SCÉVOLE DE SAINTE-MARTHE
Sainte-Marthe, dont la vie fut si longue, appartient à la dernière partie du seizième siècle, et déjà à la première partie du dix-septième, mais sa manière d'écrire le rattache plutôt à la première partie du seizième siècle ; il est vrai qu'il composa le plus grand nombre de ses vers dans sa jeunesse. Élève de l'Université de Paris, très-savant humaniste, linguiste des plus distingués, et professant avec une égale capacité les langues hébraïque, grecque, latine et française, il se livra de bonne heure à la poésie française.
Ses premières œuvres contiennent des imitations du Zodiaque de la vie humaine de Palingène, la Généthliaque, imitée du latin de Naugier, d'autres imitations d'Ovide, de Selon, etc. ; enfui des pièces diverses.
Dans le recueil de ses œuvres, pubUé en 1600, on distingue beaucoup de poésies pieuses, et en particulier les Métamorphoses sacrées. L'objet du poëte était de faire pour la religion chrétienne ce qu'Ovide a fait pour la Fable, Prenant le nom de métamorphose pour tout changement en général, il voulait opposer aux changements de forme chantés par le poëte latin l'apparition de l'ange de ténèbres sous la figure d'un serpent, le changement de la femme de Loth en statue de sel, la substitution du bélier pour être sacrifié à la place d'Isaac, les diverses apparitions des anges sous la figure humaine, etc. Les troubles du royaume et les importantes affaires dans lesquelles il fut employé l'empêchèrent de terminer ce poëme dont le plan était assez singulier.
La pièce de Sainte-Marthe qu'on peut lire aujourd'hui avec le plus d'intérêt, est sa grande Elégie du Tempe de France. Il en emploie une grande partie à faire connaître et à caractériser les poëtes qui jouissaient alors de quelque réputation.
En voici un passage :
Le temps passé, plusieurs gentils esprits Ont pris plaisir, par leurs doctes escripts, Commémorer le los tres-magniflcque Et le grand bruict du Tempe Thessalicque : Tout ainsi font les Muses en ce lieu.
Assises près d'Apollon leur grand dieu.