‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 184 sur 504 · MADAME DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

MADAME DE LA FAYETTE

Je rattacherai le roman à l'étude des genres et groupes d'écrits qui appartiennent propre lent à la société polie du xvii*^ siècle, et ne contiennent rien qu'elle n'y ait mis. Dans la seconde partie du siècle, en effet, comme dans la première, aucun artiste ne s'empare encore de cette forme, et c'est une femme du monde qui en fournit le chef d'œuvre.

Mme de la Fayette ', que La Rochefoucauld estimait la femme la plus i!ra/e qu'il eût connue, était une fine et adroite personne, très intelligente et pouit sentimentale, dont le style est, avec celui de Bussy, et mieux encore, la perfection du style mondain : elle a un style aisé, vif, sans affectation, sobre et net, lumineux plutôt qu'outré, s^ans passion ni grands éclats ni ampleur de geste, avec une pointe sèche de gaieté, et une malice aiguë, parfois meurtrière.

Elle réduisit le roman héroïque en dix tomes de Mlle de Scudéry à des proportions plus délicates et à des senlimvTits plus humains. Z«j/dt' (1670) n'est encore qu'un abrégé du Cyrus : matière

t. Maric-Matlelcine Pioche de Lavei'gne (1634-1C96) épousa en 1655 le comte de la Fayette, dont elle resta veuve en 1683. Elle publia ses romans sous le nom de Serrais.

Édition ; Œuvres complètes de Mmes de la Fayette, de Tencin et de Fontaines, Paris, 1805, 5 vol. in-8, t. I-lII. — A consulter : Tainc, Essais de critique. D'Haussonville, Mme de la Fayette, Hachette, 189J , in-16.

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et dispoiiliot), c'est le iiu-ino ^.'c'iire on iiii/iiaiure. Mais ta l'rinccsse (If Clii'cs (Itt78) inaKjuc un itl'.digitî-s : c'est uni.' liansposition du iragicjue rornolien dans le roman. La précision di; l'analyse, l'éneryie lièrc des ànics, la' co'ncc|>iron' de l'amour vertueux et l'écra§ement de l'amour sous l'honneur^ tout rapproche la Princesse de CU'ves de l'œuvre de ('.orneille. Même le sujet, c'est Polyenctc moins la religion : une honnête femme qui aime un autre que son mari, et qui va chercher auprès de son mari un appui contre l'amour. Uien au contraire, ni dans le thème, ni dans la subtile précision des analyses, ne rappelle Hacinc. Mme de la Kayette peint des esprits qui s'embrassent, se pénètrent et comme se fondent iMiimemoiit : ce n'est pas là encore la fiassUm sans épilhète et sans leslriclion. Par le goût, ce roman e.xquis, malgré sa date, est antérieur au réalisme ailisfiqu(î dont .soilent au même temps presque tous les chet's-d'ct'uvre. .Mais il marque un i-enversement d'iidluenci-s, et le njomcnt où la tragédie qui, ju>(|ue vers le milieu du siècle, lui sous l'action du roman, la repousse détinilivement et lui renvoie au contraire la sienne.

Il sera vrai, a bien des égards, de dire que h- mouvement réaliste d'après 1600 sera une réaction du bon sens bourgeois contre la littérature aristocratique, spirituelle et lanlaisiste. Ou en voit la preuve dans le roman, où Furcliérc ' reprend la voie non de Scarron — qui, avec son imagination e.xubérante et toute espagnole, est le bouffon du grand monde — mais de Sorel, un ennemi, celuilà, des eiiiidialiqiies, des galants et des précicu.\. l'uieliére est un ami de Hoileau et de Hacine, un des compagnons de leur jeunesse, leur camarade île tabaiet, le complice de leurs plaisanteries a l'adresse de Cha|ielaiu. Mais ce n'est pas un artiste : son lioimm lioitryeoia est une collection assez incohérente de portraits et de satires. Il y dessine divers types de la vie ordinaire et des classes moyennes : un procureur et sa Icmmo, un avocat, in\ plaideur, mil' coquette de la bourgeoisie, un homme de lettres. Les noms sont réi'ls. non romanesques : Javotte, Vollichou, Jean Uedout. Certaines sii-ni.'s sont d'une Iraiicliise remarquable, de vrais morceau.\ de réalité, sincèrement transciile, sans outrance et sans esprit. A côté de cela, des plaisaiilories de littérateur, dos satires (jui seraient aujourd'hui des chroniques ilu Fiiiaro ou de la Vie Parisienne, une laillerie spirituelle et vigoureuse des roiuans et de l'csi rit romanesipie, des marquis et des ruelles. Ce Roman bourgeois

I. .AnLoino Furelière (1690-1688), avoral. fut rliassé d.; l'Aradomie pn |fi.Sr», pniu iivoir fuil son nirtionnairfi a\an[ (|ii() In poiiip.iaiiu; i-ùl. aclicvc le ^il!ll. — Éditions ; /»? /{oiiiiiH luntri/inis, Uiirruii. ItttiH. iii-H. éd. K.Miiiiii^r, Isji, in-lfi, éd. Col oui boy, 1880, lii-S, /il, •mil ilrs /iictidiis. M \r«^(;lineaii. l'iiii>, In.VJ. i vol. iii-lS.

nous offre, entassés pèle- mêle, parfois bruis, et parfois dégrossis pour l'usage, des nialériaux identiques à ceux que les grands artistes du temps emploieront à la description des mœurs et à la satire du faux goût.

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