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RETOUB A l'italianisme

Autoiii' (Je Ronsard pullulent les poètes : (out s'incline, même M.^iliii de Saint-Gclais, qui un momen' voulut lutter. Tout le monde imite les procédés du maître. La Pléiade et ses alentours fournissent des pièces cliarniatilfs aux anthologies : Maïf, Magny ', d'autres encore sont loin (rétrc sans inérile. Mais leur u-uvre n"est qu'un diininulif et qu'un éclio do celle de Hunsanl. Ils n'apportent rien qui ne soiten lui, à uu dei.'icsupi''rieur. Ils sont peu « distincts», peu « nécessaires ». Il ne Tant donc nous arrêter ù récolc «le Ronsard que pour voir s'accuser les vices, les excès de la réforiue, et les hautes ambitions s'efTondrer par une rapide dégradation.

Nous remarquons ainsi les témérités de Raïf, qui forge des comparatifs et des superlatifs à la manière latine, qui tente des vers métriques sur le patron des vers latins : ainsi le génie propre de la langue, le caractère original de la versification française sont méconnus^. L'insuffisance du tempérament éclate dans Belleau ^, avec qui la nouvelle école verse dans le descriptif, ressource ordinaire des inspirations épuisées.

Mais le plus grave, et qui maniue le mieux l'échec final de Ronsard, même en ce qu'il a d'excellent, c'est qu'il se fait comme un trou entre lui et Malherbe : la [)oésie ne poursuit pas son développement avec une égalité continue, à la hauteur où il la mise. Elle retombe après lui, dès son vivant, et ce sont les plus hautes parties, les plus utiles, qui devront être relevées et consolidées par Malherbe. Kn effet, on laisse les grands modèles, Homère, Pindare : on saisit Virgile par le côté sentimental et alcxandriii de sa poésie. On redescend vers Saint-Gelais, en mouillant l'esprit de molle mélancolie ou de tiède volupté.

Ronsard venait à peine de rivaliser avec Pindare que Henri

1. Éditions : ia Pléiade Française (outre Ronsard et Du Bellay : JoJelle, 2 v., 1868-79; Dorât et Thyard, 1 v., 1S7G; Belleau, 2 vol., 1879; Baîf, 5 v., 1885-90;. Lemerre, in-8. Magny, Odes et Poésies, Lemerre, -i v. in-12. Trésor des vieux poètes français (Baîf, 2 V. ; Jamyn, 2 v. ; Jean de la Taille, 4 v. ). Willem, in-12. Belleau, Œuvres. Bibl. ebév., 3 vol. )D-16, 1807. — A consulter : O. de 3/açn y, par J. Favre, Paris, 1885; Augé-Cliiquel, La vie, les idées ei inurre de //(ii/djoiir paraître proohainenienl). y.

2. Baîf fut un chercheur curieu.'t, animé de hautes ambitions auxquelles son talent ne fut pas égal. Il eut des parties de grand artiste : la richesse du vocabulaire, etuu goût réaliste des mois et tours populaire», colorés, gras, savoureux; Timaginulion plastique, capable de modeler avec fermeté des formes, des altitudes et des groupes gracieux. 11 y a <le l'originalité et une sobriété nette dans ses Mimes, qui 1» classent à la fois parmi les précurie^irs de La Fontaine et de la poésie morale do xvti' siècle (il* éd.].

'^. Les Amuurs etÉchangts des pierres précieuses, iu-4, Paris, 1576.

Estienne in){)riinait Auacréon (1554); Ronsard y applaudit sans s'apercevoir que ces grâces alexandrines et gréco-romaines allaient •éclipser la naïve grandeur des purs classiques. Belleau traduisit .Auacréon, mais tout le monde voulut cueillir de ces jolies fleurs : ^ce fut à qui imiterait ces mignardises. Puis de l'antiquité mièvre on redescendit à la spirituelle Italie. Le pétrarquisme fleurit de :plus belle; l'Arioste fut le Virgile et l'Homère des poètes et des •courtisans du dernier Valois. Ce ne sont que pointes et bel esprit •chez Desportes ', sécheresse de sentiment et grâces maniérées. Mais la forme des vers contraste avec la poésie : rien de plus parfait que certaines chansons de Desportes, par la vivacité légère du rythme. Il a donné surtout aux alexandrins soit continus, soit groupés en quatrains, en sizains, soit distribués en sonnets, une mollesse, une fluidité harmonieuse qui enchantent. Par sa forme, Desportes est encore tout lyrique. Par ses sujets, ses iuees, sou inspiration, il indique une déviation aristocratique de la Pléiade qui, sous l'influence italienne, et se vidant de plus en plus de sentiment pour faire prédominer l'esprit, .aboutira à la délicatesse tout intellectuelle des Précieux.

Cependant une l'élue d'esprit naturel, dérivée de Marot, mais • qui s'est teinte de fine émotion en traversant le domaine de Ronsard, circule encore dans la poésie : Passerat mêle !a lUalice gauloise à la grâce sentimentale, et revêt le simple naturel des formes achevées de la poésie érudite; dans son très pelit domaine, il montre ce que peut le bon sens bourgeois appuyé sur la culture antique-. ——= ' "^"^

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