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LE STYLE ET L'ÉLOQUENCE DE CALVIN

Je ne me serais pas arrêté si longtemps sur Calvin, si VlmtLtution française n'était un chef-d'œuvre, le premier chef-d'œuvre de pure philosophie religieuse et morale à quoi notre langue vulgaire ait sufli. C'est une traduction : mais plus pourtant qu'une traduction, puisque l'auteur se traduisait lui-même. Aussi a-t-clle la valeur d'une œuvre moderne et originale, l'ersonne, ni même Calvin, n'aurait. pu en \'6W écrire de ce style en français, sans s'assurer le secours "du latin. Dans cette langue dont il était i)lus maitre que de sou parler natal, Calvin donna à sa pensée toute son ampleur et toute sa force, et quand ensuite il la voulut fctrcer à revêtir la forme de notre jiauvre et sec idiome, elle y porta une partie des qualités artistiques de la belle langue romaine. Llnslilution fran-

1. Lire aussi L 1, ch. i-v : je cite les divisions du texte de 1560, seul praticable en l'absence d'une édition du texte authcnlicine de IMl. — Cf. aussi le cnrieus passago (1, 11, 12i qui donne les principes d'un art jjrulcstaul, réaliste et moral.

çaise est vraiment une lorlo et gtande chose : il y a une gravité soulenue de Ion, un encliaineinenl sévère de raisonnements, une véhoiiicnce de logique, une phrase déjà ample, des expressions concises, vigoureuses et, si j"ose dire, entrantes, qui en plus d'un endroit font penser à Bossuet : à Bossuet logicien, je le veux, et non pas à Bossuet poète, mais enfin à Bossuet. Et quiconque est familier avec ces deux écrivains ne me démentira pas.

C'est pourtant Bossuet qui a dit : « Calvin a le style triste ». Et littérairement Calvin est toujours sous le coup de cette condamnation. Je ne serai pas suspect si j'adoucis l'arrêt. Calvin n'est pas poêle : et l'on conçoit que le Bourguignon d'imagination chaude, de sensibilité vibrante, n'aime guère ce Picard au parler froid et précis, en qui la passion a plus de rigueur que de flamme. Mais Calvin est moins c triste » que Bourdaloue. Son raisonnement marche d'une allure plus aisée. Et surtout il a l'inestimable don du xvi' siècle, la jeunesse : cela étonne; j'entends par là la fraîcheur d'une pensée toute proche encore de la vie et chargée de réalité.

\.d chose se voit moins dans V Institution, où le style a retenu de la hauteur et de la noblesse de la phrase latine. Les autres œuvres françaises, d'un tour moins oratoire, représentent plus au naturel peut-être le vrai génie de Calvin. Qu'on lise ses Commentaires des Èpitres de saint Paul, on sera surpris, à travers tant de gravité dogmatique, de rencontrer un parler si familier, tant de rappels à la réalité commune, métaphores, comparaisons, apologues. Nulle éloquence, nulle poésie dans tout cela, mais à chaque instant apparaissent des signes du voisinage de la vie, et cela suffit à di-ssiper la tristesse des déductions les plus tendues.

Dans l'histoire de l'éloquence de la chaire, Calvin * et ses premiers collaborateurs, Viret,Bèze, ont un grand rôle. Outre que l'activité de la prédication protestante (on possède plus de 2000 sermons de Calvin pour une période de onze ans) a contribué sans nul doute à assouplir la langue, cette prédication est un des anneaux qui relient François de Sales et l'éloquence du xvu"^ siècle aux sermonnaires du xv" siècle. Ces prédicateurs protestants, et non seulement Virel, mais Calvin même qu'on croit si austère, sont tout près de Menot et de Raulin, ils y touchent non par le temps seulement, mais par le goût.

Calvin n'emploie-t-il pas quelque part 8 ou 9 pages ' à comparer

1. Calvin improvise : la plupart de ses sermons ont été reoiieillis par des auditeurs. Un polit nombre ont été écrits et puMiés par lui. Les explications dogmatiques et inlerprélations de l'Écriture tiennent une grande place chez lui, ainsi que la controverse : mais la morale est toujours le but et la conséquence.

2. Dans ses Commentaires sur l'Épltre de saint Paul aux Ephésiens. On peut prendre aussi, parmi les sernious recueillis, au tome XLVl, les 65 sermous sur VHar-

rÉi.'lisc dos fldi^les au corps humain, à y chercher ce qui est veines, nez, chair, mouvement, chaleur, main, pied, coude? Ne conle-l-il pas la fahle des Membres cl de rKslomac? Mais voici où il se dinV-rencie : il resie prave, décent, il ne rit pas, et il reste aussi raisonneur, savant, instructif. Il introduit le triple principe par où la rénovation de l'éloquence sacrée se fera : le sén'eux profond de la foi, la solide connaissance des Écritures, l'e.xaclc connaissance de l'homme. Il fiarle en pastotir qui songo aux fruits lointains et durables de sa parole. El n'est-ri' pas lui enfin qui, avant Hossiu't, prêchait le dogme plutôt que la morale, cl faisait sa principale afTaire de renseignement de la religion, persuadé que la bonne vie procéderait de la forte foi?

mollir i''vangéli(/uf, et les 9 sermons sur la Passion, si uu veul se /aire une idée île la Tiinnicro do Calvin.

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