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MÉMOIRES : BLAISE DE MONLUC

Les guerres civiles n'interrompirent donc pas le mouvement intellectuel et la marche de la littérature. Mais l'histoire politique

des sels et salines, des pierres, des terres, du feu et des émaux, etc , Paris, 1580. Œti- "res, éd. Cap, Paris, 1844; éd. Franee, 1880; éd. B. Fillon, 1888. — A consulter : ' uvicr. Eloge de B. Palissy. Grandeau, Revue agronomique, dans le Temps, 14 juil- •;l 1891. Ë. Dupuy, B. Palissy, Lecène et Oudio, 1894, in-12.

t'ANsoN. — Histoire de Ja Littérature française. H

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pt l'histoire liltéiaire ne se dtjvcloppèrent fioint romme deux séries parallèles, sans ooniniunicalion ifciprocj^ic : une élioite utuuex'dé, de continuels ctlian^'cs d'action et de réaclion les lièrent. Souvent les oeuvres littéraires furent des actes politiques, queiquetuis • les aclfs décisifs : mais surtout l'état politique créa des coiidi-> lions qui perniireut à certains genres de grandir, ou de se transformer, ou d éclorc.

Au xvi« siècle, les Mémoires commenceut à pulluler, presque toujours agréables, parfois excellents. Les siècles piécédents n'avaient guère en que des chroniques : mais quand l'individu se prit hii-inérue pour objet et lin de son activité, (|uan(l il poursuivit au delà de la durée de son être terrestre l'immortalité de la gloire, on conçoit aisément quels stimulants, dans une race sociable et causeuse, excitèrent les hommes à écrire leurs mémoirrs. ("."éiait une forte tentation et un vif plaisir, de poser soi-même et de dessiner le personnage idéal qu'on voulait être dans la postérité. Kn même temps s'était foinié nn public curieux de tels récils, et qui dans ranli(juité même ne goûtait rien tant qiu^ les tries, les portraits d'âmes grandes et hautaines se dépeignant par leurs actions. Les grandes guerres de François 1^' et de Henri H, donnant occasion aux énergies individuelles de se déployer, fournirent un exercice aux autetirsdes Mi'moirea. Puis les guerres civiles, surexcitant toutes les passions, lâchant toutes les ambitions, opposant des adversaires plus détestés et plus connus, leur oflrirent une matière familière et domestique, ou les faits, moindres peut-être, sont plus lichcs de sens et d'émotion.

Dans la foule des Mi'moins du xvi* siècle, les Commentaires. i\e Monluc ' se détachent, (l'est un Gascon, soldat de fortune, de cette petite noblesse provinciale, qui s'attacha directement à la royauté, et lui fournit tant de servileuis dévoués et docilos, pour détruire les restes de la grande féodalité, et empêcher les princes du sang de la reconstituer. Vers quinze ans, il qtiitle le triste

1. Biographie : Biaise de Monluc, né on 1502, près de Condom, en Armapnac, contribue en l.Mi il la victoire de Cérisolos, et s'illustre en 1505 par la défense de Sienne. H reçoit à l'assaut de Uabaslens une blessure qui l'oblige à porter un >• touret de nez », et qui donne oocasion à lu cour de lui nonimt r un suocesseur. Il ue parait plus qu'au siège de la Kocbelle eu 1573. Fait maréchal de France en 157i, il se relire à >oii ihAteau d'Eslillac, où il dicte ses Ménoires, et meurt en im?.

ÉdiUons : Cqfpmentaircs, Bordeaux, lây?; éd. De Kuble, Soc. de iHist. de France 5 vr,l. iu-S, lS6i : édition seul.- correrte et mniplùte; les deux derniers volumes coulienneiil les Lettres do Munluc. - A consulter : Moulue, par Ch. Normauil, 1899;Coiirl. nnU, /y^N'.«erfe.VoH/uf, 190", VnCndetde Ga»rof)ne au XVI' siècle, IWK) Autres Mémoires : Fieirranpcs; Q. du Bellay, êieur de Lanei^y; I.a .Noue (dans se» Dtscouts polilif/u-s et viililaires) , Cnslelnaii ; Marmierile de Valoi», etc. Le Journal delEsloile, »i curieux, n'a poml do\«leur littéraire.

