FRANÇOIS
pièces sont comparables aux meilleures de Clément Marot par le naturel, par le bon goût cL par l'agrément d'un style poli et gracieux. Ce sont surtout des poésies légères, des chansons, des rondeaux, des dizains. Dans les morceaux d'une certaine élendue, dans les cpîtres, dans la relation de la campagne d'Italie, le style royal manque d'aisance, de noblesse et de chaleur.
Vers adressés à la duchesse d'Étampes.
Est-il bien vray, ou si je l'ay songé. Qu'il est besoin m'esloigner ou distraire De nostre amour et en prendre congé?
Las ! je le veux, et si ne puis le faire. Quedis-je veux? c'est du tout le contraire. Faire le puis, et ne puis le vouloir.
Que S plus taschez ma liberté me rendre, Plus empeschcz que ne la puisse avoir, En commandant ce que voulez défendre.
Chanson ^.
OÙ estes-vous allez, mes belles amourettes? Changerez- vous de lieu tous les jours?
A quidiray-je mon tourment.
Mon tourment et ma peine ?
Rien ne respond à ma voix, Les arbres sont secrets, muets et sourds. Où estes-vous allez, mes belles amourettes ? Cbangerez-vous de lieu tous les jours?
Ah ! puisque le ciel veut ainsi Que mon mal je regrette, Je m'en iray dedans les bois Conter mes amoureux discours.
Où estes-vous allez, mes belles amourettes ? Changerez-vous de lieu tous les jours ?
Frag^ment d'une ballade.
Estant seullet auprès d'une fenestre
* Parce que.
« D'après une tradition écrite, le roi aurait aussi composé la musique de cette t) hanson. (Champollion-Figeac.)
Par un matin, comme lejourpoignoit S Je regarday Aurore à main senestre 2, Qui à Phœbus le chemin enseignoit.
Et d'autre part m'amie ^ qui peignoit Son chef doré, et vis ses luisans yeux Dont me jetta un traict si gracieux.
Qu'à haulte voix je fus contraint de dire : Dieux immortels ! rentrez dedans vos cieux, Caria beauté de ceste vous empire.
Défense de l'amour.
Aucuns blasment Amour, louans leur ignorance, En l'appelant ingrat enfant, plain d'inconstance, Jeune, vieulx, clairvoyant, les yeulx bandez sans veoir, Remply desouspeçon, trop couart, fier, meurtrier, Par trop riche, indigent, tout sçavant sans sçavoir, Legier, trompeur, jaloux, cruel et faulx archier. Contre eulx, non contre Amour, ont converty l'offance Les pouvres malheureux ! car ne pouvant pourveoir \ Que nostre corps ne soit remply de passion. Meilleur est qu'une honneste occuppe la puissance, Que si hayne envyeuse en nous avoit povoir : Donc si faulte il y a en nostre affection, Nature en fault blasmer rebelle en son devoir 5.
liettre que le Roy escript à Frotté^ son secrétaire, estant avec la royne de IVaTarre en Ciascong^ne, luy commandant présenter à ladicte dame les estrennes qu'il Iny envoyé avec la ballade cy-après escrîpte.
« Frotté, je vous envoyé ung crucifix accompaigné d'une ballade que je vueil que vous présentiez de ma part à ma seur, pour ses estrennes, suyvant ce que je vous ay commandé à vostre parlement.
Sur quoy faisant fin, je priray Dieu, Frotté, qu'il vous ait en sa garde.
Escript à Fontainebleau, le septiesme jour de febvrier 1548. »
Ballade envoyée par le Roy à la royne de IVaTarre.
C'est vous, Seigneur, pendant en ceste croix, Qui monstres bien que, cloué et lyé,
1 ("ommençait à percer; du verbe poindre^ à peu près inusité. — ^ Gauche» s M'amie pour mon amie. Remarquer Te muet compté dans la mesure. * Pourveoir que, signifie empêcher que... ne, providere ne. 5 Poésies du roi François I", p. lôO.