LE THÉÂTRE AU XVI« SIÈCLE. 7H
Et meit la main dedans le croupion.
Viragon, vignette sur vignon.
Un corporeau en son escu portoit Le rouge et blanc de la somellerie ; D'ongles de porcs sa lance estoit garnie, Et sa devise estoit : Nous enfuirons.
Viragon, vignette sur vignon.
lie Théâtre au seizième siècle.
Le drame religieux et la comédie populaire et satirique s'épanouirent au commencement du quatorzième siècle.
Le drame moderne, après plusieurs essais combinés de siècle en siècle en divers lieux, naquit presque simultanément en Europe de la liturgie et des cérémonies qui se pratiquaient dans les églises et dans les couvents. En Grèce et à Rome le drame religieux avait eu de même une origine religieuse.
En France, ce furent des pèlerins revenus de la Terre-Sainte qui donnèrent naissance à notre théâtre. S'arrètant sur les places publiques de Paris ils chantaient ensemble des cantiques de manière à leur prêter une espèce d'action. Cette sorte de scène attira un grand nombre de spectateurs. L'accueil favorable fait aux pèlerins acteurs leur fit naître l'idée de se former en société, sous le nom de Frères de la Passion. Des lettres patentes de Charles VI autorisèrent leur association en 1402. Une grande salle leur fut cédée dans un hôpital que servaient des Frères de la Trinité, hors de la porte Saint-Denis. On y dressa un théâtre, sur lequel les Frères de la Passion jouèrent, sous le nom de Mystères, des pièces dont les sujets étaient tirés de l'Écriture sainte.
C'est ainsi que la Confrérie de la Passion donna naissance à l'établissement de la première société dramatique régulière. Et le clergé favorisa d'abord de tout son pouvoir ces essais, comme il avait, longtemps auparavant, secondé, dans les pays qui parlent la langue provençale, d'autres tentatives théâtrales qui appliquaient au culte chrétien des usages restés du paganisme et invétérés parmi les populations.
Il y avait diverses classes de mystères : 1° les mystères qui traduisent por pcrson7iaiges les diverses parties de l'Ancien et du Nou-
veau Testament ; 2° ceux qui mettent en scène les légendes et miracles des saints et saintes, sainte Barbe, saint Christophe, saint Martin, saint Didier, saint Fiacre, saint Crespin, saint Nicolas, et les miracles de la sainte Vierge ; 3° ceux qui roulent sur des événements profanes, Vhistoire de Troie la grant, le mystère de Grisélidis, héroïne célèbre au moyen âge, dont Boccace, dans le Décaméron, a le premier raconté l'histoire ; etc.
Les plus solennels mystères contenaient presque toujours une partie comique et burlesque. Heureux quand ils n'étaient pas déshonorés par ces détails ignobles, par ces scènes ordurières, dont Bayle, Voltaire et plusieurs autres ont si malicieusement et si perfidement tiré avantage pour rabaisser ces productions d'une époque de foi.
Il faut ajouter que la représentation des mystères était interrompue par différents entr'actes, dans lesquels un fou, c'est-à-dire un baladin, disait de lui-même tout ce qui lui venait à l'esprit et faisait di-' verses sortes de tours dont s'amusait fort la simplicité de nos pères.
Parmi les bons drames religieux du seizième siècle, nous en signalerons un qui porte le titre de Tragédie représentant V odieux et sanglant meurtre commis par le maudit Gain à Vencontre de son frère Abel. Il a été écrit par un prêtre normand, nommé Thomas le Coq, prieur ou curé de la Sainte-Trinité de Falaise ou de A'oire-Dame de Guibray; il offre dans la composition et dans le style de remarquables beautés. Sa langue a la franchise et la pureté de celle de Marot ; il sait unir la noblesse à la famiUarité. Le vers, toujours bien frappé et soigné, est tantôt de huit, tantôt de dix syllabes, avec un mélange de stances *.
Ces spectacles, souvent représentés en plein air, à la vue de tout un peuple, duraient quelquefois plusieurs jours consécutifs, du matin au soir : le mystère des Actes des apôtres, joué à Bourges en lo36, dans l'ancien amphithéâtre des arènes, dura quarante jours. Souvent ces vastes compositions n'avaient pas moins de quarante à cinquante mille vers, et elles mettaient en scène des centaines d'acteurs. Presque toujours l'appareil des machines, la somptuosité des décorations, des tapisseries et des peintui^es suppléait à l'infériorité de la poésie.
En face du drame religieux naquit la farce populaire issue du fabliau et du conte malin. Elle eut pour interprètes des jeunes gens de famille, doués de beaucoup d'esprit, amis du plaisir et de l'indépendance, qui, stimulés par le succès qu'obtenaient les Frères de la Passion, se réunirent en société sous le nom d'Enfants sans-souci. Leurs sotties, représentées sur des échafauds dressés dans des places publiques, ordinairement aux halles, étaient de grosses joyeusetés trop
1 Voir un bon article de M. Marius Sepet, qui a le premier signalé la valeur de ce drame dans le Polybiblion du mois de février 1875, p. 1G8 et 299.