‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 39 sur 67 · MARTINE · texte numérisé non relu

MARTINE

Flammes du ciel qui suivez la charrette De la nuit brune, ô vous bande secrette. Les dieux des bois, ô vous nocturnes dieux Dessous qui sont tous les terrestres lieux. Tes aspres lois les Tartares escoutent, Mesmes les chiens te craignent et redoutent, Quand des enfers, sur la terre tu sors Te pourmenant par les tumbes des mors, 0 Proserpine, ô reyne aux trois visages. Des mots divins tu monstres les usages,

ou moral, en parlant de personnes ou de choses. Cet adjectif était très-usité, dès les plus anciens temps de la langue : — « E le plus eslit chevalier, Qui une i ceinsist branc (épée) d'acer. » (Benoît, Chron. des D. de Norm., II, 946.) — « Et armes bones et esliles. » {Dolopatlio^ , v. 769 i.) — « Biaus bachelers frans et esliz. » (J. DE Meung, Rom. de la Rose, v. 15673.) — « E un anel ù ot un saffir mult eslit. » (Garnier, Vie de S. T/iomus de Cant., v. 5572.)

1 Qui va à rebours.

2 Perdant tout souvenir, de recordari.

3 L(!s tresses dérangées, les clieveux en désordre.

Des jus espreins tu guides les effets.

Ren, s'il te plaist, ren mes charmes parfaits,

Afin qu'en rien ne cède ta Martine

Soit àMedée, ou soit à Melusine.

Si je retien mon Gilet de retour,

Tourne, rouet, tourne d'un roide tour.

Tout se taist ore, ores les eaux se taisent, Le bois se taist, les zefires s'apaisent, Tout s'assoupit sous la muette nuit; Mais mon ennuy, qui sans repos me suit, Ne se taist pas au dedans de mon ame, La tempestant d'une felone flamme Qui tout mon cœurenvelloppe alentour.

Tourne, rouet, tourne d'un roide tour.

Le froid serpent se crevé en la prairie Estant charmé par son enchanterie i.

Circé jadis rendit des hommes porcs, Puis les remist en leurs anciens cors.

L'enchantement les estoilles destache ; Avienne aussi que mon chanter arrache De mon esprit ceste genne d'amour.

Tourne, rouet, tourne d'un roide tour.

Gilet me brusle, et sur Gilet j'enflamme Ce lorier cy. Gomme dedens la flamme Il a craqué tout à coup allumé, El tout à coup je l'ay veu consumé.

Et n'a laissé tant soit peu de sa cendre ; En pouldre ainsi Gilet puisse descendre, Estant repris du feu de mon amour.

Tourne, rouet, tourne d'un roide tour.

Ça cet oyseau, ça ce panier, Toinette ; Attache estroit ceste bergeronnette 2 De trois ribans ^, en trois nœuds soyent liez De trois couleurs ses aisles et ses pieds, Lasse les fort, et murmure en voix basse :

1 Enchantement, charme. — ^ Mot à mot, petite bergère, nom d'un oiseau qui se plaît dans les prés et avec les bergers. — » Rubans. Les patois wallon et berrichon ont gardé la prononciation ribcm.

Page 1