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LE MAIRE DE BELGES

Cet écrivain, si souvent lourd et dur dans sa prose, avait à un haut degré, quand il versifiait, le sentiment de l'harmonie. Il coupe trèsgracieusement son vers : il a un soin curieux des mots jolis et énergiques, et, ce qui vaut mieux encore, quelle que soit sa réputation de pédantisme, il a de l'àme et de la délicatesse.

Le principal titre d'honneur de Jean le Maire est dans l'influence heureuse qu'il exerça au commencement du seizième siècle. Quanta son bagage poétique, il n'a pas un très-grand prix.

En 1503, à l'âge de trente ans, il donna le premier de ses poëmes, un panégyrique du prince de Bourbon Pierre II, le Temple d'honneur et de vertus, adressé à sa veuve, Anne de France, dame de Beaujeu. Prudence, Justice, Espérance, et autres personnages fictifs, avec cinq bergers et deux bergères, y expriment pompeusement des regrets allégoriques assez peu touchants. Ce qu'il y a de plus saillant dans cette pièce, c'est l'abus des figures mythologiques et l'imitation ennuyeuse du genre classique qui commençait à devenir à la mode.

La même année, le Maire composa la Plainde du Désiré, au sujet de la mort de Louis de Luxembourg, prince d'Altemore et comte de Ligny. Le poëte y fait célébrer les grandes qualités du prince par la Rhétorique et la Peinture. La. Rhétorique, suivant le langage du temps, désigne la poésie. La Plainte du Désiré n'est qu'une pièce emphatiquement rhétoricienne.

Autant en dirons-nous des Regrets de la Dame infortunée, sur le trespas de son ires chier frère unicque, composés à l'occasion de la mort de Philippe P', roi d'Espagne, arrivée en t606, pour sa sœur Marguerite d'Autriche, que le poëte désigne sous le nom de la. Dame infortunée.

Il y a plus d'originalité dans les deuxE/^is^res de l'Amant verd, adressées, en 1S10, à Marguerite, fille de l'empereur Maximilien, gouver-. nante des Pays-Bas, dont le Maire était secrétaire. L' Amant verd n'est rien autre qu'un perroquet vert, espèce alors fort rare en France. Ce merveilleux perroquet avait été donné par l'archiduc Sigismond d'Autriche à Marie de Bourgogne. Marguerite, qui en hérita, le garda et l'aima en mémoire de sa mère. Le perroquet mourut de vieillesse, et Jean le Maire, supposant qu'il avait succombé au chagrin, pendant que la princesse était partie pour l'Allemagne, se rendit l'interprète du perroquet, ou de l'amant verd, ainsi que l'appelait sa maîtresse, auprès de Marguerite absente. Le poëte fait parler l'Amant et sa dame qui lui réplique en deux épîtres, avec tout le feu d'un amour passionné.

On a encore de le Maire une pièce en vingt-quatre couplets adressée à Dieu, par la France et la Bretagne, au sujet d'une maladie de l'épouse de Louis XII, et un recueil de poésies sous le titre de Couronne margaritique, à la louange de Marguerite d'Autriche, fille de l'empereur Maximihen.

Suivant Pasquier, les meilleurs écrivains du seizième siècle lui ont

fait de nombreux emprunts. « Il est certain, ajoute l'auteur des Recherches, que les plus riches traits de cette belle hymne que notre Ronsard fit sur la mort de la reine de Navarre sont tirés de lui, au jugement que Paris donna aux trois déesses. » Lui, il eut le tort de trop se souvenir de ses maîtres, les poètes savants, et de persévérer jusqu'à la fin dans des imitations vieillies et fades, au lieu de tenter généreusement d'ouvrir des voies nouvelles et fécondes à la poésie française.

L'extrait suivant suffira pour donner une idée du style et de la manière de ce fameux suivant de Dame Rhétorique.

Extrait de la Plaincte du Désiré.

Quant le temps voy si pesant et umbreux, Ouprendroy je le principe du compte Pour explaner i en sorte belle et prompte Du Désiré les faictz nobles et preux, L'honneur, le bruit, les louenges d'ung conte 2 Dont le recort ^ maint autre cas surmonte. Si je m'y prens je crains reprise et honte, Car à présent mes motz sont trop scabreux.

Et quant j'auroye or la langue diserte

Pour correspondre à la propre desserte •*

De son mérite et de ses grans vertus.

Ou pour plourer une si griefve perte,

Si n'en seroit sa gloire plus aperte ^,

Car hault louer conduyt par art experte

N'accroist les faictz de triumphe avestuz ^.

J'invocqueray à mon secours les Muses,

Nymphes et ventz et les eaues recluses

Pour croistre pleurs et grans regretz poinctuz.

Ja n'est besoing de forger telles ruses.

Car les douleurs dedens noz cueurs abstruses ^

1 Expliquer, exposer, éclaircir, développer, interpréter. Il se disait encore à la fin du seizième siècle. « Il explane quasi toute la saincte Escripture. » (G. de Seyssel, Hist. eccles., VI, 8.)

2 Comte.

3 Action de rappeler, de raconter, recordatio.

* Ce dont on est digne, ce qu'on mérite, de deservire. ^ Évidente.

' Revêtus.

' Renfermées.

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