• LES MEMUlKtiS- ô\JO

château où sou noble père vit avec ses sept enfants d'un revenu de 800 H 1000 livres. Page, archer, capitaine, mestre de camp, gouverneur de Sienne, colonel général de l'infanferie, lieutenant du roi en Guyenne, maréchal de France, au bout de près de cinquante ans de guerres, il fallut une terrible arquebusade qui lui enleva la moitié du visage, pour le contraindre au repos.

C'est alors qu'il dicta ses Commentaires, avec une mémoire merveilleusement présente, pour se consoler dans son inaction, pour se faire honneur et à sa patrie gasconne, enfin pour servir diuslruction au.v capitaines. Il a conté sa rude vie, avec quelque précaution aux endroits scabreux, très avise dans son apparente brusquerie, et bien mailre de sa langue pour ne rien dire à son désavantage : du côté de l'ambition et de l'intrigue, il s'est fait un peu plus candide que de raison. Mais pour le reste il s'est peint au naturel : noir, sec, vif, sobre, brave, cela va sans dire, mais d'une ardeur réglée par la finesse et la prudence, connaissant à fond le soldat, et sachant le prendre, très appliqué à son métier, très au courant de toutes les questions techniques, très attentif aux progrès de rarmenient, un peu « Gascon » et vantard, frondeur et souple, honnête en somme autant que la guerre d'alors le permettait, dur par nécessité, homme de consigne et de discipline, dont le service du roi fut l'unique loi.

Capitaine incomparable plutôt que bon général, il est le type de ces officiers solides, sur qui les chefs comptent pour les entreprises impossibles : malade, presque mourant, on le charge de défendre Sienne; ce fut l'époque héro'ique de sa vie, et sa. plus pure gloire. 11 fit la guerre civile comme il avait fait les guerres d'Italie, avec le même dévouement sans réserve et sans scrupules au roi son maître. Sa cruauté est restée légendaire, et il a raconté lui-même sans sourciller les terribles exécutions qu'il a faites. Au fond" il n'était ni protestant ni catholique; il n'était pas cruel non plus. IT servait le roi, voilà tout, et il estimait eue dans la guerre civile l'extrême rigueur est commandée. Sur la fin de son commandement, toutefois, après la Saint-Barthélémy, il se décida à révéler au roi Charles IX les conclusions de son expérience : à force de pendre et de tuer, il en était venu à penser que le roi, pour rétablir son autorité et la paix, devait accorder la liberté de leur culte aux protestants, efi détacher peu à peu la noblesse ambitieuse en réservant la faveur et les emplois aux catholiques, enfin user la turbulence de ses sujets dans la guerre étrangère : ce n'est pas là le discours d'un fanatique.

Voilà l'homme : il n'est pas étonnant qu'il ait fait un livre utile aux capitaines. Henri IV, comme on sait, appelait ces Commen- 'aires « la Bible du soldat ».

