TABOUROT SEIGNEUR DES ACCORDS
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Le seigneur des Accords,— nom de fantaisie qu'il se donna parce qu'aux armes de sa famille, qui étaient un tambour, appelé autrefois labour, il joignit ces mots, à tous accords, — le seigneur des Accords est célèbre par ses Bigarrures, espèce de pot-pcurri fort libre de ton, écrit en prose et mêlé de quelques vers, qui l'a fait surnommer le Rabelais de la Bourgogne : il était né à Dijon, d'un célèbre avocat au parlement de cette xiMe.
Son bagage poétique n'est pas gros, mais curieux. Pendant toute sa jeunesse, où il était censé étudier le droit, il ne fit que rimer, choisissant toujours les sujets de vers les plus plaisants. Il fît une Coupe poétique et une Marmite, à l'imitation des Grecs. Il écrivit la Défense et la louange du pou, ensemble celle du ciron, à l'exemple d'Homère qui avait chanté la guerre des rats et des grenouilles, de Virgile qui avait chanté le moucheron, d'Ovide qui avait chanté la puce, de Lucain qui avait chanté la mouche, de Ronsard qui avait chanté la fourmi, etc. Il traça le portrait de Fleurette, la mignarde chienne de damoiselle Charlotte, fille unique de l'intègre président Jeannîn. Il excellait aux petits tours de force poétiques tant prisés de son époque, équivoques, coq-à-l'àne, quolibets, calembours, rébus par lettres, chiffres, notes de musique ou mots superposés, vers numéraux, macaroniques, rapportés, lettrisés, entrelardés et monosyllabes, échos, acrostiches, anagrammes, etc. Enfin il improvisa une foule de petites pièces de circonstance sur les événements de son temps.
La plupart de ces poésies ont été perdues. Il ne reste guère pour Tabourot, comme titre poétique auprès de la postérité, que les Touches, écrites dans les dernières années de sa vie, alors qu'il était un grave magistrat.
Dans un moment où il se trouvait (t l'esprit plus rasséréné et plus gaillard que de coutume », en 1385, il écrivit, en partie à la maison de campagne de Pontus de Tyard, trois livres de « légers epigrammes », comme il les appelle. 11 leur donna le nom de Touches « qui est assez propre pour le subject qu'elles traitent : car, ajoute-t-il, c'est une espèce de légère escrime où, avec l'espée rabattue, je donne simplement une touche, qui perce à grand'peine la peau et ne peut vivement entamer la chair. » Il avoue d'ailleurs avoir « pillé des Grecs, Latins et François, jusques aux plus vulgaires, beaucoup d'inventions, voire presque la