‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 19 sur 67 · JEAN MAROT · texte numérisé non relu

JEAN MAROT

tombeau, à la suite d'un accouchement où elle avait mis au monde un enfant mort. Noblesse, Église et Labour sur la terre, Charité, Foi et Espérance dans le ciel, intercèdent auprès de Dieu pour la santé delà princesse. Le Très-Haut consent à ce que sa vie soit prolongée. Miséricorde et Pilié recueillent les baumes et les parfums les plus exquis, et en font un précieux cataplasme, plus odorant que cinnamome ou baume, qui rend la santé à la reine et arrache les trois ordres de l'État à la consternalion où ils étaient plongés.

L'épouse de Louis XII était adorée de la France, et en particulier du peuple de Paris, dont ses abondantes aumônes adoucissaient les souffrances. JeanMarot, abusant un peu des aisances que lui donnait son cadre, la représente comme une perfection absolue, h laquelle tous les plus sublimes éloges sont dus. L'excès delà louange rend ce poëme allégorique presque aussi fade que les vingtquatre rondeaux composés sur le même sujet par Jean le Maire.

Ce que les contemporains ont le plus vanté dans Jean Marot, c'est l'abondance et la facilité. Jean Bouchot loue

« Le facjl art de maistre Jehan Marot i. »

Il dit ailleurs ;

« Et maistre Jehan Marot Estoit fluent, Greban doulx et gracile -. »

On doit encore des éloges à son grand talent de décrire et de peindre, et à ses heureuses coupes de vers. Mais il est trop souvent négligé, inégal, dépourvu de noblesse ; dans les sujets môme les plus relevés, il prodigue les proverbes populaires les plus bas ; il ignore les lois de la convenance et de la dignité du style. D'ailleurs, il a assez de qualités pour que les vers du père paraissent quelquefois dignes du fils.

1 Epist. fam., LXL « Ibid., LXVII.

Page 1