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BOSSUET ET BOURDALOUE

Absence de l'éloqucnre politique; médiocrité, de l'éloqucnre judiciaire.

— l. L'éloquence de la chaire avant bossuel. — 2. Bossuel : sa vie, sin caractère, son style, sa langue. — 3. Sermons, panégyriques, Ciaisons funèbres. — 4. Politique, Histoire universelle, Histoire des variations. Méditations et Elévations. — o. Bourdaloue. — 6. Fléohier, Massillon : déclin de l'éloquence religieuse au xvui" siècle.

— 1. Prédication prolestante.

Il n'y a pas eu d'éloquence politique au xvii" siècle. Notre forme de gouvernement n'en permettait pas le dëvclijppëment, comme l'a fait justement remarquer Fénelon; aussi nulle tradition ne put s'établir; et les rares discours que l'on a recueillis, dans les temps où la faiblesse du pouvoir royal, sous les deux régences, permit la libre et publique discussion des affaires publiques, sont des accidents sans conséquence, des œuvres isolées et sans lien, où l'on naierçoit pas un art de la parole. Les harangues du Parlement, prononcées à l'époque de la Fronde, celles par e.xeniple de l'avocat général Talon, ont la marche et le style des plaidoyers; on sent que ceux qui parlent ont pour principale et ordinaire fonction l'administration de la justice. Ainsi le rapport nécessaire est renversé chez nous entre les deux éloquences, judiciaire et politique : au lieu de celle-ci, c'est celle-là qui donne le ton '.

Or l'éloquence judiciaire ne peut sélever — c'est un fait — que dans les pays où une grande éloquence politique s'est développée. Ce n'est qu'a l'éloquence politique que l'éloquence judiciaire peut emprunter une certaine manière large, lumineuse et populaire de

1. Recueil choisi des harangues, remonstrances, panégyriques, plaidoyers, et autres actions publiques It^s plus curieuses de ce temps, Paris, G. de Luynes, in-4, 1657.

À consulter : AubertAn, l'Éloquence politigue et parlementaire en France avant 1789, Paris, Belin, in-8, 1882.

5G8 I.Ei GRANDS ARTISTES CLASSIQUES.

traiter los tiiioslioiis. <lt' tirer le j)lai(lny(i- hors de la contestation ariilc et tecliiii(|iie, et hors de rénidilioii pâteuse et i)é(i;iiites<|uc, où invite la n(^cessît<'' de plaire à des andilenrs peu nombreux et ;.'énéralement lettrés. Il ny aura donc pus lieu de donner un cliajiitie à réloiiuence judiciaiie du xvn"" sit'cle.

Il y a de l'esprit, une réelle nelleté d'argumentation, mais que d'érudition lourde, d'antithèses compassées dans les plaidoyers d'Antoine Le Mailre! Lisez le quatrième, sur la principauté du collège de la jMarche : vous y verrez Platon et Sidoine ajipelés à décider de l'âge d'un principal. Au niUieu du siècle, en 1046, une cause céléhre, celle de Tancrèdc qui revendiquait le nom de Holian, soutenu par sa prétendue mère, la duchesse douairière, contre la duchesse de Chabot-ltohan cl contre toute la parenté, lit parler les plus célèbres avocats du temps : Martin, pour Mme de Rohan- Chabiit, contestant que Tancrèdc fiit le vrai et légitime frère de sa cliente, allègue Médée, et Vir^'inie, et lEvangile, et la femme qui uj/nîit mis trois fois au inonde des enfants ntorts, dit avoir révt' <ju'il lui fallait accoucher dans un bois sacré. Gaultier vient ensuili', pour le duc de Hohan-Chabot, et cite Archytas, Porplfjre et le-six ordres des démons, Or|)hée et Apollon, du grec et du latin, des vers et de la prose, Platon, Socrate, Rachel, l'empereur Henri, une princesse grecque, etc. Il montre la duchesse douairière épouvantée d'avance de l'arrêt qui lui découvrira « un enfantement sans douleur, une conception sans le secours de la généralion, une filiation, sans paternité », etc. « Elle craint, dit-il, que l'on lui fasse voir qu'elle a commis le larcin de Proraéthée, tl qu'elle veut que le feu de sa passion soit le feu dérobé du ciel qui anime un enfant supposé, lui donne un nouvel être, et falsifie l'ouvrage de la nature. » Enfin Palru se présente pour le duc de Héthune et autres parents : « Messieurs, dit-il. l'intérêt de mes |>arties est tout visible : on veut leur doimer un inconnu pour parent. » Celte simplicité repose. Ce n'est pas qu'il n'y ail encore parfois de la boursoudurc et du pédanlisme dans les plaiiloyers de Patru : mais, en général, il sait se passer d'éloquence; on lit encore avec intérêt certains de ses discours qui nous mettent bien au courant des affaires. Ainsi s'explique la renommée dont il jouit eu son temps; et, si elle dépasse son mérite, elle fait honneur au goût de ceux qui la lui ont donnée •.

1. Biographie : Antoine Le Miûtre, ik-vc-u d'Aniaultl d'Andilly cl d'Anloiue Arnauld.

m'' i-ri It'iiis. st> lit une priindo réputation iiii bnrrcau ; »a rclrnile il Porl-Uoyal en lOiiS

m (rrand hruit. H mouriil en 16,VS. — Olivier Pntni. né en 1604, mort en 1681, fut do

J'Aradifniic en lOiO. Lié avec Vautwlas. nalïuc, D'Alilancoiirt. idus Inrd avec Boilenu

ol La Fontaine, il faihail autorité en matière de l.inpai.'e et de goiH.

Éditioa3 : Us Plaidoyers et haranijues de M. Le Maialre, Pari» (1657), dernière

Notre éloquence serait bien peu de chose auprès de l'éloquence grecque ou romaine si nous n'avions les prédicateurs. La religion a été, dans la société du xvii'' siècle, la source vive de la parole publique; et, comme le faisait très bien remarquer M. Brunetière, les discours chrétiens des Bourdaloue et des Hossuet ne sont pas intérieurs aux harangues civiles des Ciccron et des Démosthène. Si les orateurs grecs et romains touchent en nous les cordes du patriotisme et les notions générales de l'intérêt public, ce dont nous parlent nos orateurs chrétiens — le dogme mis à part, — c'est toute notre vie morale et toutes les grandes questions métaphysiques et morales, que notre conduite journalière tranchera à notre insu, si nous ne les résolvons avec réflexion; c'est une conception générale de la vie et de Têtre, qui se déj,'agcra malgré nous de nos actes, si nous ne les dirigeons pas par elle.

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