‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 181 sur 504 · LES MONDAINS : LA ROCHEFOUCAULD, RETZ, MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

LES MONDAINS : LA ROCHEFOUCAULD, RETZ, MADAME DE SÉVIGNÉ

.Division du xvii« siècle. — i. La Rociiefoiioaiikl ; l'homme. Le livre des Maximes : sens et vérité. Valeur du genre. — 2. Les Mémoires : le cardinal de Retz, l'homme et l'écrivain. — 3. Les Lellres : Huisy, Saint-Evremond : Mme de Sévigné et Mme de Maintenon. — 4. Le roman : Mme de la Fayette. — 5. Le monde de l'érudition : les liénédiclins.

L"année 1^660, où Louis XIV prend en main le gouvernement, marque aussi Té point de pàrîage de Tliistoire littéraire du siècle. La période antérieure est une période de confusion et d'irrégularité'~airniîlieu de laquelle émergent quelques chefs-d'œuvre, cinq ou six tragédies de Corneille et de Rotrou, les Provinciales de Pascal, et (pour nous seulement) ses Pensées. Mais tout s'organise, l'esprit classique mûrit, prend conscience de lui-même, les inlluences fâcheuses sont repoussées, les éléments disparates sont éliminés : les forces qui tendent au vrai, au simple, à la raison enfin, prévalent; et les résuflals apparaissent autour de 1660.

A cette date, la défaite politique des classes aristocratiques en a rendu toutes les forces intellectuelles disponibles pour l'activité mondaine et littéraire. A cette date, Bossuet, Molière viennent d'arriver à Paris. Boileau commence à écrire. Racine va trouver sa voie, et La Fontaine se découvrir, A côté d'eux, derrière eux, paraîtront Rourdaloue et Maiebranclie, La Bruyère et Fénelon, et Regnard. Pour un deini-sièclo, l'histoire littéraire n'est plus guère..

<|!ii' Tt'linlo dos fitatiils cspiils el des cliors-d'ti-iivrp : les courunU ro'ilr-.iires .s'cnroncc;il cl disiiaraissctil, et les forces hostiles semhlcnt paralysées. L'union de larl anlifjnc cl d*; la rai«on moderne dans les hautes intelli^jenccs littéraires a produit co merveilleux épanouissement. A cette fécondité contrihucnt trois ou quatre f-'^'né^alions d'écrivains '.d l'on apeicoit parmi les jeunes f?»''nies (.|ui surfiissent des csprils niûrs, lenlemcnl fornit's et forlidt^s dans les troubles efforts de l'âge précédent.

On peut partai^er le siècle en quatre ou cinq générations : la première, de Richelieu (158n) à Cirni'ille (Itioo , a disparu, ou vieilli en 1660; la suivante, de La Rochefoucauld (1613i a Hossuct (Ifi27>, a sa pleine vitçuenr, alors que la troisième, celle de Boileau, de Louis XIV et de Racine (1636-16^0^1, entre seulement dans la vie, dans l'activité indépendante et consciente; la quatrième, de La Rruyère dfi'i-o) fi Regnard (1651)), ne s'avancera au premier plan que dans les dernières années du si<'cle. tandis ((ue la suivante, avec La Motte (1G72K foinnce avant ITLl, inaugurera en sa maturité lo xviir" siècle inlellccluel auquel les Montesquieu (1680) et les Voltaire (1094) appartiendront tout oiiticrs, ganî^ûTt seulement en leurs esprits quelques reflets de ce xvii" siècle, dont les dernières lueurs auront éclairé leur enfance. D'riue génération à l'autre, la brutalité, la volonté diminuent ; la raison étend son activité en élargissant son indépendàiicë.'ct dévelojipe un i'idividualisme intellectuel; les Ames ont moins de ressort, moins de lierté, une élolîe phis fine et plus molle; les esprits se clari lient en se simp!iliant, jusqu'au moment où ils se compliquent de nouveau, non plus pour obéir à des modes du dehors, mais par un effet de leurs multiples acquisitions.

Pour étudier le grand ensemble que forment les œuvres de la seconde partie du Jiwi" siècle, il conviendra de porter d'abord noire attention sur celles qui, appartenant plutôt à des mondains qu'à des artistes, nous font ainsi connaître à la fois le milieu où se formèrent et lo public auquel s'adressèrent les artistes. Ensuite nous regarderons, dans Boileau, les grandes théories d'art qui nous e.vpliquent les créations de l'éloquence et de la poésie classiques, dans ce qu'elles ont de propre à l'égard de l'iruvre des autres siècles, et dans ce qu'elles ont entre elles de commun.

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