‹ Histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 98 sur 110 · CORAN · texte numérisé non relu

CORAN

pect du bonheur des riches, le poète songe aux misères des humbles, et de ce contraste son imagination forme un tableau plein d'intériît et de vérité. Signalons la pièce touchante intitulée les Fourrures. — Il gèle : au fond d'un boudoir doré, couverte d'hermine, une grande dame

« Apprend les airs nouveaux sur l'ébène et l'ivoire. »

Il gèle... Sous les fenêtres, une femme dont la voix tremble chante c un cantique d'autrefois.... »

L'enfant de la patricienne, charmant

« Dans son beau vitchoura de martre zibeline, Se roule sur le tapis d'ours, et dans la rue

La femme à la triste chanson

Montre aux passants un nourrisson.

Il gèle : et l'enfant vient de naître. i>

Près du feu, l'épagncul Médor est couché sur une chancelière; en bas

« Un vieux caniche intelligent

Complète le groupe indigent.

Il gèle ! il réchauffe son maître, d

Mais on sort, on se rend au bois par ces jours d'hiver

o Déjà le coupé roule au pied du vestibule,

La bande d'astrakan autour du siège ondule,

Le cocher se bouffît sous la peau du renard,

Puis la mère, l'enfant et le chien montent ; on part.

Vous qui bien loin du feu de hêtre

Gardez pourtant votre chaleur.

Les pauvres vous ont vu paraître ;

Baissez la glace, donnez-leur.

Hélas ! l'heureuse dame a peur ;

Il gèle : elle aurait froid peut-être. »

L'allure ordinaire des Rimes galantes est joyeuse et passionnée. Charles Coran, dans quelques-unes de ces descriptions des plaisirs du monde, a su garder une certaine mesure entre le banal badinage et le style égrillard. D'une hardiesse de pensées beaucoup trop vive, mais d'une réserve relativement sobre dans l'expression, il a conservé jusqu'à un certain point le ton qui convient à la poésie légère.

Dans les Dernières Élégances * (I8C9) il dépasse toute mesure. Il s'y montre bien « le dernier des païens ^ », « le dernier idolâtre de Vénus

1 Un volume in-8. Chez Lemerre.

* Protestations contre la Rose de Natier.

Victrix S » comme il se qualifie lui-même. Tout l'esprit de ce livre éhonlé est résumé dans le titre d'une pièce : « Leçon d' inconduite. » Gentil-Bernard et Parny sont des poètes chastes à côté de l'auteur des Dernières Élégances, qui ose prétendre cependant

« Qu'il a vécu ses jours dans le commerce intime Des dieui de l'idéalet des rois du sublime *. »

Et dire que cette œuvre élégamment ordurière est dédiée : « Au souvenir d'une telle, aimable et vertueuse dame, » et que l'auteur, d'un âge très mûr, adresse une pièce à son père, et une autre à sa fille l

La littérature du dix-neuvième siècle n'a guère vu de pareil scandale.

1 Quand je n'y serai plus.

* Mon goût. A M"" '**.

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