OLIVIER DE MAGNY
Né à Cahors, mort -vers i560.
Oliviei' de Magny, disciple d'Hugues Salel, qu'il appelait son seigneur et maître, est un des poètes lyriques les plus distingués du seizième siècle, et l'un de ceux qui se sont le plus heureusement appliqués à suivre les meilleurs modèles italiens. 11 mérita d'être célébré par Ronsard, du Bellay, Muret, Saint-Gelais, Baïf, Belleau.
L'amour le fit rimer très-jeune ; mais il obéit à l'art et à la rhétorique bien plus qu'au sentiment. Les poésies de sa première jeunesse, les Amours, dans lesquelles il célébra une maîtresse nommée Castanire, et qu'il dédia à Hugues Salel, en 1553, sont communes, ternes et ennuyeuses, 11 avait un beau thème dans le Chant du désespéré, longue pièce ajoutée aux Amours, et dans laquelle il rappelle ses infortunes; mais il n'a pas su le faire valoir : le lecteur reste froid et indifférent.
Les Gayetez, publiées en 1554, rappellent le Livret de Folastries à Janot Parisien. Les odes et odelettes qui les composent sont moins fades et mieux écrites que les Amours. Là, il y a de la vie, de la variété, de l'imagination naturelle, souvent même de l'agrément, des « vers mignardement parfaicts » et de la vraie poésie spontanée. Mais quel épicuréisme païen, que de lascivetés, même que d'obscénités dans toutes ces pièces où il célèbre ses plaisirs, et chante sa « mignarde nymfelette », sa « nymfe mignardelette», sa «nymfette sucrée », sa «nymfe sémillante» ! Cependant son «luth Quercinois » ne résonne pas que d'accords voluptueux et lubriques. Il sait aussi faire entendre des sons graves. Les lecteurs chastes peuvent lire sans crainte diverses pièces, comme l'invocation aux Nymfes du Loth pour caresser Paschal passant par Cahors, la félicitation de la Convalescence de Michel-Pierre de Maideo7i, la ])ièce aux Muses pour célébrer sa Gironde, l'ode à Jean Castin sur les Plaisirs qu'il se prépare au printetnps, et surtout les pièces intéressantes qui ont pour objet l'éloge de différents poëtes, P. de Ronsard, du Bellay, Etienne Jodelle, Remy Belleau, Meliin de Saint-Gelais, Lancelot de Caries, Pierre de Paschal, Jean de Hamelin, Cosme de Loménie, François de Vernassal, Claude Martin.
Son talent grandit dans son troisième recueil, intitulé les Souspirs, et publié en 1557, à la suite d'un voyage qu'il avait fait en Italie, avec
PbOSATEUKS et POilTUS DU XVl" SIÈCLE. 38
un de ses plus illustres protecteurs, d'Avanson, ambassadeur à Rome. Il est en sonnets entremêlés de pièces roulant sur des sujets divers.
Voici l'un des plus jolis :
Sur le bord d'un beau fleuve Amour avoit tendu Un filé * d'or tissu d'un excellent ouvrage. Et là, tout seul assis, il sembloit qu'au passage Il eust quelque gibier longuement attendu.
J'estoy franc et dispost, mais trop mal entendu, Et mon cœur s'esgayoit mal cault ^ par le rivage, Quand je le senti prendre et reduyre en servage, Et tout soubdain Amour l'enmener esperdu.
Cette belle clarté qui le soleil efface Reluysoit à Tentour, et la main qui surpasse L'yvoire de blancheur, tenoit ce reth ^ ainsi.
Ainsi donc je fus pris, et remply d'espérance, De plaisir, de bonheur et de persévérance,
W.r» ci hollo nritnn ip rlpmnndft mprf>v *
Lie piaisir, ae nonueur ei ue persever En si belle prison je demande mercy
Nous en recommanderons plusieurs autres d'un genre différent, mais non moins agréables ; ce sont de beaux sonnets descriptifs, assez nombreux dans ce recueil, tel que celui qui commence par ces mots :
« L'hyvers'en va, Girard, et zephyre rameiiie.
Le chef couvert de fleurs, le plaisant renouveau ^. »
et celui où il peint le bonheur d'une vie simple à la campagne :
K Bien heureux est celuy qui loin de la cité
Vit librement aux champs dans son propre héritage ^, etc. »
Quelques-uns renferment des vers de sentiment aussi énergiques que gracieux et mélancoliques :
ff L'arbre est desraciné dont j'attendois le fruit, Le soustien est rompu dont j'apuyois ma vie, La divine beauté que j'aymois m'est ravie. Et pour moy le soleil ores plus ne reluyt '. »
1 Cette orthographe indique la prononciation du temps.
2 Cautus, prévoyant, s Rets.
* Sonnet v.
5 Sonnet xxvi.
6 Sonnet xxxiv. — '' Sonnet CLXviu.