‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 160 sur 504 · I.\ TI(A(;KltIR At' XVF SIÈCLE · texte numérisé non relu

I.\ TI(A(;KltIR At' XVF SIÈCLE

(.à toniint^ .lillcurs, la Henaissanoc fran<;ai«e csl une niiiMitioii (lo la HiMiaissaïue italienne '. Pcntlanl le w" siècle, lltalic avait eu tles «liâmes latins, fort inspins de Sénèque; Ei'asme, en Iratlnisanl en latin Ih'cubc et Ipliiijeiiie à Aulix, mil la tiagodic fiiocque à la i)nrtpe «les lel(r«''<. Kn l.'H.'i, Trissino donna sa .So/onisbd, la promi«''re lrair«''«lie en laiif^Mie vulizaite. Vinrent ensuite les Dolce, les Cinlliio, les Huecellai, les Alauianni -, qui s'essayèrent à calquer «le leur mieux les lorincs de l'art antique. Ils reprirent ou c«>iislituèrent un certain nombre de sujets tragiques, et il est nolahle que ces sujets sou! précisément ceu.v que noire Irapétlie à ses débuts traita le plus volontiers : Sophonhhe, CU^opàtic, Dulun, Mc(h'c, Ant i(/oi)e' elc. Ces tragédies lurent d'abord seulement imprimées; mais, en lail, on joua à Ferrare, devant le duc, VOrbccche (le G.-l). Cinthio.

Les choses se passèrent en France à peu près comme en Italie : les humanistes tournèrent en élégant latin quelques œuvres fameuses (lu tli«-àtre grec; il s'exercèrent à les imiter dans des compositions originales. Les collèges leur fournissaient im public, des acteurs : et voilà comment Michel de Montaigne note parmi les faits mémorables de sa jeimesse d'avoir, à l'âge de douze ans, vers l.Ti!'), « soutenu les premiers personnages es tragédies latines de Ihichanan, «le Guérente, et de Muret, » qui se représentaient « avec dignilé » au collège de Guyenne, sous l'habile direction du principal An«lré Gouvéa. De ces pii'ces, le Jeplitc de Buchanan et le J///r,s Ccsftr «le Muret «)nt joui au \vi' siècle d'une prodigieuse lenommi'o, que la première justifie parfois en partie.

Kn même temps, les traducteurs, parmi tant d'<puvres anciennes qu'ils transportaient dans notre langue vulgaire, ne négligeaient pas les poèmes dramatiques : Lazare de Baif ^. en 1,tI37, tra«luisit VÉlerire de Sophocle, et plus lard Vlh-cube d'Euripide. D'autres s'attaquèrent à fiihinénie A Aiilis, h Jhlène. Après le manifeste de \ Du Bellay, presqutî avec les Ode^ «le Ronsa^rd, apparut la CJropâtre de .lodelli:; *, qui fut jouée par Fauteur et ses amis à l'Ilôiel de

1. A consulter : Fntruel, /n Trafférli-' frnnrni^/' nu XVf' f!ifclr. in-P. Parl^. I'«'<.1. Pour loiit Ifi XVI" et le xvii" 3., les fivifs Parfaict. hiftrtirf iln Thi^rilre franrais. l'i viil. in-12, 173r> el siiiv. ; O. Lan.<!Oii, IUwIpx sur les nriqines de In Irnpi'dif clnssiquo en Frinico • Comwent s'pst opi'n'e In suhnfitulion dr la tragédie aux hfyxlfires cl Moralités (aven un onlnlopiie fl(>s ropré^enlations); Idfe de In tragédie en Fra>ica wniil Jodidlfl, noviio «lllisloire litléraitc, iMS-lOnt.

