‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 44 sur 67 · MELLIN DE SAINT-GELAIS. S · texte numérisé non relu

MELLIN DE SAINT-GELAIS. S

Parmi les pièces qui juslifient le mieux ces éloges, nous indiquerons l'ode au nom d'une Damoisellc :

u 0 combien est licureuse La peine do celer Une flamme amoureuse Qui deux cœurs fait brusler.

Quant chacun d'eux s'attent D'estre bien tost content... »

et les odes qui commencent par ces mots :

« Laissez la verde couleur, etc. »

« Puisque nouvelle affection, etc. »

'i Ne vœillés, madame, etc. »

« Helas ! mon Dieu, y a il en ce monde, etc. »

Pour avoir épuise tous les genres dans lesquels Mellin de Saint- Gelais s'est exercé, citons encore une très-jolie fable en huitain :

lies trois Sourds.

Un sourd fit un sourd assigner Devant un sourd dans un village, Puis s'en vint son droict entonner :

La demande estoit d'un fromage; L'aultre respond du labourage.

Le juge, estant sur le suspens.

Déclara bon le mariage Et les renvoya sans despens.

Mellin de Saint-Gelais passe pour avoir introduit le sonnet d'Italie en France. Mais, nous l'avons déjà dit, les Italiens ne l'avaient-ils pas eux-mêmes emprunté aux troubadours provençaux et languedociens ? Quoi qu'il en soit, si Mellin est l'introducteur du sonnet en France, il n'est pas de ceux entre les mains de qui ce genre aimable brilla d'un grand éclat. Ses sonnets, peu nombreux, sont médiocres et communs.

On croit aussi que c'est Mellin qui rapporta d'Italie le madrigal, mais il serait difficile d'en citer un seul de lui vraiment original et délicatement écrit.

Sans énergie dans la satire, sans chaleur dans les vers amoureux, sans concision et sans verve dans le rondeau, ses élégies sont faibles et froides. Comme on sent, à les lire, que cet arrangeur de rimes élégantes ne sut jamais ce que c'est que d'aimer, de se dévouer, de vivre

tout entier pour un objet chéri, de regretter, de pleurer, de nourrir au fond de l'âme une inguérissalile douleur !

Les morceaux où il a déployé le plus de verve sont des pièces grivoises et même obscènes, comme le Désir des belles, d'Un amoureux et de sa Dame, de Roger et de Marion, d'Un moine, et plusieurs pièces intitulées Folies, ou des poésies d'une impiété qui lui donne un certain air de parenté avec les Voltaire ou les Parny. Cet aumônier d'un Dauphin de France injurie, comme l'aurait pu faire un protestant ou un incrédule, les religieux, les prêtres, le pape, la Rome catholique. Un des amusements favoris de la muse de l'ami de Marot est de mêler le profane avec le sacré, et de faire certains rapprochements qui blessent toute décence, comme de célébrer l'amour en faisant le panégyrique d'un saint fêté par l'Église.

Saint-Gelais fut d'ailleurs peu mêlé aux partis ou aux intrigues. Homme de cour, il n'était pas agité d'ambition ni de cupidité, ainsi que le prouvent les vers qu'il adresse à Diane, sa nièce, ou sa fille, selon Duverdier. C'était un épicurien avisé qui prenait doucement la vie, et avait pour maxime favorite d'éviter le chagrin et les larmes.

Ces natures positives, froides et égoïstes ne sont pas faites pour les hauteurs de la poésie. Accordons à un panégyriste de Mellin de Saint-Gelais qu'il ait été musicien «vocal et instrumental», mathématicien, philosophe, orateur, théologien, jurisconsulte, médecin, astronome , « bref docte en tous arts et sciences » ; mais véritable poëte, non : ce ne fut qu'un rimeur ingénieux et habile, qui avait assez bien le sens du français naturel. Pasquier nous apprend que le recueil de ses œuvres, rempli « de petites fleurs et non fruits d'aucune durée * », mourut presque aussitôt qu'il vit le jour.

Cette poésie sans originalité venait bien mal au milieu de l'éclat et du fracas des productions des poètes de la nouvelle école.

i Recherches de la France, VII, v.

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