‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 197 sur 504 · JEAN RACINE · texte numérisé non relu

JEAN RACINE

" Racine est-il poète? est-il chrétien? » se demandait un jour un Péie jésuite dans un discours latin qui fil quelque scandale. La vie de Hacine, sans son œuvre, répond à la seconde question : elle aide même à répondre à la première.

Ps'é à la Ferté-Milon, où il fut baptisé le 22 décembre 1639, fils d'un bourgeois du lieu, qui avait un emploi de finance, de famille janséniste par si mère, .lean Racine resta orphelin de bonne lieure, el fut élevé par sa graud'incre Marie Desmoulins. C'est elle (pii, retirée à Port-Royal, fil recevoir le petit Racine à l'école des (Iranges, où il acheva son éducation. 11 eut pour maîtres l'helléni>le l.anceiot, Micole, llamon, Anloine Le Maitre ; il leur dut

1. Isaar (ie Benserade (161'2-169l) délîula |<ar ilc mauvnisos Irasrédies. 11 écrivit des vers de ballet du 1651 à 1681. Les principaux sont ceux de Cassandre, de la IVuit, du Triomphe île l'Atnonr. Boulfon sous Henri IV, al(i;rnalivemoiit pompeux ou burlesque, souvent obscène, le ballet devint sous Louis XIV à peu prcs exclusivement mylhoioirique cl galant. Œuvres, 1697, 2 vol, in-t2. — A consulter : lo P.Sléneslrier, Oea Ballets anciens et modernes, 1682, in-12; V, Fouruel, les Coiitemporains de Aloliére,

celte connaissance solide et ce sentiment délicat de l'antiquité, surtout de rhellénisnie, qui fii-eiil de lui le grand et pur artiste que l'on sait. Port-Royal voulait l'aire de son élève un avocat : mais la vocation poétique s'éveilla, encore indécise et prête à lenter toutes les voies. Cette ànie tendre subit toutes les influences, et reflète tuus les milieux : à Port-Royal, il l'ail des ode<. pittoresques el pieuses ' ; dans le monde ^, où l'introduit son cousin Vitail, inlendant du duc de Luynes, lié avec des poètes, des beaux esprils, d'humeur facile et de vie libre, il l'ait de petits vers, des madrigaux, des sonnets; il révèle une pointe de malignité fine el meurtrière. Chapelain loue sa ^Si/mphe de la Seine \ et lui lait donner cent louis de l'argent du roi : c'était quelque chose en 1660 que d'être encouragé par M. Chapelain, et M. Perrault se joignait a M. Chapelain.

Les grandes fortunes poétiques ne pouvaient guère se faire qu'au théâtre; notre débutant commence à travailler pour les comédiens *. Poil-Royal frémit : il y avait une tante '', qui lui écrivit toute sorte d'adjurations, d' « excommunications »; Racine prit de l'humeur, et perdit le respect. On l'envoya en Languedoc, à Uzés, auprès d'un oncle, le grand vicaire Antoine Sconin : il devait y étudier la théologie, et recevoir des bénéfices. Il lut donc Saint Thomas et les Pères : mais le monde le garda; les beaux esprits du lieu, les dames avaient bien reçu ce jeune poète qui avait l'air de Paris et connaissait Chapelain ; ses amis parisiens l'entretenaient aussi de pensées pjofanes. Il continua de faire des vers. Il lisait, annotait Virgile, Homère, Pindare.

Paris le revit, en 1663, plus poète que jamais. Il y retrouva La Fontaine, il y connut Boileau et Molière : avec eux, il hanta le Mouton blanc et la Croix de Lorraine; et il apprit à rire de Chapelain. Il vit les libres compagnies, les comédiennes; il éprouva les plaisirs et les passions, il vécut ce qu'il devait peindre. Qeux pièces " qu'il donna, et qui ne sont pas des chefs-d'œuvre, achevèrent de le brouiller avec Port-Royal. Il prit pour lui une phrase que Nicole adressait à Desmarets de Saint-Sorlin, avec qui le jansénisme bataillait alors; el se croyant traité d' « empoisonneur public, non des corps mais des âmes des (idèles "^ «, il lança contre ses anciens maîtres une lettre extrêmement spirituelle et satirique

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