TABOUROT SEIGNEUR DES ACCORDS
moitié. » Mais il n'a pas signalé ses emprunts, afin, dit-il, « de tenir en haleine nos envieux, qui ne louent que ce qui est de l'antiquité, et blasment tout ce que nous entreprenons. » Les épigrammes de Tabourot finissent toujours par un trait de morale ou de politique que l'auteur appelle la contre- touche. Quelques-uns sont des modèles du genre.
Voici une petite pièce du ton le plus vif, de la versification la plus franche et de l'inspiration la plus heureuse :
lie Chasseur.
Pauvres de Dieu, cessez de vivre, Ou bien mangez de l'herbe aux champs; Monsieur ne veut plus qu'on vous livre Du pain, durant ce mauvais temps ; Toutefois (pour son passe-temps), Celuy des chiens tousjours se donne : Habillez vous en chiens couchans, Peut estre vous aurés l'aumonne K »
Assurément il n'y a pas en français beaucoup d'épigrammes de cette netteté et de cette vigueur. Mais l'invention en appartient-elle à Tabourot ?
Voici encore trois petites pièces aussi finement pensées que délicatement écrites :
Ifariage ég^al.
Comme on trailoit le mariage
D'une maligne et d'un malin,
Un des parens dit : « C'est dommage !
Ils se battront soir et matin.
— Non, dit un d'entre eux, le plus sage,
Il les faut mettre ensemble, afin
Que du moins ce couple mutin
Ne puisse troubler qu'un mesnage. »
Maitre sans raison.
Jean servit très-fidelement
Son maistre, qui enfin le chasse ;
Encor de plus mauvaise grâce
' Les Touches du S. des Accords, f" G r".
Ne luy veut donner son payement ;
Dont appelé en jugement :
« Gomment, dit monsieur, peut-il estre
Qu'on souffre plaider librement
Un serviteur avec son maistre ? »
!Du serTiteup.
« Monsieur, vous plaist-il satisfaire
Le temps que je vous ay servi?
— Mon amy, tu ne me peux plaire,
Desloge, voilà ton solvi. »
Dont le serviteur tout ravi.
Ne sachant sur cela que faire :
« Adieu, dit-il, si j'ai servi.
Je prends liberté pour salaire, d
Touc cela rappelle la manière facile, gracieuse, naturelle et piquante de Clément Marot. 11 n'en faut pas davantage pour que Tabourot garde une place distinguée parmi lespoëtes du seizième siècle.