‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 198 sur 504 · La mère Agnès de Sainte-Thècle · texte numérisé non relu

La mère Agnès de Sainte-Thècle

6. La Thébaide (1664), jouée par Molière; .l/e-ra/it/re (1665), jouée par Molière, puis portée à THôtel de Bourpogne, ce qui brouilla Molière et Hacine.

7. Visionnaires. Njcole i% écrit contre Desmarets les Imaginaires pt les Xisionnaires,

id LES GRANDS ARTISTES CLASSIQUES.

(lOrif)), q\\\ oût <^l<'' piiivie d'une autre, sans Pintervention de Boi- Iraii : Hafirio ie;,'r<'lta plus tard amèrement cette aigreur de son •iinourîiropii:', (|iii l'avait fait un jour inurat et nit''i"liant.

.\ndi'omiiiiuc itiov. t<»(>7j eut un succès qui rappela celui du ('id : i\ âiïfres oht^fs-d'fPuvre.on dix ans, lui succédt'Tent '. Mais l'aniourp!()(irc du pui'le souflrit cruellenient. Depuis Alexandre, une foule i\r rriliijiH'S s'i'laient mis après lui, amis de Corneille, ennemis de Uoilt-au, rivaux et envieux : c'était à qui trouverait des fautes et nii'rait les beautés dans ses pièces; les préfaces amères dont il accom patina toutes ses tragédies depuis Alexandre faisaient voir qu'on ne perdait pas sa peine à le tourmenter. Hormis la révélation (if certaines résistances du goût public sur lesquelles nous revienilrons, nulle question de doctrine ou d'art n'est enveloppée dans ces attaques; et l'étude des pamphlets dirigés contre Racine n'a qu'un intérêt anecdotique.

<tn imaiïina, pour couper le succès dlphiyénie, d'y opposer une autre Iphvjénic, fabriquée en hâte par Leclerc et Coras. La manœuvre échoua. On la reprit pour Phèdre : v.te cabale dirigée par la duchesse de IJouillon, le duc de Jevers son frère et .Mme Hesliouliéres tit applaudir la Phèdre et llippolijte de l'radon et siffler la Phèdre de Racine pendant les premières représentations. Des vers injurieux furent échangés de part et d'autre : Roileau se fit le second de sor» ami dans ce duel au sonnet, qui aurait Ml une fin fâcheuse |)our les deux poètes, si le grand Condé ne

s avait hautement protégés.

Soudain Racine se résolut à renoncer au théâtre. \\ avait senti la foi de sa jeunesse se réveiller; Port-Royal avait ouvert ses bras à l'enfant prodigue. Il se persuada qu'il avait travaillé à corrompre les mœurs, à perdre les âmes. Il eut horreur de lui, et voulut se faire chartreux. Enfin il se maria avec une modeste et médiocre femme, dont il eut cinq filles et deux fils. 11 s'appliqua à leur éducation, avec un dévouement inquiet, une piété scrupuleuse.

Le roi laida à oublier la poésie, en le nommant pour écrire son iiistoire avec Boileau (1677)2. i\ suivit la cour en divers voyages, pendant plusieurs campagnes, jusqu'en 1695. Il avait pris sa tâche à cœur, et s'instruisait avec soin : mais élait-il possible de faire l'histoire de Louis .\IV, pour Louis \1V? A partir de 1677, Racine se jtartage entre sa petite famille et la cour : il était fin, s£iritue.l, plein de tact : u rien du poète, dit Saint-Simon, et tout de l'honnête

1. Ilrilanmcmi 'Wm,. /Icn-nire {\C'iO}, Itnjazvt ^1075), Mithriilale (16*3), fphi^em.' (Il)7i), Phi-dre (Ui""). Kacine fui reyii a l'Anadémie le l'i janvier I0"3.

2. Ce que Kaciiic el Boileau écriviienl fui délruU, dil-on, eu ITiO d»us l'incendi» 'lo la inalsoa de M. de Valioouur.

HACINK. Hl

homme ». Mme de Mainteaoa le ramena à la poésie dramaliiiue ■ elle lui fit écrire Esthcr et Athalie pour les demoiselles de Saiiil- Cyr. Esther fut jouée avec pompe (1689). Athalie l'ut lepréseutce dans une chambre, sans costumes (1691) : nul nen parla. Mme de Maintenon avait été prise de scrupules à l'endroit de ces représentations tapageuses qui démoralisaient Sainl-Cyr : l'œuvre de Racine en porta la peine, et fut étouffée à sa naissance. Le public mil vingt-cinq ans à s'apercevoir que le poète avait fait là un chefd'œuvre, et son chef d'œuvre •.

Quatre cantiques spirituels (1694), des épigrammes mordantes contre de méchants auteurs et de méchantes tragédies, firent encore voir qu'il gardait toute la vivacité, toutes les ressources de son esprit. Néanmoins il persista dans sa résolulion : la piété fut la plus forte. Publiquement attaché à Port-Royal-, il finit par se sentir moins agréable au roi. On a bâti là-dessus toute une légende : la vérité est que Racine ne fut jamais en disgrâce; mais son jansénisme déplaisait. Il souffrit de ce refroidissement de la faveur royale avec sa vivacité ordinaire de sentiment : et ses der niers jours en furent attristés. Il mourut le 21 avril 1699, courageusement, chrétiennement, ayant autour de lui, avec sa famille, Valincour et Boileau, ses plus chers amis. On lenterra, sur sa demande, à Port-Royal, au pied de la fosse de M. Ilamon, une àme tendre comme la sienne parmi ces durs logiciens. """^^

Une sensibilité infiniment délicate, un esprit mordant, un amour y propre ardent, beaucoup dimpétuosité à suivre le premier mouvement, peu de possession de soi jusqu'à ce que la religion l'eût réglé, voilà ce que la vie de Racine nous montre en lui : c'est une àme de poète, vibrante et passionnée. Retenons aussi ces deux . points : son éducation janséniste, et son sentiment du grec; ils j sont essentiels à l'explication de son œuvre *. S=J

Page 1