grand obstacle à la popularité despoésitSj jen ce qu'elle rend le récit poétique lourd et ennuyeux ?

1 Le point noir, sonnet.

CORAN (Charles)

— Né en 1814 —

Charles Coran, dans les Rimes galantes ^ a traduit tous les détails de la vie élégante du dix-neuvième siècle : « l'Opéra et le corps de ballet, la vie des eaux et la vie de chûleau, les joies bruyantes du carnaval, les fêtes intimes du boudoir, tout le cortège et tout l'accompagnement du plaisir *. » Les vers sont franchement licencieux. L'auteur ne dissimule pas ses goûts :

a Parisien frivole épris de la beauté, »

curieux des secrets d'amour, il ne farde pas les détails. Dès le début du livre il nous fait netlement connaître la façon dont il entend l'existence, le genre de vie où l'ont naturellement porté les dispositions libertines qu'il a puiséos à la mamelle ^. Ce sont des naïvetés de débauche étonnantes, des ralfinemenls inouïs de table et de plaisir. Souper, aimer, chanter, il ne croit pas qu'il soit au monde de meilleures occupations. Quelques pièces des Rimes galantes sont tout à fait cyniques, comme l'Entrée dans le monde; impies, comme Ma vocation.

Sous le rapport exclusif de la forme, on doit reconnaître dans cet ouvrage, malgré certain maniérisme, une grande facilité poétique, une vive agilité de rythme. Mépris des richesses, Symphonie sont, en divers passages, d'une entraînante légèreté. Les trois jours renferment cet alerte refrain :

« Dansons ! trois jours de carnaval,

Trois nuits de bal !

Danse, mon vers, d'un pied fantasque !

Tambours de basque, Fêtez dimanche; et vous, refrains.

Guerre aux chagrins! »

On rencontre enfin, dans quelques compositions, des chutes de vers dont l'effet est très joli.

Nous avons jugé sévèrement l'inspiration générale desRimes galantes. Cette appréciation ne doit pas s'étendre au livre entier. Parfois une pensée émue se glisse au milieu de ces peintures licencieuses. A l'as-

1 Amyot, 1847.

* Eugène Crépet, Les Poètes français, etci, t. IV, p. 480.

3 « Voilà coraraeut j'ai pris le vice à la mamelle. »

{Rimes galantes.)

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