‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 36 sur 67 · REMY BELLEAU · texte numérisé non relu

REMY BELLEAU

<i lia I mon cœur, que je vis heureux Miiintenant que je suis amoureux 1 lia ! belle nuit entre les belles, etc. '. »

Nous nous gardons d'indiquer d'autres passages tout à fait lubriques. Pasquier a nommô Belleau VAnacréon de son siècle *. Le poëte français mérite d'ùlre comparé au poëte grec plus encore pour la licence que pour la grâce. L'Estoile cite de lui un « poème vilain et lascif et mal sonnant aux oreilles chrestiennes"^), qui fut fort couru à cette époque corrompue.

Un poëme de Belleau, moins connu que les Bergeries, leur est cependant supérieur par la variété, par la souplesse, par l'invention. Il est intitulé : les Arnow^s et nouveaux Eschanges des 'pierres précieuses, vertus et propriétés d'icelles. Dans trente petits poëmes délicieux, l'auteur décrit en détail le diamant, la topaze, le rubis, l'améthyste, etc., etc. Il prodigue les couleurs et les images, et embellit l'observation et la science de tous les charmes de l'imagination et de la fiction. « Tantôt, dit un critique, c'est une ode d'un jet élégant et soutenu, en l'honneur du Diamant ou de la Perle ; tantôt c'est une princesse, une femme aimée, qui est chantée sous le nom de l'Agate ou du Saphir, et puis, c'est une histoire pompeuse, peinte en riche tapisserie, telle que celle d'Améthyste changée en pierre par Bacchus ; tantôt encore, une légende d'amour contée sur le ton doux et mélancolique des plus tendres rêveries de la Fontaine ^. »

C'est surtout par les Amours des pierres précieuses que Remy Belleau se montre à nous comme un des poëtes du seizième siècle qui ont eu le plus grand éclat de style. Dans ces brillantes descriptions, l'imagination est constamment frappée, si le goût n'est pas pleinement satisfait. Régnier a dit, dans sa neuvième satire :

« Belleau ne parle pas comme on parle h la ville, Il a des mots hargueux, bouffis et relevés. »

Cette remarque s'apphque beaucoup moins aux Amours des pierres précieuses qu'aux Bergeries.

Ce poëte pastoral s'est aussi exercé dans le genre théâtral. 11 a laissé une comédie où se retrouvent toutes ses qualités de naturel et de grâce, la Reconnue, qui ne fut probablement pas représentée, car le temps lui manqua pour l'achever. Le sujet, de circonstance, était une religieuse qui, après avoir porté le voile pendant sept ans, avait quitté son couvent pour embrasser le calvinisme, et lors de la prise de Poitiers parle maréchal de Saint- André, en 1562, était tombée

1 Bergeries, 2^ journée, f° HC, v".

2 Recherches, Vil, vi. — » Voir Mém. de l'Estoile, éd. Champ., V^ p., p. 90. * Charles Asselineau, les Poètes français, t. II, p. 102.

en partage à un capitaine qui l'avait conduite à Paris et rendue au catholicisme.

Le style de cette comédie est simple, facile et assez correct. Une femme parle ainsi de la religieuse fugitive qui passe pour Tépouse d'un soldat huguenot :

« S'ils sont bien mariez ensemble, J'espère qu'ils feront du fruict :

La fille est bonne et a bon bruict, La fille est douce et gracieuse, Elle n'est fiere ni fascheuse ; La fille n'est pas un brin sotte ; Je crains qu'elle soit huguenotte Seulement, car elle est modeste, En parolles chaste et honneste, Et tousjours sa bouche ou son cœur Pensent ou parlent du Seigneur :

J'ay peur qu'ils ne s'accordent pas'. »

N'est-ce pas déjà, — sauf quelques incorrections, — le bon style de la comédie en vers ?

Tant de productions variées et distinguées justifient suffisamment, ce nous semble, le titre d\xcellent poète français que Ronsard a décerné à Remy Relleau^ et que lui ont confirmé tous ses contemporains.

Il mourut à Paris, le 7 mars 1577, âgé de cinquante ans. Ses illustres amis, Pierre de Ronsard, Antoine de Baïf, Amadis Jamyn, Philippe Desportes, le portèrent sur leurs épaules à sa dernière demeure.

1 Acte III, se. IV.

2 Élég., XX.

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