LES ÉRlUdTS. LES HÉNÉniCTINS
La plus grande partie de ce chapitre nous fait apercevoir la société polie des salons et de la cour. Tout à l'heure, avec Furetière, nous avons rencontré la bourgeoisie, dont les lettres de (iuy Patin ', ce mé<lecin parisien si frondeur et si caustique, nous o/Triraient un type un peu antérieur et contemporain du monde précieux, dont nous rencontrerons encore le type tout à l'heure chez nos grands écrivains, mais un type élargi, affiné par le double contact des anciens et de la cour. Par les orateurs de la chaire, nous péuétierons dans la société ecclésiastique.
Mais il est un coin de ce monde du xvir siècle, où nulle œuvre littéraire ne nous mène, et sur qui cependant nous ne saurions négliger de jeter un coup d'œil. Je veux parler des érudits, les Du Gange -, les Haluze, et tousces bénédictins dont l'immense labeur a illustré le nom de l'ordre, les Luc d'Achery, les Mabillon, lys Huynart, les MonI faucon. Beaucoup d'entre eux ont laissé des lettres où revivent ces originales figures d'érudits, qui cherchèrent la vérité avec une passionnée indépendance sans cesser d'être d'humbles chrétiens. Mais n'eussent-ils pas écrit de lettres, il n'en faudrait pas moins indifjuer ici qu'ils vécurent et travaillèrent : car leur œuvre, étrangère à la littérature, et même souvent à la langue française, a préparé le merveilleux développement de la critique, de l'histoire, de l'archéologie, de toutes ces sciences où la littérature du xvni" siècle et celle du xlx» siècle ont trouvé quelques-uns de leurs plus authentiques chefs-d'œuvre.
I. Ciuy Paliii ("KJOJ-IOÎS) fut professeur au Colièa;e de FraiiCf ol doyen de lu Facullt^ de mt'decine. — Lettres, éd. Kévcdié-Parise, l'oris, lSi6, 3 /ol. in-8.
•J. Ou Cang-e (1610-1G88) : Glossariiim ad scriptores mediis et infihix ladiiUalis (1678); Gloss. ad script, med. et iitf. grxcitatis (1688): Baluzc (1630-1718), bibliothécaire de Colbert : /tef/um Francorum Cnpitularin (1677); Luc d'Achery (1609-1685): YclTiim alii/uot scriplorum.... spiciler/ium (1655-1677); Luc d'Achery et Mabilloii. Arta saiiCtori(m ordiiiis Saitcti Benedicli (1668-1701); Mabillon (16ri'2-l707) : De m diploiiialica liliri 17(1681); Traitr des études monastiques {109\) contre l'abbé de Uiiiicé; Huynnfl (1657-1709) : Acla primorum martyrum sincera et selecla (1689): Morilfaucon (1655-1741) : l'Antiquité expliquée (1719); Pulssographia griPCa (1708;; Monuments de la momirchie française (1729-1733), etc. — A consulter : E. de Broglie, Mabillon et la Société de l'a hliaye de Saint Germain des Prés, Paris, 1888,2 vol. in-8; b. de Mout/'aucon et les Beruardtits, Paria, 1891, 2 vol. ia-8-
HSLlMAt
CIIM'iniK II
1 I.a poésie de Goilcau : impressions d'un bourpeois de Paris. Arl rcalisle. Tccluîique savante. — 2. La critique de Hoileau. Les Salives : leur portée et leur sens. Les vidinieH; de Boileau. — 3. L'Arl poélicftie :• défauts et lacunes. Valeur de la doctrine : définition du naturalisme classique. Alliance du rationalisme et de l'art : l'imitation de l'antiquité. Importance du métier. Des ornements cl du sublime.
De 1600 à 1668, Roileau compose ncul f^atires, sa dissertation sur Jocomle, et son Dialoyiie des héros du roman; de 1668 à 1677, il écrit neuf épilrcs, son Art Poétique (\Gl't), sa traduction do Lonyni, quatre chants du Lutrin (1G74), qui ne sera achevé qu'en 1083; de
I. Biographie : Nicolas Boileau, connu rlo son temps sou» le nom de Desprcairx, ncii l^.irislo !"■ novemtiro ICfiO, dûns la cour du Palais, pu face de la SiiinTe-CIiapénc, fils d'au proflier h la Orand'Chambre, fui tonsuré en lGi7 cl appliqué a la Ihéologie, puis au droit: il fut reçu avocat en 1050, et ne plaida pas. Il perdit sou père en 1657. II commença d'écrire des Satires eu 1060. .Avec Furelière, llacine, La Fontaine, Molif're, Chai)olle, il hanlo les cabarets; il esl lié aussi avec des courtisans libertins, avec Ninon et la ChnuipmRsIé. Le duc de Vivoiine le présente au plus 161 en 1073 ;i Louis XIV qui lui donne -.^OOO livres de pension. En !077 il devient historiographe du lloi avec Kaciuc. Eu 10S3, il entre al'Academie. Dnnssa maturité, il fréquente surlouU'llotel de La :ioi^'non. En 1687, il nclute sa maison d'Auleuil qu'il possédera vingt aus. Depuis longtemps usthniati(|ue, affligé d'une exliiiclion <U- voix, il devient sourd; riiydropisie l'atteint, puis une faiblesse générale, qui en 1709 le rend incapable de marcher. Ses liaisons avec les jansénistes et son lipilre sur t'mnonr de Dùni le nietlcul eu guerre avec les jésuites (à partir de 1703;. Il mourut le 13 mars 1711. Il .•! laissç des ieltres : ses prir.cip:iux rorrcspondauls sont Hacino et BrosseUe.
Éditions: Sndres, 1660, Billniiio, in-1-.'; Œinn.i j/iivcscs. 1674, Thierry, in-4; li'.W cl 1691; 1701, in-i, ou 2 vol. iu-12. Kd. de Urossellc, 1716; de; Herrial-Sainl-Prix, i v.d. in S, 18301837; de Gidel. 4 vol. in-8, I870;<lc Pauly, Ltmerrc, 2 v.d. in 8. 1801.
A consulter : Dosniaizeau.i, Yw tic Uoilvnu, 1719; Hola'dim. 1742; Chau(re|)ié, DiC' linniiiiirc. ail. Boileau. Brunetiéri', I' /ùitln liijuc de Hoilriiii, Uevnc des Deux .Mondes 1"' juin ISS'.i; //isloire de l'viuïlulion de In criti(iuc. Ilacliellc, 1800. in-12. G. Lauson, Boileau (Gr. Ecriv. Français), Hachetle, 1892, in-16. De Grouchy dans le Bull, de la .'^nr. de ihint. df r.tris, HSO, p. 103-115, 130-116. Rcvilloul. n,-ruc drs huf,,ieii roiiMiies, la L'-'/i'iide de Boileau, 18.)2-95, et L'ssais di- pliilo'",/''' '^' '''' /-'"■. '^ •
BUILKAU UliSPHliAUX. 4^0
1687 à 1698, des épif,'rammes contre Perrault, neuf Réflcxionn r^ar Longin {I69iî-I694), trois Èpiires, deux S'itires; de 1703 à 1710, des épigramines contre les Jésuites et la Satire XII (1705). Voilà les prinoii)aux points de repère dans l'œuvre de Boileau. Elle peut se considérer de deux points de vue, selon qu'on y clKM'che un poèfe ou un critique.