MELLIN DE SAINT-GELAIS
— i486 ou 1491-1553 —
Mellin ou Melin ou Merlin de Saint-Gelais ', fils ou neveu du poëteévôque Octavien de Saint-Gelais, naquit à Angoulôme. Il étudia le droit à Poitiers, puis en Italie, à Bologne et à Padoue, mais il lut les œuvres de Bembo, de l'Arioste et du Tasse plus que les commentaires d'Accurse et d'Alciat; parti étudiant en droit, il revint maître en poésie et rapporta, dit-on, le madrigal et le sonnet. Il prit bientôt Thabit ecclésiastique, mais il ne s'occupa guère d'en remplir les devoirs. Tout son temps fut donné à la poésie et au plaisir. Il suivit le plaisir par entraînement et par fougue de tempérament, et cultiva la poésie pour le charme qu'il y trouvait. Quant à la gloire et à la célébrité, il ne s'en préoccupait nullement et n'y aspira jamais. Aussi fit-il peu pour y parvenir. Comme a dit Pasquier, « il produisoit des petites fleurs, et non fruits d'aucune durée : c'estoient des mignardises qui couroient de fois à autres par les mains des courtisans et dames de la cour. » La cour, d'ailleurs, lui avait assuré des loisirs. Grâce à la protection de François P'', il fut abbé de Reclus près Troyes, bibliothécaire à Fontainebleau, aumônier du dauphin François mort en 1536 et du futur Henri II.
Mellin de Saint-Gelais était contemporain des novateurs de la Pléiade, mais il leur résista constamment. Disciple fervent de Clément Marol, il le vengea des attaques de Sagon, dans une assez jolie ballade intitulée du Chat et du Milan, et défendit vivement sa tradition auprès de Henri II. En looO, quand Ronsard fit paraître son premier livre d'Odes, Mellin de Saint-Gelais parodia une pièce en la récitant d'un ton ridicule. Mais madame Marguerite, sœur de Henri II, arracha le livre des mains de Saint-Gelais et relut les vers avec un tel accent qu'on admira ce dont on avait souri. Mellin de Saint-Gelais se réfugia dans les vers latins et se réconcilia avec Ronsard, qui l'avait menacé du supplice de Marsyas.
Dans ses poésies françaises, Saint-Gelais fut loin de reproduire les qualités exquises de son maître Clément Marot. Justement choqué des défauts de la nouvelle école, il eut le mérite d'éviter le faux pinda-
1 Voir l'excellente édition de ses œuvres donnée par M. Blancliemain, Bibliothèque elzévirienne, 3 vol. in-18, 1873.
risme, mais il ne sut pas se garder d'un abus pire encore : il tomba dans le pétrarquisme le plus affadi.
Presque complètement dénué du don de créer, il imita Ovide, l'Anthologie, Jean Second, Pétrarque et les imitateurs de Pétrarque, et il n'emprunta guère à tous ces auteurs que ce qu'ils ont de moins saillant et de moins élevé. Les petits genres traités d'une petite manière, voilà Mellin de Saint-Gelais.
Rien de plus futile, en général, que les sujets des poésies de cet auteur qu'on a nommé avec si peu de raison VOvide français. Il composa des cartels pour les fêtes de la cour de François I" et des devises pour les nobles amants. A l'imitation des Blasons du corps féminin de Clément Marot, il fit une multitude de petites pièces, huitains, dizains, onzains, douzains, — qui presque tous oscillent entre la recherche et la banalité ^ — sur une paire de gants, sur un miroir, sur des Heures, sur un psautier, sur une poudre de toilette, sur un luth, sur une belette apprivoisée. Ce fut, sous François I" et Henri II, un poëte de cour à tout faire. « S'il y avoit, dit Thevet, quelques braves discours à faire, soit pour escrire en prose, vers françois ou latins, le tout estoit renvoyé à Saint-Gelais, auquel l'on avoit recours comme à un Apollon-. » En 15541a jeune reine Catherine de Médicis assista à Blois à la représentation de la Sofonisba de son compatriote Trissino, traduite en vers français, avec chœurs, par Mellin de Saint-Gelais.
Ce poëte de cour et de société devait se plaire aux im'promptus. Il paraît qu'il lui en échappait de très-fins. Quelquefois François l" s'amusait à en faire avec lui. « Le Roi, dit l'historien Gaillard, ouvrait le discours envers, Saint-Gelais achevait la phrase sur les mômes rimes. Un jour le roi apostrophant ainsi son cheval ;
« Joli, gentil, petit cheval,
Bon à monter, bon à descendre, »
on dit que Saint-Gelais ajouta sur-le-champ :
« Sans que tu sois un Bucephal,
Tu portes plus grand qu'Alexandre. »
« Si le fait est vrai, ajoute avec raison l'historien de François I»"", Saint- Gelais était plus heureux en impromptus qu'en ouvrages médités '. »
Mellin aimait fort aussi à cultiver le genre épigrammatique. On peut citer de lui quelques épigrammes à la grecque fort bien troussées, comme on disait alors. Voici peut-être les plus jolies :
1 C'est le jugement d'un critique qui n'est pas sévère pour Mellin, M. Charles d'Héricault. — * Portraits et Vies des hommes illustres, t. II, f" 557 "'".
3 Hist. de François l^^, t. VIII, p. 48.