‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 20 sur 67 · J.-G. ALIGNE · texte numérisé non relu

J.-G. ALIGNE

Un Italien, un citoyen d'Asti, mérite d'ôtre placé parmi les poètes qui ont le plus honoré notre littérature sous Louis XII et au commencement du règne de François I"^"", Et cependant il était resté ignoré parmi nous jusqu'à nos jours, de même qu'on avait oublié dans son pays ses facétieuses poésies en divers patois italiens. Ses poésies françaises, composées de 1494 à 1520, ont été publiées pour la première fois en France, en 1836, par J.-E. Brunet, qui les accompagna d'une notice bibliographique.

A l'exemple de Jean Molinet, d'Octavien de Saint-Gelais, d'André de la Vigne, de Jean d'Auton, de Pierre Gringore, de Jean Marot, mais avec plus d'originalité, plus d'enthousiasme et plus d'amour que ces poètes français, l'Italien Alione a célébré la gloire des armées françaises en Italie. Dès 1494, dans une pièce de quatre stances, de huit vers décasyllabiques, il félicitait, au nom des citoyens d'Asti, le duc d'Orléans de son entrée dans cette ville. Il chanta ensuite le Voyage et conqueste de Charles VIll, roy de France, sur le royaume de Naples, et sa victoire de Fournoue, en quarante-quatre octaves, puis la Conqueste deLoys douziesme, roy de Finance, sur la duché de Milan, avec la Prinse du seigneur Ludovicq (en 1500), en soixante-sept octaves. Comme l'a remarqué M. Brunet, les vers de ces trois pièces sont tous de la môme mesure, et chaque octave ne présente que trois rimes, le premier vers rimant avec le troisième et le quatrième, le second avec le cinquième et le sixième, tandis que les deux derniers riment ensemble, à la guise des stances italiennes. Le poète se plaît à jouer souvent sur les mots et à répéter la rime d'un vers au premier repos du vers suivant, ce qui tient également des vers équivoques et des vers bottelés. Voici un exemple de cette singulière disposition métrique :

« Le roy dressa son retour vers Savoye, Prenant sa voye au pas du premier amble, Trop bien sçavoit que l'attendiez en voye; , Mais quoy qu'il voye en rien ne se desvoye. »

Le troubadour astesan a encore composé deux dits en l'honneur de François P', une piquante Chanson des Songes, sur la bataille de Marignan, en vingt couplets, enfin le Chapitre deJÂherté, en strophes de six vers chacune, où il exprime avec chaleur les plus nobles idées d'indépendance.

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