Cf. Wasqniftr, I.cltrft, XVIll
vocabulaire et dans sa syntaxe. Il a usé du latinisme largement, comme tous ses contemporains : il a,provigné les vieux mots, il a dit esclaver, fantastiquer, grenouiller, etc. : si les mots sont de lui, le principe est de lionsard. 11 a usé insouciammenl de son gascon : comme est co mot de reviro.de qu'il met quelque part; mais le gascon est pour lui ce qu'est le wallon ou le vendomois pour Ronsard, un dialecte apte à suppléer aux défaillances du l'rançais. Montaigne, en somme, fait de sa langue le même emploi que tous ses» contemporains : il suit son besoin, et ne sent encore aucune règle qui l'empêche d'y satisfaire. Mais il ne se pique pas d'inventer ; il estime notre langue suffisante, à condition qu'oi> l'exploite et la cultive. « La recherche des phrases nouvelles et des mots peu ronaus, disait-il, vient d'une ambition scolastique et puérile : puissé-je ne me servir que de ceux qui servent aux halles à Paris. » 11 devait donc moins chercher que fuir le néologisme, et peut-être Calvin et Amyot ont-ils hasardé plus dfe mots que lui. De même les nouveautés de sa syntaxe seraient singulièrement diminuées, si l'on en retranchait ce qui est purement et simplement laisser-aller ou inadvertance, les constructions rompues ou boiteuses qui résultent moins du choix que de la paresse de l'écrivain, ce que luimême n'eût pas donné comme un précédent, même pour lui-même. Ce qui est bien de Montaigne, c'est le style, c'est l'emploi des tours et des mots que l'usage ou la liberté de son temps lui fournissaient. Là, il a une justesse, une nouveauté, un bonheur surprenants : il fait rendre aux mots tout leur effet par la place où il les loge. De vives images, d'imprévues alliances de mots, voilà tout le secret du charme de Montaigne : je n'en cite pas d'exemples; qu'on ouvre les Essaie à n'importe quelle page, et qu'on lise. Montaigne, encore ici, s'est défini excellemment : « Le parler que j'aime, c'est un parler simple et naïf, tel sur le papier qu'à la bouche; un parler succulent et nerveux, court et serré; non tant délicat et peigné, comme véhément et brusque; plutôt difficile qu'ennuyeux; éloigné d'affectation, déi^églé, décousu et hardi; chaque lopin y fasse son corps; non pédantesque, non fratesque, non plaideresque, mais plutôt soldatesque. <>