2. VAnligone crAlnnianni fut jnuéo flovnnt la roiir do François 1". ^. Cf. L. riinvrl, r.n-nre de Raîf. -lOOn.

^. KtieniiP .loileMe (IMi-lM.I), ne h l'.iris, lit .joiir>r «n (Jéiuijil/ejrnplive en ir>,52 Il innunil ii qnaranlc an», nsé et miaérnble. — Édition : M;irty I.aveaiix, 2"Voi. tn-H, l' in;», I.omerre, 180S-10.

I,A Tli.Vi.KOlK liK .lUiiLLLK A t.t»iiMvlLLh. ^ 1 •»

.Heims, devant Henri H. Une Didon suivit bientôt la Cléopdlrc; .loilflle liii-nioine fait école, et de lo.H2 aux premières années du wir' siècle, poètes tragiques et tragédies se multiplient : récolc ilr HonsAol fait un vigoureux ^gri pour acjîlimatçr chez nous le ■ i I ft !i i e a,nj i^u e ^

Pirmi les successeurs de Jodelle, deux vrais, deux remarquables jtitèies se rencontrent, BuoJiûiiJiçymier et Anj^^oine^de Montchrélien, Garnier ^ abonde en rhétorique vigoureuse : il a parfois des phrases oratoires d'une réelle ampleur, ma.is il s'est particulièrement exercé au dialogue. pressé, où les répliques se choquent, courtes et vives, vers contre vers : ce sera plus tard la coupe cornélienne. Il est nerveux, tendu, sentencieux : il trouve dans ses chœurs des strophes d'une belle et ferme allure. Montchrétien ^ est un élégiaque, souvent languissant, souvent prédeux, mais parfois délicieux : il faut descendre jusqu'à Bérénice et Esther pour trouver une poésie plus suive, plus fraîche, plus harmonieuse. 11 y a dans son Écoasaise, et ailleurs, des couplets d'une sensibilité pénéti-ante; et dans certains de ses chœurs les strophes tombent avec nue grâce mélancolique et molle, avec une douceur d'élégie lamarlinienne. Les six tragédies de ce contemporain de Malherbe font de lui notre dernier lyrique, et vraiment un très aimable lyrique.

Tous ces poètes, qui se sont frottés à la robe de Ronsard, ne sont guère que d'enthousiastes écoliers, qui, les yeux fixés sur les grands modèles, essaient d'en copier de leur mieux le tour et la forme extérieure, ils partagent l'erreur capitale du maître : ils croient toucher la perfection des ceuvres anciennes, en calquant les procédés d'exéculion, en dérobant les matériaux. Ils ne savent que regarder les Grecs, Sénèque, les Italiens et les modernes latins qui renèlenl Sénèquc : depuis qu'un déplorable contresens de rhumariisme italien a donné à Sénèque les honneurs de la représentation, ce tragique de salon a tyrannisé la scène; trop souvent les Grecs, moins prochains, moins accessibles, n'ont été vus qu'à travers son œuvre.

Aux exemples de Sénèque s'est jointe la leçon des théoriciens :

1. Baslier de La Péi-use, Médi'c: droMii. iuks César. J'aprcs Muret (ci. L. Pinvert, Jacques Grévin, 1899); FI. Clu'élieu, Jephfé (d'après Buehanan); Jean de la Taille, Haûl le Furieux et les Gabéoniles; Garnier, Porcie, Cornélie, Hippolijte. Marc-Anluine, la Tronde, Antigone, les Juives, Bradamanle, Iragi-com.; Montchrétien, Sophonisbe, David, Aman, l'Écossaise. Hector, les Lacunes, Serr/erie.

2. Robert Garnier (l.>^ô-lfiO! ), .Mauceau, fut avocat au Parlement de Paris, et lieuten.nnt i-riminel au Mau.-;. 11 fit paraître ses tragédies de 1568 à 1580. — Éditions : in-1-2, 15S5; 4 vol. in-i?, Ileilbronn, 18S2-83 — A consulter: Beruage, Étude sur Robert Garnier, 1880. Clian'oii. Robert Carinar, 1905.

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