‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 30 sur 67 · JOACHIM DU BELLAY · texte numérisé non relu

JOACHIM DU BELLAY

— 1524-1559 ou 1560 —

« Comme, environ l'an 1549, Joachiin du Bellay retournoit de l'université de Poitiers, raconte Colletet, il se rencontra dans une môme hôtellerie avec Pierre de Ronsard, qui, revenant du Poitou, s'en retournoit à Paris aussi bien que lui. De sorte que comme d'ordinaire les bons esprits ne se peuvent cacher, ils se firent connoître l'un à l'autre, pour être non-seulement alUés de parentage, mais encore pour avoir une môme passion pour les Muses, ce qui fut cause qu'ils achevèrent le voyage ensemble, et depuis Ronsard fit tant qu'il l'obligea de demeurer avec lui et Jean-Antoine de Baïf, au collège de Coqueret, sous la discipline de Jean Daurat, le père de tous nos plus excellens poëtes. »

Heureuse rencontre qui donna à la France un écrivain dont l'influence devait être si grande sur les destinées de notre poésie.

Il paraît que Ronsard n'avait encore rien publié quand du Bellay lança, au commencement de 1550, la Défense et Illustration de la langue françoise, cet éloquent manifeste qui provoquait toute une révolution dans notre littérature. L'initiative du mouvement n'en appartient pas moins à Ronsard, le véritable inspirateur des idées que rédigea son ami. Mais Ronsard a lui-môme avoué que du Bellay eut la gloire de réveiller la poésie française, depuis longtemps faible et languissante. Il voulut, en s'adonnant à l'imitation des anciens Latins et des poëtes italiens, « enrichir noslre vulgaire d'une nouvelle, ou plustost ancienne renouvelée poésie. »

Comme l'a dit Vauquelin de la Fresnaye, du Bellay fut l'un des premiers qui « attirèrent d'Italie en France » et perfectionnèrent les sonnets amoureux, acclimatés dans notre pays par Marot et par Mellin de Saint-Gelais, qui n'en avaient composé qu'un fort petit nombre. Du Bellay, en cultivant de préférence et presque exclusivement le sonnet, l'assouplit, l'aiguisa, et, suivant l'expression de VauqueUn dans son Art poétique,

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« Premier fit le sonnet senlir son epigramme '. »

Du Bellay consacra la forme de vers chérie de Pétrarque à célébrer une nouvelle Laure. Il s'était épris d'amour pour une belle damoiselle parisienne de la noble famille des Viole, et, en anagrammatisant ce mot de Viole, il la célébra sous le nom d'Olive, dans cent quinze sonnets.

Voici quelques-uns des plus jolis sonnets du poëme à l'honneur de dame Viole :

La canicule au plus haut de sa rage Ne fait trouver la fraische onde si iDcUe, Ni l'arbrisseau si doucement appelle Le voyageur auprès de son ombrage ;

La santé n'est un si joyeux présage Au lent retour de sa clarté nouvelle, Que le plaisir en moy se renouvelle, Quand j'apperçois l'angelique visage ;

Soit qu'en riant ses lèvres coralines 2

Monstrent deux rangs de perles cristalines ;

Soit qu'elle parle, ou danse, ou balle ^, ou chante,

Soit que sa voix divinement accorde '^

Avecq' le son de la parlante corde,

Tous mes ennuis doucement elle enchante ^.

1 Le sieur de la Fresnaye a encore dit :

« Ce fut toy Du-Bellay, qui des premiers en France D'Italie attiras les sonoets amoureux ;

Depuis, y séjournant d'un goust plus savoureu , «

Le premier tu les as mis hors de leur enfance. »

(Diu. sonn., UI.)

* De corail.

' Syn. de danser, du bas lat. balla, balle, ou paume, parce que le jeu de la balle ou de la paume était accompagné, au moyen âge, comme chez les Grecs, de danse et de chant. Ce mot, qui remonte au douzième siècle, n'aurait pas dû vieillir :

« Ils ne font que chanter et 6a//er ensemble. » (S.-Evrem., les Opéras, I, 3.)

« n sait danser, baller,

Faire des tours de toute sorte. »

(La Fo>t., Fab., MU, m.)

« On se mit donc à balle)' bien joyeusement. » (G. Sand, les Maîtres sonneurs, VII* veillée.)

* S'accorde. Neutre pour réfléchi, comme on le trouve si souvent au seizième siècle.

* Sonnet lxxviii.

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