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JEAN MAROT

Né entre 1457 et 1403, mort en 1D23.

Quoique né et mort plus tôt, Jean Marot est déjà moins du quinzième siècle que le Maire de Belges. Le père de Clément Marot est son précurseur, quelquefois il paraît presque son égal.

Son nom de famille semble avoir été Desmarets. f^ui-même se nomme ainsi dans un Discours à la reine ; a Je Jehan Desmarets. voslre povre escripvain, vous présente ce mien petit ouvrage. « Issu de parents peu fortunés, son éducation fut fort négligée. On ne lui enseigna pas le lalin, mais il s'appliqua très-ardemment à étudier l'Histoire et la Fable, et à lire les vieux poètes français, comme Alain Chartier, et surtout le Roman ch la Rose, dont il fit ses délices.

Cependant il n'avait nulle position et végétait dans la misère. Anne, duchesse de Bretagne, depuis reine de France, grande protectrice des gens de lettres, vint en aide à la pauvreté de Jean Marot. Elle le nomma son poêle et lui donna commission d'accompagner Louis XII dans son expédition de Gênes et de Venise, dont il fit une relation mêlée de prose et de vers, qu'il a pu appeler Vrciye Hislorialle et non fabuleuse narrative; car il y porte l'exactitude jusqu'à marquer les dates et les plus petits événements, ce qui ne l'empêcha pas d'avoir largement recours à l'attirail mythologique et de faire agir les dieux du paganisme, avec plusieurs vertus, vices et autres personnages allégoriques. Les qualités poétiques n'y manquent pas : invention originale, disposition assez habile, descriptions justes et naturelles, peintures bien faites, versification souvent noble et énergique, — comme dans les beaux vers sur l'amour de la liberté que profère Gênes vaincue, dans sa complainte finale, — mais quelquefois obscure, et souvent extraordinairement négligée. Pour la rime, que les dernières lettres de deux mois se ressemblent, il n'en demande pas plus, et il fera bravement rimer Hercules avec Achilles, genre avec guerre. Il se contente volontiers de l'assonance du moyen âge. Ses deux poèmes, écrits par stances, à l'imitation des poèmes italiens, sont composés de différents vers, et le poète en change souvent la mesure suivant le ton des sujets.

En somme, les deux Voyages de Gènes et de Venise sont la meilleure production de Jean Marot, et la seule d'ailleurs qu'il ait faite pour

être publiée. Jean Marot a cet honneur d'avoir été le premier des poètes de la Renaissance qui ait donné l'idée du style héroïque.

Après sa mort on publia ses Œuvres mêlées, qui contiennent des rondeaux, des épUres, des vers épars, des chants royaux, des épigrammes, des églogues, des complaintes, etc.

La pièce en rondeaux la plus considérable est le Doctrinal des ■princesses et nobles dames ^ faict et deduict en xxni rondeaux. Le poëte d'Anne de Bretagne y enseigne aux belles ce qu'elles doivent être et ce qu'elles doivent faire pour s'attirer l'estime et le respect de tout le monde.

Il y a aussi de l'invention et du style dans l'Epistre des dames de Paris aux courtisans de France. Les dames de Paris, pour engager les seigneurs français à revenir, y font un parallèle d'elles avec les dames d'Italie qu'elles maltraitent à cœur joie. Malheureusement la décence, à laquelle Jean Marot ne déroge guère d'habitude, est scandaleusement violée dans cette galante épître.

Les épigrammes de Jean Marot passaient auprès des contemporains pour des chefs-d'œuvre. Elles étaient encore goûtées au commencement du dix-septième siècle : Colletet leur trouvait à presque toutes le sel et la pointe de celles de Martial.

L'auteur de VHistoire des poètes françois ne vantait pas moins les poésies pastorales de Jean Marot. « Parmi ses complaintes, dit-il, celle pour Florimond Robertel et l'églogue pour la royne mère, Louise de Savoie, sont escrites d'un si bel air et d'un style si poétique et si pastoral, que les Tombeaux de Jean Second, et les Idylles funèbres de l'antique Moschus et de Bion mesme n'ont rien de plus fort ni de plus agréable. »

Une ou deux ballades de Jean Marot méritent bien mieux encore d'être louées. Nous signalerons comme un petit chef-d'œuvre celle qui a pour refrain : Riche amoureux a toujours V avantage, et où se trouvent ces vers d'un tour si heureux :

« Or elle a tort. Car noyse ni rancune N'eut onc de moy ; tant luy fus gracieux, Que s'elle eust dict : « Donne-moy de la lune. J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx. «

On peut encore lire avec intérêt un petit poëme où Jean Marot introduit la France, s'adressant aux États du royaume. Noblesse, Église et Labour, pour faire la censure des ennemis de François I" et l'apologie de ce prince contre qui l'on murmurait, et contre qui l'on avait répandu dans le public des écrits séditieux, vers 1520, à l'occasion de nouveaux impôts levés pour subvenir aux frais de la guerre.

Depuis quelques années nous possédons un poëme resté longtemps inédit de Jean Marot. C'est une vision, en onze cents vers de tous rhythmes, où le poëte célèbre la convalescence de la reine Anne, presque subitement revenue à la santé (mars 1512), après avoir été aux portes du

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