‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 43 sur 67 · MELLIN DE SAINT-GELAIS · texte numérisé non relu

MELLIN DE SAINT-GELAIS

D'un païsan.

Un maistre ès-arts, mal chaussé, mal vestu,

Chez un paisan demandoit à repaistre,

Disant qu'on doit honorer la vertu

Et les sept arts, dont il fut passé maistre.

« Comment! sept arts, respond l'homme champestre;

Je n'en sçaynul, hormis mon labourage;

Mais je suis saoul lorsqu'il meplaisl de l'estre,

Et si nourris ma femme et mon mesnage ! n

De maistre Jehan Thibault.

Jehan Thibault entre ses amis Se lamente en toute saison Du Roy qui luy avoit promis De luy donner une maison ; Mais le fol se plaint sans raison, Car le roy a bien peu savoir Que Jehan Thibault nul ne va voir Pour rire, ainsi que nous faisons, A qui pour quelque argent avoir Il n'érige douze maisons.

On peut encore citer ces vers à un poëte qui se plaignait que Saint- Celais ne l'eût pas loué :

JL un importun.

Tu te plains, amy, grandement, Qu'en mes vers j'ay loué Clément Et que je n'ay rien dit de toy.

Comment veux-tu que je m'amuse A louer ny toy ny ta muse?

Tu le fais cent fois mieux que moy.

Et cette épigramme en quatrain :

Dy moy, amy, que vaut-il mieux avoir.

Beaucoup de biens ou beaucoup de savoir? Je n'en say rien ; mais les savans je voy Faire la cour à ceux qui ont de quoy.

Nous accorderons donc que souvent Mellin do Saint-Gelais a niontrô

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naïveté, finesse et douce facilité dans l'épigramme ; mais qu'on nous avoue aussi que d'ordinaire il est prétentieux et mignard, froid, terne et forcé.

ni

Ce poëte si peu énergique dans l'épigramme ne manquait pas de causticité. Thevet témoigne « qu'il estoit prompt et soudain à reprendre et censurer les faultes d'autruy. »

Il se fit môme beaucoup d'ennemis et acquit, peut-ôtre sans l'avoir mérité, une réputation de poëte envieux et malveillant, par les railleries blessantes qu'il aimait à décocher contre tout le monde, même en présence du Roi et des courtisans. « De mauvais cœur, en pleine assemblée, devant le Roy, dit Binet, il calomnia les œuvres de Ronsard ^ » Pasquier raconte ainsi le môme fait :

« Ronsard eut Melin de Sainct Gelais pour ennemy, lequel estant de la volée des poètes du règne de François I", par une je ne sçay quelle jalousie, degoustoit le roy Henry de la lecture de ce jeune poète, et par un privilège de son âge et de sa barbe, en fut quelque temps creu. Qui fut cause qu'en cette belle hymne que Ronsard fit sur la mort de la royne de Navarre 2, après avoir imploré tout secours et aide de cette ame sanctifiée, il conclut par ces trois vers î

« Et fais que devant mou prince

Désormais plus ne me pince

la tenaille de Melin 3. »

Du Bellay dans la satire du Poète courtisan, Ronsard en plusieurs endroits de ses odes, répondirent aigrement aux attaques deMellin.

Guillaume des Autelz, ami des deux rivaux, s'efl"orça, d'accord avec quelques autres hommes modérés, de mettre fin à une querelle qui troublait tout le Parnasse d'alors, et il parvint enfin à réconcilier ces deux poètes qui vécurent désormais en amis. Les poésies de Ronsard et de Joachim du Bellay composées depuis cette réconciliation mentionnent souvent avec éloge xMellin de Saint-Gelais. Comme dit M. Lenient*, « quand Mellin mourut, la Pléiade lui fit d'honnêtes funérailles, espérant bien enterrer avec lui le dernier héritier de Marot. »

C'est surtout comme poëte lyrique qu'il a été vanté par Ronsard et ses amis. C'est pour ses odes qu'Olivier de Magny exaltait « le gravedoux, savant MeUin ^ ». C'est pour ses odes que Sibilet le déclarait « tant doux que divin ® ».

» Vie de Ronsard.

» Odes, V, v. — 8 Recherches, VII, vi.

* La Satire en France et la Littérature militante au seizième siècle, nouv. édit., 1878, 2 vol. in-18. Hachette. — ^Amours, 1573, f" 30 ^°. — ^ Art poèt., 11, 6.

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