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DISPARITION DE RONSARD

Après dS73, on pourrait dire que Ronsard fut délaissé, ou plutôt qu'il ne fut guère imité que dans ses erreurs et ses défauts; on continua de l'adorer : mais son école s'adorait en lui; aussi ceux

1. Philippe Desportes. né en 1546, fut en grande faveur auprès de Henri III, qui le fit son lecteur, et abbé de nombreuses abbayes, notamment celle de Tiron. 11 s'attaclia sous la Ligue à .-^nne de Joyeuse, et fut le conseiller ialime de M. de Villars. Il niénaprea bien ses intérêts dans toutes les négociutiùns et marchandafres qu'il traita pour ses maîtres. Il sut se maintenir auprès de Henri IV. Il mourut en 1606. On l'attaqua fort sur l'exploitation qu'il faisait des poètes italiens, grands, moyens et petits (cf. Flamini, Studii d'i.itoria litteraria, Livorno, 1895, in-8).

Éditions : /e.t Premières Œuvres de Pliilippe des Porte», R. Estienne, in-i, 157.3 ; les Psaumes. Paris, 1603, Éd. A. Michiels, Paris, 1858.

•?. Jean Passerai, de Troyes 1 1.")34-1632), fut professeur au Collège Royal, et l'un des auteurs de la Ménippée.

Éditions -.Œuvres poétiques, 1616|; éd. Blanchemain, 2 vol. in-12, Lemerre, 1880;

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«jiii ullafiiii'ionl \'(''co]o puronl-ils croire It-yllime de frapper sur lui. (".Imciiii se (il un IU)nsnnl ;i sa modo : l'Iioimok' Vaiupiolin de la Krcsiiaye, l'ardent el facile Régnier, |)()ur s'en réclamer; Mallierite, pour le condamner. Mais ilonsard durait toujours, était défendu, loué, imprimé. Chapelain, un des fondateurs à certains é^-aids du classicisme, l'estimait plus poète que Mallierbe. La dernière édilion de [{ousard est de 1630 : c'est vers ce moment, entre 1630 et 1640, qu'il s'enfonce décidément dans l'oubli, où il se perdra, quand seront morts les derniers représentants ôe< générations qui avaient assisté à sa gloire. •

Les causes de l'étonnante disparition de Ronsard pendant deu\ siècles sont multiples. D'abord, sa langue le discrédite : où elle est de son invention, elle ne s'est pcs imposée; où elle est de son temps, elle a passé. Rien ne compensa suffisamment en lui la rudesse de la langue : Amyot, Montaigne ont été sauvés par leurs sujets, par robjcctivité, la généralité des choses dont ils parlaient. Ronsard, subjectif et lyrique, point moraliste, ni psychologue, n'a rien qui engage les lecteurs du xvii'^ siècle à vaincre lobslacle et le liégoùl de sa forme surannée.

Puis il lut pris entre les deux ennemis qu'il avait combattus. La première (lèvre de la Renaissance une fois calmée, Ronsard fulj trop érudit, obscur et pédant pour le courtisan. Mais rérnditf n'avait pas encore adopté la langue vulgaire. Les hunianisles' avaient fondé un système d'éducation qui l'excluait. Les nouvelles générations arrivaient, nourries dans leurs collèges de Virgile et d'Horace, n'ayant parlé, écrit, étudié qu'en latin. Qui donc leur eût révélé Ronsard? A ce moment précis, le monde n'existait pas encore, et c'est le monde qui pendant longtemps complétera l'enseignement ries collèges, indiquera les Français dont il faut se souvenir, qu'il faut lire. Mais comme le monde n'a souci d'éruditions et suit son plaisir, il ne remonte point aux temps antérieurs; une tiadition mondaine, en fait de jugements littéraires, ne commence il se former que dans les dernières années de Malherhe, et c'est à partir du xvii" siècle seulement que se constitue et s'enrichit peu à peu dans l'opinion de la société polie le dépôt des cliefsd'oHivre de notre littérature classique. On songea entiu d'autant moins à se retourner vers Ronsard qu'il était inutile : Malherhe, puis Corneille réalisaient le meilleur des vues de Ronsard, et du jour où ce qu'il avait de bon fut acquis et dépassé, les excès seuls et les défauts de son œuvre comptaient pour le public.

De là l'oubli profond, l'étrangi- mépris où tomba Ronsard, dont le nom devint représentatif de tout ce que le xvn*" siècle ne pouvait accepter, ni goûter, ni comprendre dans l'héritage du xvio. Mais si 1 l'on veut être juste envers la Pléiade, on se souviendra qu'avant

le romantisme, Ronsard est en somme noire plus certain lyrique;

en second lieu, qu'il est à peu près notre unique lyrique qui ait

l cherché son inspiration hors de la religion, hors même des faits

' historiques et de l'héroïsme, le seul qui ait tâché de tirer son

œuvre des sources intimes du tempérament; entin, que Ronsard,

c'est vraiment la première ébauche et la période, si l'on peut dire,

préhistorique du classicisme : qu'alors dans la langue, dans la

[ poésie, apparaissent line multitude de formes dont quelques-unes

l survivront, et deviendront les types pai laits, et stables pour un

f temps, de la poésie.

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