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Mais Mniiliii- a fait plus ot mieux qu'un livre (rctiscignomont leclinicpif, plus t'I miciiv aussi (pi'un docurm-iit d'iiisloirc. Kn pailaul de lui, ce Gascon nous peint l'homme, comme Monlaif^'ne, autre Gascon : avec toute la différence qui doit si'paier un ma;;islrat érudil d'un rude aventurier, il y a entre eux quelque parenté d'ima;,'inalianet de style. Inéf,'al, prolixe, prétentieux même, (|uand il veut se hausser à l'éloquence, Monluc est à l'ordinaire naturel, orii^'iiial, pittoresque, avec une abondance de détails particuliers qui font voir les choses, une vivacité de saillies et d'expressions trouvées qui l'ont voii' l'homme. Et ce vieux capitaine a tant de finesse native, tant d'expérience accumulée, il a tant fait pendant soixante ans pour faire jouer les ressorts des âmes de ses soudards, pour saisir ses supérieurs aussi par les propriétés de leur humeur, qu'en racontant sa vie, il dépasse sans y songer la couche su|)erlicielle des faits historiques; il plonge à chaque moment dans les consciences, les découvie dans les actes, les gestes, les paroles; il se découvre lui-même à nous jusqu'au fond de son être intime. Tout cela sans « psychologie », sans « analyse » : de tels mots seraient ridicules. Mais je veux dire qu'il rend la vie, et que nous ne voyons pas seulement dans son récit des enchaînements de faits extérieurs, nous y saisissons par surcroit les réalités morales qui leur servent de support.

Aux Mémoires personnels se rattachent toute sorte de vies et de récits où le narrateur, ipiel qu'il soit, a pour objet de déployer la richesse ou la beauté de quelque nature héroïque ou illustre. Ainsi, dés le début du siècle, le Loyal So-vitcur racontait avec sa charmante simplicité les faits du chevalier Bayard ; ainsi le rédacteur des Mémoires du maréchal de Vieilleville ' ht valoir le rôle de ce sage et honnête homme dans les conseils de François I""", de Henri 11 et de Charles l.\. Mais, en ce genre, ce qu'il faut placer en l'ace de Monluc, c'est Brantôme -.

D'assez bonne maison pour ne pas s'inquiéter trop de sa fortune, aventureux et aventurier, il n'a l'àme ni féodale ni moderne : sans foi chevaleresque, et sans patriotique affection, il court le monde,

1. L'ail ribiilioii à Carloix est plus que riouteusc : cf. Revue Hist.. inars-avril 18'.)i.

'-'. Biographie :l'iern- de Bourdeille (vers 1534-I6U), né en Péiigord; on le trouve siicc(;ssivonieiil en Italie, en Ecosse, en Angleterre, dans l'armée du dur de Guise l>end.iut la 1'" puerre eivile, avec les Esj)a;,'nols dans leur expédition conti'e les Barbare.squcs, en Espagne, en Portugal, eu Ilulie, ;i Malte; il prend part a la 3' guerre civile, devient chambellan do Henri III, est exilé de la cour en U>82, et songe à passer en Espagne, quand une cliule do cheval le met pour ipialre ans au lit, et pour \s resle de ses jours le condainno au repos. — Éditions : princeps, 1665 : ainsi le xvTs. a ignoré Braiilôme. Kd. !.. Lulanne, .S'oc. de l'Hist. de l-'raurf. 1864-188'2, Il vol. in-8; 1806, biogrnphir. 1 vol. Éd. V. .Mérimée et Lac.ur, Itihl. rhrv.. IHUS-lS'Jfi, t. I-Xl. — Cf. M" de Hourdeillc, A'otice sur 1'. de fi., abbi^ de. Uran tante, Iroves, 1893.

pour sa fortune, mais surtout pour voir, ctirieux admirateur de tous les égoïsmes qui se déploient avec Idiot ou avec grâce. Le hasard d'une chute de cheval qui l'immobilise, on fait un écrivain : il r.iconte ce qu'il a vu, entendu, sans critique, sans probité d'historien, avec une sécurité d'indifférence morale qui garantit sa véracité. C'est le peintre de lindividualisme du siècle, étranger à toute grande idée, à tout sentiment universel, notant avec une égale sympathie, une égale chaleur de style les fortunes amoureuses des dames, et les hautaines entreprises des hommes de guerre ; rien ne le touche que la vie, rinlensité de .'.'expansion du moi; et par là, cet immoral courtisan se trouve apte à saisir, à fixer les traits d'un L'Hôpital ou d'un don Juan d'Autriche.

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